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Genre en séries : productions, représentations et appropriations genrées d’un dispositif télévisuel

Avant le 20 novembre - Bordeaux 3


Date de mise en ligne : [06-11-2013]



Mots-clés : médias


Journée d’études

Comité d’organisation :
Laetitia Biscarrat, Docteure en SIC, Université Bordeaux 3, EA MICA Mélanie Bourdaa, MCF Information-Communication, Université Bordeaux 3, EA MICA Gwénaëlle Le Gras, MCF Études Cinématographiques, Université Bordeaux 3, EA MICA

Université de Bordeaux 3, jeudi 27 mars 2014

Argumentaire :

Autrefois dénigrées pour leur fonction de divertissement populaire (entertainment), les séries télévisées – entendues au sens large de fictions télévisuelles épisodiques – sont devenues un objet culturel légitime aux USA, là où elles aspirent à le devenir en France. Très largement dominées par une production américaine pour le public américain, mais fonctionnant au-delà des frontières, par leur posture hégémonique, comme un modèle universel, les séries attirent aujourd’hui l’attention d’un public diversifié et élargi, dont les préoccupations s’organisent en trois grands ensembles : divertissement, analyse et critique. Les technologies actuelles (DVD, VOD, streaming, téléchargement) offrent aux « publics » (Esquenazi, 2002) un accès quasiment immédiat à la diffusion américaine. Des collectifs de téléspectateurs engagés participent de ce phénomène en relayant les épisodes sur des plateformes internet et en proposant bénévolement des sous-titrages. L’engouement pour ce mode de narration a catalysé un renouveau des productions nationales européennes. Ainsi, les chaînes espagnoles produisent de nombreux feuilletons historiques à succès (Aguila Roja, Tierra de Lobo) ou des soap communautaires qui atteignent d’importants taux d’audience (Aida, Las chicas de oro). En France, le label Création Originale de Canal Plus diffuse des séries à succès (Braquo, Engrenages). On l’aura compris, la « sériephilie » (Glévarec, 2012) est aujourd’hui un phénomène culturel incontournable.
Les travaux de Dominique Pasquier ont montré le rôle joué par la sitcom Hélène et les garçons dans la socialisation des adolescents (Pasquier, 1999). Sabine Chalvon-Demersay a souligné le rôle des héros dans la perception des professions par les publics (Chalvon- Demersay, 2004). Enfin, Henry Jenkins a développé les notions d’engagement et de convergence culturelle pour analyser les pratiques des communautés de fans (Jenkins, 2006). Ces recherches témoignent de l’articulation entre les produits d’une industrie culturelle et les pratiques et identifications personnelles des publics. La fiction sérielle est en effet intimement liée aux sentiments, interrogations et préoccupations individuelles et sociales de ces derniers. Entre productions transnationales et expériences spectatorielles individuelles, cet appel à contributions propose d’interroger les séries télévisées au prisme du genre, le genre étant entendu comme principe organisateur des rapports sociaux de sexe. Il permet d’étudier la construction historique, sociale et culturelle de la différence des sexes pour repenser collectivement les questions de pouvoir, de structure sociale et de rôles construits sur ces différences.
A la suite de Teresa de Lauretis, nous partons de l’hypothèse de travail que les fictions sérielles, en tant qu’elles sont parties intégrantes du dispositif télévisuel, sont une « technologie de genre » (De Lauretis, 2007). La fiction sérielle est à la fois constituée et constitutive des représentations de genre, tiraillée et nourrie par des contradictions sociales genrées tout autant qu’une recherche de consensus (Beylot & Sellier, 2004). Interroger les séries télévisées au prisme du genre permet d’identifier le « non-conscient socioculturel » (Carcaud-Macaire & Clerc, 1995) qui structure les pratiques et représentations médiatiques. Afin d’éviter une re-substantivation des assignations de genre qu’il s’agit de déconstruire, la journée s’inscrira dans une approche relationnelle et intersectionnelle du genre. Le genre est transversal aux trois niveaux du processus médiatique - production, représentations et réception. Les propositions de contributions pourront porter spécifiquement ou synchroniquement sur ces différentes étapes. Elles répondront, de manière non-exclusive aux questions suivantes :

