RING


La jouissance

Avant le 4 septembre - Gradiva


Date de mise en ligne : [02-09-2014]




Séminaire Gradiva, créations au féminin 2014-2015

Les séminaires se dérouleront à l’université Paris-Sorbonne, Institut d’études ibériques et latino-américaines, 31 Rue Gay-Lussac, 75005 Paris les 4 octobre 2014, 7 février et 13 juin 2015.

Présentation :

L’association Gradiva-Créations au féminin s’interrogera cette année sur la jouissance et les différentes représentations culturelles que nous en font parvenir les arts et les créations.
Il s’agit de réfléchir sur l’expression littéraire et artistique de la jouissance en nous situant aussi bien dans les créations des femmes que dans celles des hommes. En effet, la jouissance nous renvoie bien sûr à la sexualité, la pulsion, le désir, à toute l’économie corporelle, mais aussi à l’affectif, l’imaginaire, le fantasmatique, au sensoriel et au cérébral : le corps et l’esprit, par conséquent, dans ce qu’ils ont l’un et l’autre de plus émouvant, de plus instable et mobile, de plus vulnérable et de plus fragile, de moins égoïste ou de moins socialement convenu. La jouissance n’est pas égotiste, elle serait même ce qui nous constitue comme êtres pensants capables d’extase, d’oubli de soi, de fascination, de séduction, de transport vers l’Autre et vers les autres. La possibilité de la jouissance fait de nous des humains à part entière susceptibles de don, de générosité, de plaisir et d’assomption subjective à des degrés divers, que l’Art, l’écriture, la parole, le travail de transmission peuvent à la fois alimenter et satisfaire. Sans jouissance et sans ses multiples dérivés il n’y aurait, on peut le supposer, ni amour, ni création, ni grandeur humaine et spirituelle.
Ne nous leurrons pas cependant, il y a aussi la jouissance du mal, la jouissance gouvernée par la pulsion de mort, la jouissance sadique, celle qui parvient à son climax dans l’art consommé et pervers de la destruction de l’humain, nous pouvons l’observer à l’œuvre autour de nous, dans nos vies, dans les agendas perturbés du monde, ses conflits et ses guerres, tout au long de l’Histoire ou dans quelques grands livres, films etc.. Mais parlons-nous encore de la jouissance lorsque nous évoquons ou traversons ou subissons ces épreuves du jouir pervers, diabolique, monstrueux ? Ne sommes-nous pas plutôt confrontés à la dépravation de la jouissance, à l’expérience de son avilissement, au spectacle de sa corruption ? La jouissance peut-elle faire, sans s’imposer de limites éthiques, l’expérience de l’excès ? Quelques œuvres littéraires et quelques films (pensons à Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini) seront de précieux guides dans cette méditation parallèle sur la jouissance du mal.
Le thème de la jouissance est par ailleurs un excellent vecteur pour aborder les questions afférentes au masculin et au féminin, à la (dé)construction du genre, à la mise en place et à la remise en question de ses paradigmes, au centre de préoccupations des séminaires de Gradiva. Le texte dialogué d’Adèle Van Reeth et de Jean Luc Nancy sur la jouissance ne manque pas de le mentionner posant la question opportune : « Pourquoi invoquer le genre pour penser une expérience à la fois universelle et singulière ? » (p.38). Dans un registre tout à fait différent, les textes et les analyses de Gayle Rubin, en particulier Surveiller et jouir, corrèlent la jouissance aux questions de genre : la prégnance d’une économie hégémonique de la jouissance inscrite dans le maintien d’un patriarcat culturellement enclin à une hétérosexualité normative et à une monogamie de principe régule la jouissance par la procréation.
L’on pourra alors aborder la question des différences dans l’éprouvé et dans l’expression de la jouissance entre les hommes et les femmes. Comment ces différences sont-elles fabriquées, transmises, construites, imposées, reconnues et exaltées ou, au contraire, déniées au profit d’une jouissance « neutre » ? Comment se manifestent-elles dans les créations quelles que soient, d’ailleurs les acceptions que l’on donne au terme de jouissance ? Dans le cadre des 3 séminaires centrés sur le thème de la jouissance l’on pourra traiter de ces problématiques « sur le vif » des textes et des créations. Bien sûr il sera fondamental de lire et d’évoquer les philosophes et les psychanalystes, et de recourir aux analyses et réflexions qui s’acheminent en sciences humaines et sociales sur la question. Il sera également essentiel de convoquer toutes les formes d’expressions littéraires et artistiques de la jouissance et du transport spirituel et érotique et leurs prolongements avec les questionnements de genre. L’intérêt pour des formes artistiques souvent négligées comme la bande dessinée pourrait récupérer de l’audience : de jeunes artistes comme Sarah Barthe et bien sûr Julie Maroh dont le splendide album Le bleu est une couleur chaude a inspiré le film La vie d’Adèle. Freud disait à Otto Bauer "Ne cherchez pas à faire le bonheur des hommes, ils n’en n’ont nulle envie". Que se passerait-il donc si l’on cherchait à faire celui des femmes ? Et lorsque ce « on » est une femme créatrice ? Ou un homme ?
Les questions peuvent alors se décliner sous diverses formes, par exemple : quelle relation au bonheur s’accorde la jouissance et qu’elle part de souffrance emporte-t-elle ? De quelle jouissance parle-ton selon que l’on se situe sur un plan juridique, physiologique, sexuel, ou épistémologique ? Quelle jouissance se rend-elle visible dans les espaces réels, virtuels ou imaginaires et dans quel but ? Comment cerner son rôle régulateur dans la (pro)création ? Quel est le rapport de la jouissance à la loi, mais aussi au travail et à la maternité, à l’économie domestique et à la consommation médiatique ? Il y aurait donc une économie hégémonique de la jouissance qui s’inscrirait dans le maintien d’un patriarcat culturellement enclin à une hétérosexualité normative, et monogame de principe dans une tradition judéo-chrétienne qui régule la jouissance par la procréation. L’analyse de Rubin Gayle pousse la lecture économique (marxiste), psychanalytique (freudienne) et anthropologique (Lévi-Strauss) à définir le "marché" aux femmes (Rubin, 2010) servant cette économie hégémonique et patriarcale de la jouissance. Rubin nous invite donc à revisiter, de Machiavel à Zizek, la jouissance dans une logique et une dialectique particulière du maître et de l’esclave, du producteur et du consommateur, des auteurs et des lecteurs, des réalisateurs et des spectateurs face à la scène de jouissance interdite ou imagée, imaginée ou réinventée.

