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Mauvaises filles en littérature de jeunesse. Éducation et rééducation en question(s)

Avant le 31 mai - Bordeaux


Date de mise en ligne : [17-02-2015]



Mots-clés : jeunesse | éducation | littérature


Journée d’études organisée par la MSHA, ESPE d’Aquitaine, TELEM (EA 4195), LACES (EA 4140)

Comité organisateur :

Service recherche-RI de l’ESPE d’Aquitaine-université de Bordeaux

5 novembre 2015

Bordeaux, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, Salle Jean Bordes

Argumentaire :

Inscrite dans le cadre de GENERATIO, programme de la MSHA qui porte sur la construction des jeunes générations en Europe du XIXe siècle à nos jours, la journée d’études du 5 novembre 2015 vient compléter ce programme quinquennal après le cycle des quatre journées d’études qui se sont déroulées de 2011 à 2014 sur les représentations du genre dans la littérature de jeunesse européenne.
Les sciences sociales ont dévoilé divers invariants mobilisés dans le processus de construction sociale de cette catégorie de la « mauvaise fille ». C’est à partir de ces éléments saillants et stéréotypés que se déploient les désignations et assignations de « mauvaises filles ». Aux diverses figures sociétales s’adjoignent des trajectoires singulières : écervelées qu’il faut protéger des risques de mauvaises fréquentations ou de malencontreuses rencontres ; frivoles ou libertines qu’il faut contraindre et (re)mettre dans le droit chemin des bonnes mœurs ; vénales ou malfaisantes dont la nature, ici viciée, est lue comme anormale et dangereuse voire démoniaque (la figure de la petite voleuse, maligne, entre dans cette catégorie) ; ou individualités circonscrites à des corps féminins submergés par des humeurs les dépassant et les contraignant aux actes les plus irraisonnés (la folle comme l’hystérique en sont des illustrations prototypiques). À ces représentations idéales-typées qui peuvent circuler aussi dans la littérature de jeunesse, correspondent diverses réactions et prescriptions sociales visibles tant au niveau de la réception des conduites de ces « mauvaises filles » qu’à celui du traitement mis en œuvre par la société pour maintenir son bon ordonnancement.
Choisir pour objet d’étude celles que l’on désigne comme « mauvaises filles » dans le champ du livre de jeunesse européen implique d’interroger une telle dénomination et son évolution depuis le XIXe siècle. Qu’est-ce qu’une « mauvaise fille », suivant les contextes, les auteurs, les œuvres ? Qui considère-t-on comme « mauvaise fille », voire traite-t-on ainsi ? Quel est le sens de cette stigmatisation ? Quelles en sont les conséquences ? Comment les représentations et stéréotypes de genre pèsent-ils sur cette désignation ? Si la qualification de « mauvaise fille » est d’abord envisagée à partir de la sexualité et de la déviance par les historiens et les sociologues, c’est à travers différents modèles et contre-modèles proposés par la littérature de jeunesse, que l’on pourra la rechercher. Historiquement animée par un souci éducatif, cette littérature propose des catégories récurrentes de personnages : orphelins livrés aux aléas des mauvaises rencontres, enfants contraints par les lois familiales ou scolaires, ou « enfants terribles », catégories qui se déclinent volontiers au féminin. Ainsi, depuis les romans de la Comtesse de Ségur, l’enfant terrible se distingue dans toutes les littératures européennes jusqu’à être parfois magnifiée de façon provocatrice, telle Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren (1945), fillette hyperactive, créatrice, affranchie de tout cadre éducatif et personnage tellement hors norme que la première traduction française en avait prudemment estompé les contours. Mais l’empan du corpus littéraire s’élargit bien au-delà de l’enfance, si l’on envisage le statut des « filles perdues », coupables et/ou victimes, en tout cas rejetées par la société – dans la lignée de Fantine dans Les Misérables ou de La Garçonne de Victor Margueritte – ou les incivilités et la délinquance contemporaines, sans doute représentées sur le mode mineur dans une littérature adressée qui ne veut ni désespérer son jeune lecteur, ni inquiéter ses médiateurs. Mais il semblerait que la bannie, l’exclue d’hier fasse aujourd’hui retour en héroïne des univers que lui proposent la fantasy et les dystopies, genres littéraires en plein essor dans la culture adolescente. Héritière d’un passé aux origines troubles et prédestinée à sauver un monde en péril, la mauvaise fille incarne dans ces récits la rébellion et endosse le costume de la guerrière ou la panoplie de la tueuse. Jadis repoussoir dont chaque culture nationale avait son exemplaire, elle pose aujourd’hui en icône universelle, secondée par le cinéma, les jeux vidéo, les séries télévisées, la musique et les clips. En ce début du XXIe siècle, grâce entre autres à Katniss Everdeen (Hunger Games, Suzanne Collins), Ellana (Le Pacte des Marcombres, P. Bottero) ou Nihal (Chroniques du Monde Emergé, Licia Troisi), une nouvelle esthétique du féminin se ferait-elle jour dans ces personnages de filles indomptables, athlétiques, rompues aux corps à corps les plus violents et en même temps belles, intelligentes et charismatiques ? L’énergie des mauvaises filles naguère domptée, jugulée par tous les moyens se serait-elle enfin libérée pour venir inspirer et vivifier toute une frange de la littérature de jeunesse et des productions médiatiques qui l’adaptent ?
A partir du regard porté sur les « mauvaises filles » selon les époques et les présupposés idéologiques, se posent prioritairement des questions d’éducation et de rééducation. L’analyse comparative des représentations de la « mauvaise fille » en diachronie et en synchronie permettra d’aborder les questions éducatives qui se posent dans les différents contextes historiques et géoculturels envisagés. Cette démarche comparative sera pertinente tant pour appréhender les processus sociaux mais aussi littéraires à l’œuvre que pour se décentrer des univers de référence mobilisés. L’analyse des représentations des « mauvaises filles » en littérature de jeunesse, par les traits typifiés révélés, donnera des éléments de contraste propre à chaque œuvre, et au-delà à chaque cadre normatif de référence. Les dimensions culturelle, sociale, historique, territoriale seront à ce titre minutieusement étudiées. La confrontation ou l’articulation disciplinaire et européenne des diverses figures féminines déviantes et de leurs traits distinctifs, qu’ils soient similaires ou dissemblants, permettra de travailler les spécificités des modèles de la féminité convoqués et transmis dans les supports étudiés.

Contact :

christiane.connan-pintado@orange.fr

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