1. Comment le genre organise-t-il la production des séries télévisées ?
Parce que l’industrie médiatique est une industrie culturelle dont la visée est économique, la production de séries repose sur un « contrat de communication » (Charaudeau, 1997) ou du moins une « promesse » (Jost, 1997), qui vise à l’intelligibilité des contenus. En ce sens, la production capitalise sur les attentes, réelles ou supposées, des publics. Le genre participe dès lors des imaginaires de la production, mais aussi de leur effectivité. Les rapports de genre façonnent en effet l’organisation de l’industrie médiatique tout en devenant de « nouveaux territoires de la série télévisée » (Macé, 2007).

2. Quelles normes et assignations de genre les séries véhiculent-elles ?
Les représentations sont à la fois produites par le genre et contribuent à sa reproduction sur un mode itératif. Aussi, en analysant les contenus des séries, nous pouvons accéder au travail de naturalisation des normes de genre. Celles-ci seront étudiées au croisement des différents rapports de pouvoir qui organisent la monstration du féminin et du masculin. Il s’agira de mettre en exergue les imaginaires genrés qui organisent l’intelligibilité du texte médiatique. Dans cet axe, les contributions pourront également analyser les représentations contre- hégémoniques, les failles et disruptions éventuelles aux normes de genre, ainsi que les processus de réappropriations des figures déjouant la norme. La confrontation entre la réception et les représentations construites pourra aussi servir à mettre au jour les ambivalences d’une série, ses enjeux et les contradictions et même les non-dits d’une époque en rendant compte des préoccupations d’alors (ce que la réception a retenu), tout en révélant les éléments occultés dans le texte sériel par la réception.

3. En quoi l’expérience spectatorielle des publics est-elle façonnée par le genre ?
L’approche pragmatique souligne que le contenu est une coproduction. La rencontre entre le contenu et les publics donne lieu à des pratiques de « décodage » (Hall, 1994) diversifiées. Au niveau individuel, le rapport entre téléspectateur et série se caractérise par une forte dimension affective. Ces liens inscrivent l’objet sériel dans un « paradigme du sentiment » (Ang, 1985) qui génère des stratégies variées d’appropriations et de « braconnage » (De Certeau, 1980). Les communautés de fans sont symptomatiques de cette relation aux séries. Elles obéissent à une organisation stricte et codifiée (Bourdaa, 2012) qui témoigne de la normativité de ces pratiques. Partant de ce constat, nous souhaitons interroger l’expérience spectatorielle sérielle au prisme du genre. Comment le genre participe-t-il de l’appropriation par les publics d’une série ? Comment organise-t-il les pratiques de réception, tant du point de vue de la quotidienneté que des usages numériques ?

Au travers de ces trois axes, c’est donc la fabrique médiatique du genre dans les séries télévisées qui est interrogée. La journée se veut un cadre de réflexions et d’échanges autour d’un champ scientifique interdisciplinaire, à la croisée des Sciences de l’Information et de la Communication, des Études Cinématographiques et de la Sociologie des Médias. Les contributions qui mettront l’accès sur leurs pratiques de recherche et leurs choix méthodologiques seront particulièrement appréciées.

Modalités pratiques :

Les propositions de communication devront être envoyées au plus tard le 20 novembre 2013 aux trois adresses suivantes : gwenlegras@wanadoo.fr ; melaniebourdaa@yahoo.fr ; laetitiabiscarrat@hotmail.com. Le mail devra être intitulé « JE Genre en séries ». Les propositions, d’une longueur de 500 mots, seront accompagnées de mots-clés et de quelques références bibliographiques.
La journée aura lieu le jeudi 27 mars 2014, à la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, salle Jean Borde (10, esplanade des Antilles, 33607 Pessac).
Une publication des actes est envisagée.

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