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Michèle Riot-Sarcey
Tout a été dit ou presque sur les relations conflictuelles entre l’analyse historique fondée sur le genre et l’écriture de l’histoire sociale, politique ou économique. Dans tous les pays, les historiennes, particulièrement, se plaignent de la faible intégration des femmes dans l’Histoire, au sens global du terme.
Le mode de penser l’histoire en France est cependant assez spécifique, si l’on en juge par le rapport tendu de ses historiens avec la question du genre.
Michèle Riot-Sarcey
S’il nous fallait rendre compte des discours d’exclusion des femmes de la cité, cet article n’y suffirait pas ; bien d’autres avant moi ont analysé ces discours, sans cependant infléchir l’écriture de l’histoire politique vers la critique des relations de pouvoir où s’inscrit le devenir historique des femmes. Du point de vue du mode de penser le politique, nous sommes toujours ou presque assignées à « la loi » énoncée par Auguste Comte :
« C’est ainsi que dans toutes sociétés humaines, la vie publique appartient aux hommes et l’existence des femmes est essentiellement domestique. Loin d’effacer cette diversité naturelle, la civilisation la développe sans cesse, en la perfectionnant. »
Marcelle Marini
Un travail important s’est fait ces vingt dernières années pour essayer de « reconnaître la différence sans figer les différends », comme le souligne Françoise Collin qui nous donne, dans Histoire des femmes , la meilleure mise au point actuelle sur les théories philosophiques de la différence des sexes au XXème siècle. Elle y met notamment en valeur le passage tout récent de la notion de différence, encore proche d’une opposition de nature ou d’essence, à celle de différenciation qui a le mérite de marquer une dynamique, une interaction ouverte et donc une historicité, au sens large du terme, avec la part d’imprévisible que cela implique. C’est cette notion de différenciation que je voudrais examiner ici : peut-elle réellement nous aider à penser autrement la différence sexuelle et, si oui, à quelles conditions ?
Michèle Riot-Sarcey
Au risque de nous répéter, encore faut-il revenir sur l’usage du genre comme outil d’analyse historique. Mal introduit en France — sans doute à cause de sa polysémie —, il est souvent assimilé au sexe féminin, en tant que donnée biologique et, par voie de conséquence, de donnée historique.
Eleni Varikas
Si, dans ses versions dominantes, la réflexion féministe a historiquement montré un attachement pathétique au projet de la modernité, cette passion - malheureuse car trop souvent à sens unique - est en train de s’affaiblir quand elle ne se tourne pas purement et simplement en son contraire. Pour ne pas avoir rempli ses promesses émancipatrices, la modernité devient l’objet d’une interrogation qui tend à déstabiliser quelques-unes des certitudes les mieux installées de notre tradition de l’Aufklärung, cette même tradition qui a vu naître la demande de l’émancipation des femmes.
Naomi Shor
Comme Jacques Derrida l’a signalé il y a plusieurs années, dans le modèle institutionnel universitaire élaboré en Allemagne au début du XIXè siècle, aucun lieu n’est assigné à la discipline des études féminines (womens’studies) : « Aucune place n’était prévue pour les études féminines dans la structure du modèle classique de Berlin ». Les études féminines, un champ d’études qui a à peine 20 ans aujourd’hui, est un ajout tardif au modèle berlinois, repris par les institutions universitaires nord-américaines.
Ionela Baluta, Université de Bucarest
Je me propose de mettre en évidence la valeur heuristique du genre comme outil d’analyse dans l’exploration de terrains nouveaux, à savoir le XIXe siècle roumain, et de montrer sa capacité novatrice pour une analyse de type sociologie politique. Pour ce faire, je m’appuierai sur le parcours de recherche de ma thèse de doctorat : Du « harem » au « forum ». Réflexion sur la construction d’une nouvelle identité féminine dans la seconde moitié du XIXe siècle roumain ».
Michèle Riot-Sarcey
En ces temps de crise des idéologies, le féminisme peut-il renouveler son potentiel critique ? Où plutôt, la réflexion théorique de type féministe peut-elle aider à dépasser les apories idéologiques par l’introduction d’idées façonnées dans la longue histoire des individus assujettis ?
Depuis quelques années déjà, les approches se sont diversifiées, la différence des sexes n’est plus seulement analysée dans sa structure de domination ; les oppositions binaires - égalité, différence - sont repensées ; l’idehtité des sexes réinterrogée, les limites critiques du féminisme mises en perspective. Il n’en reste pas moins que les différentes formes d’oppression ne sont pas effacées et que les pratiques politiques et les modes de g penser restent marqués par les assignations dévolues à chaque sexe.
Sigrid Weigel
Sciences Po, le MLF et la mémoire des luttes féministes
Juliette Rennes et Rose-Marie Lagrave
Si la catégorisation d’un phénomène comme "nouveau" est un principe récurrent de production de l’information, lorsque ce principe concerne le traitement des mouvements sociaux et des mobilisations, il a aussi pour effet d’effacer l’histoire des luttes. Il est ainsi courant que des féministes se voient qualifier de "nouvelles" quand bien même elles se présentent comme des héritières des luttes antérieures.