RING


Accueil > Actualité du genre > Colloques > La Maternité face au marché

La Maternité face au marché

3 décembre - Paris


Date de mise en ligne : [18-11-2014]



Mots-clés : maternité


Colloque organisé par Marie-Anne Frison-Roche et Marie-Jo Bonnet
3 décembre 2014, 15h-20h

27 rue Saint-Guillaume, Amphi Chapsal, Paris

Présentation :

Avant de se battre sur des « réponses » qu’il convient d’apporter à des problèmes de société, il faut avoir des opinions fermes que chacun doit être apte à se construire personnellement. Pour cela, il faut disposer non pas des multiples discours fournissant des « réponses », mais de l’état des « questions », pour que chaque citoyen devienne apte à se faire une opinion et puisse la faire valoir dans l’espace public démocratique national et international.
Or, la « question » de la Maternité face au Marché est aujourd’hui d’une confusion totale, alors qu’elle est déterminante pour le présent et pour l’avenir. Cette confusion est due notamment à la multitude des discours, souvent radicaux, qui s’appuient sur des réponses, souvent très simples, souvent très agressives.
Le colloque La Maternité face au Marché n’a pas pour objet d’apporter des réponses, mais de poser des questions.
C’est la voie utile pour que chacun soit en mesure de se faire sa propre opinion et de la faire valoir.
Se faire une opinion est d’autant plus important que la question est essentielle.
En effet, pendant des millénaires, la Maternité a été présentée et perçue comme un fait. L’enfant a pour mère la femme du ventre de laquelle il sort. Cela est constitué comme un fait. A partir de ce fait, l’enfant peut être détaché de sa mère, peut circuler à l’intérieur de la famille, de la société, hors de la société, etc. Mais ce fait étant « acquis », le lien demeurait, même si d’autres se superposaient.
Par ailleurs, à partir du XVIIIème siècle en Occident, l’idée du marché a été construite, notamment par Adam Smith. Le concept a été édifié, selon lequel le désir particulier de chacun, égoïste et relevant de la catégorie des « vices », produit par sa mise en masse un mécanisme vertueux, puisque le marché, en ajustant les désirs de tous, en faisant se rencontrer les offres et les demandes, accroît les richesses, mécanisme global qui profite à chacun, même en part infime. Il est admis que le marché est une idée, une construction.
Ainsi, jusqu’à l’avènement du néo-libéralisme, la Maternité avait statut de « fait », en cela elle était inattaquable, tandis que le Marché avait statut d’ « idée construite », en cela contestable et pouvant être combattue, notamment par le droit.
Le premier mouvement, après la Seconde Guerre Mondiale, a consisté à changer le statut épistémologique du Marché, à le faire passer du statut d’« idée construite à un moment de l’histoire occidentale », au statut de fait. L’ajustement des désirs individuels des uns et des autres, par la rencontre opérée des offreurs et des demandeurs, a été présenté comme naturel. Tout ce qui peut être désiré présente de la valeur, c’est un fait, et celui qui peut offrir ce qui est convoité par un autre, trouve un moyen de s’ajuster à lui par un échange : c’est la « loi du marché », qui est une « loi de nature ». Le Marché devient un fait. Dès lors, ce fait peut être déploré, mais on ne pourrait que le constater.
Ce mécanisme par lequel le Marché a réussi ce saut hiérarchique d’être une idée contestable et que l’on pouvait de ce fait combattre est un phénomène relativement ancien puisqu’il date d’une cinquantaine d’années. Il est notamment lié à la puissance de la discipline universitaire de l’économie.
D’une façon beaucoup plus récente, un mouvement inverse a produit la dégradation du statut épistémologique de la Maternité. Il est en train de se produire. En effet, celle-ci est en train de cesser d’être considérée comme un « fait », pour devenir une « idée relative née dans une société à un moment donné ». La Maternité devient une « idée construite ». On peut en trouver désormais des définitions, comme la Mère affective ou la Mère sociale. Dès lors, on peut très bien « concevoir » qu’un homme puisse être une très bonne mère, si l’on « construit » l’idée de mère sur le lien d’amour entre l’enfant et l’adulte, un homme pouvant aimer l’enfant de la même façon que peut le faire une femme.
Dès lors que la Maternité est une « idée construite », elle peut être contestée et combattue. Il devient possible de contester à la femme du ventre de laquelle l’enfant est né sa qualité de « mère », car sa qualité n’est plus naturelle. La qualification de la Maternité devient disponible, puisqu’elle est construite. La déconstruction de la Maternité est possible. Sa reconstruction, par les pratique sociales et par le droit, devient possible, voire bienvenue.
Ce double mouvement épistémologique produit un effet de ciseaux extraordinaire et « formidable », au sens premier du terme.
En effet, entre le donné et le construit, le donné est beaucoup plus puissant que le construit, puisque l’on peut contester et combattre le construit (pour le démolir et en construire un autre), tandis qu’un fait est un fait. Le fait a pour lui la puissance de la tautologie.
Si le Marché acquiert le statut du Fait, la « loi du marché », tandis que la Maternité n’est plus qu’une pratique sociale et une construction, par la société ou les parties à travers un contrat, alors la Maternité peut sans difficulté devenir un objet de marché.
Or, la Maternité renvoie à la puissance d’engendrement, à la capacité à faire venir au monde un enfant, alors qu’auparavant il n’y en avait pas. L’enfant étant aujourd’hui l’objet de tous les désirs, la « valeur refuge » des individus, l’enfant est alors naturellement un objet de marché et la Maternité devient une prestation. La maternité devient une gestation, dans une rupture entre la grossesse et la maternité.
Le Marché, qui n’ajuste que les désirs, satisfait le désir naturel d’enfant de celui qui veut avoir un enfant et qui porte alors la Maternité alors qu’il n’a pas porté physiquement l’enfant, tandis que le Marché satisfait le désir naturel de recevoir de l’argent de celui qui offre une prestation de grande valeur, la gestatrice qui délivre l’enfant convoité. Rien de plus naturel.
L’enjeu n’est pas ici de dire si cela est bien ou si cela est mal. A chacun de se faire, dans un second temps, une opinion personnelle.
L’enjeu est de mesurer la révolution de civilisation que nous sommes en train de vivre.
Le monde ne sera plus le même si l’on ne réfléchit pas ici et maintenant sur ce qui se passe maintenant entre La Maternité face au Marché.

Programme et infos :

http://mafr.fr/fr/article/la-maternite-face-au-marche/

Haut de page

Fichiers de syndication :


Statistiques :


Le site contient 4383 articles

Mots-clés aléatoires :


Info / contacts :


Navigation / Syndication :