Quelques orientations possibles :

1) En partant du principe que la jouissance ne relève pas uniquement de la sphère sexuelle, quelle relation peut-on établir entre la jouissance esthétique et la galaxie conceptuelle constituée par des termes tels que : jubilation, ravissement, extase, béatitude, épiphanie, sublimation ?
2) Quelle relation au bonheur s’accorde la jouissance et quelle part de souffrance emporte-t-elle ? Qu’en est-il de la jouissance du mal ?
3) La jouissance du dire serait-elle du côté de « l’autre jouissance » dont parle Lacan ? Qu’est-ce qui se joue de la jouissance dans l’expérience de l’écriture poétique-épiphanique ?
4) Selon Jean-Luc Nancy, la jouissance implique une altérité nécessaire. Mais de quel Autre s’agit-il dans le cas de l’écriture, notamment dans celle produite par les femmes ?
5) De quelle jouissance parle-t-on selon que l’on se situe sur un plan juridique, physiologique, sexuel, ou épistémologique ? Quelle jouissance se rend-elle visible dans les espaces réels, virtuels ou imaginaires et dans quel but ?
6) Comment cerner le rôle régulateur de la jouissance dans la (pro)création ? Quel est le rapport de la jouissance à la loi, mais aussi au travail et à la maternité, à l’économie domestique et à la consommation médiatique ?

Les propositions d’intervention (30 minutes) sont à envoyer au moins 1 mois avant la tenue du séminaire à :
Nadia Mékouar (nadia.mékouar@univ-pau.fr)
Catherine Flepp (catherine.flepp@gmail.com)

http://gradiva.univ-pau.fr/live/

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