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Appel à contributions

La production d’enfants : une injonction ambivalente

Avant le 1er juin - NQF


Date de mise en ligne : [16-03-2009]




pour un prochain numéro de Nouvelles Questions Féministes

Présentation :

Il y a une certaine ambivalence, voire de la méfiance, chez les féministes radicales face à la question des enfants, et ceci pour de bonnes raisons : d’une part, la production d’enfants est l’obstacle principal à l’égalité entre les sexes ; d’autre part, la maternité a été historiquement construite comme étant incompatible avec la participation à la sphère publique, renvoyant ainsi les femmes au privé. Par ailleurs, tant les positions essentialiste que celles du sens commun, font de la maternité leur argument massue, à la fois preuve de l’existence d’une différence biologique entre les femmes et les hommes à l’avantage des premières, et justification du maintien de leur situation spécifique complémentaire dans l’ordre hétérosexuel existant.

Cette méfiance légitime des féministes radicales a eu pour conséquence un relatif désengagement de la réflexion critique sur la maternité et, plus généralement, sur la production d’enfant, laissant ainsi le champ libre à des débats peu pertinents. Relevons la vulgate psy sur la prétendue crise d’identité des femmes déchirées entre désir d’enfant et aspirations professionnelles ; le sempiternel discours de la « conciliation travail - famille » qui incomberait aux seules femmes ; des considérations quasi-réactionnaires sur le pouvoir abusif des femmes, capables d’infliger ou de refuser une paternité aux hommes, de monopoliser le pouvoir sur les enfants en cas de divorce, qui sont autant de manières d’occulter le travail fourni par les femmes dans cette fonction maternelle et les limites très concrètes que celle-ci impose à leur autonomie. On pense aussi au soi-disant irrépressible désir d’enfants chez ces dernières, que les différentes méthodes de procréation assistée et autres adoptions se chargeraient de combler.

Ces thèmes ressassés appellent selon nous de nouvelles problématisations de la part des féministes, en regard des contextes familiaux et professionnels actuels. A titre d’exemple, la revendication du « choix » d’avoir ou non des enfants pourrait être réactualisée. Alors que le féminisme des années 70, avec le slogan « un enfant si je veux quand je veux », a mis fin à l’idée de la maternité comme destin, ce message reçoit une réception mitigée. Si le contrôle de la fécondité est un droit acquis - quoique la vigilance à ce propos soit de mise - l’identité féminine semble toujours et encore dépendre de la maternité, alors que l’identité masculine reste, elle, indépendante du statut paternel. Or, les conditions de réalisation du projet d’enfant sont toujours plus difficiles à réunir ; on n’évoquera pas ici la question récurrente du « partage » des tâches entre les sexes, mais surtout le fait que notre société continue de considérer la question de la production d’enfants, et finalement de son propre devenir, comme relevant centralement de la sphère privée et dépendant des rapports de pouvoir intra-familiaux encore largement défavorables aux femmes. Si nous souhaitons susciter des réflexions sur la « production d’enfants » et non sur la « maternité », c’est justement pour casser, la logique qui, en associant enfants=maternité=privé, dédouane les hommes et la société de la responsabilité pour l’enfant. Une logique qui implique la dévalorisation du travail, institutionnalisé ou marchandisé, lié à cette « production ».

Cette réactivation passe, selon nous, par l’exploration des thématiques suivantes :

. Face au discours politique actuel sur le déclin démographique et ses conséquences, il est urgent de questionner l’injonction de faire des enfants, de manière à : observer de quelle manière les hommes ne sont que très rarement ciblés dans ces discours ; construire une analyse critique des discours et statistiques démographiques dans la mesure où elles ne sont généralement effectuées qu’à partir des populations de femmes ; se demander dans quelle mesures les récents développements des Etudes genre dans le champ démographique peuvent questionner cette injonction et déconstruire les biais sexistes sur la fécondité.

. Le statut social des femmes passe-t-il encore et toujours par la maternité ? La non-maternité est-elle aujourd’hui légitime, et ceci pour toutes les catégories de femmes ? Est-elle aussi légitime que la non-paternité ? Il serait nécessaire d’analyser ces statuts (aux plans juridique et sociologique) en vue de repenser la place prépondérante - pour ne pas dire dominante - du familial dans la définition des individus et des groupes.

. Les femmes occidentales, blanches, de formation tertiaire faisant de moins en moins d’enfants, quelles sont, ou pourraient être, dans un avenir proche, les catégories de femmes assignées à cette « production » ? Une analyse de la production d’enfants en termes d’intersectionnalité devient à ce propos tout à fait ncessaire.

. De quelle manière l’injonction à la production d’enfants se combine-t-elle avec l’injonction à la « bonne maternité », et comment est-elle modulée en fonction de diverses appartenances (âge, classe, origine géographique) ? Entre les femmes immigrées ou des pays du Sud stigmatisées pour avoir trop d’enfants, celles des pays du Nord qui n’en n’auraient pas assez et les femmes de plus de 40 ans qui se voient refuser une PMA, la définition de la « bonne maternité » se révèle très étroite et contraignante.

Ces différentes questions peuvent être approchées par des contributions relevant de disciplines variées (sociologie, histoire, démographie, droit, anthropologie, économie, science politique). Les propositions d’articles de deux pages environ doivent être envoyées pour le 1er juin 2009 en format Word et par courriel à Anne-Françoise Praz (anne.praz@unige.ch). Les articles acceptés sur proposition devront être fournis pour le 15 janvier 2010, accompagnés d’un résumé en français et en anglais et d’une notice biographique.

http://www.unil.ch/liege/page57884.html

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