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Colloque

Montrez ce sexe que je ne saurais voir ! Perspectives historiques sur les organes sexuels : représentations, régulations sociales et résistances (18e – 20e siècles)

3-4 mai - Bruxelles


Date de mise en ligne : [03-05-2012]



Mots-clés : histoire | sexe


Organisé par l’Unité de recherche transversale SAGES : Savoirs, Genre et Sociétés

Jeudi 3 et vendredi 4 mai 2012 à l’Université Libre de Bruxelles sur le campus du Solbosch (Avenue Franklin D. Roosevelt 50, B-1050 Bruxelles), bâtiment AY, niveau 2, salles 114 (le jeudi 3 mai) et 107 (le vendredi 4 mai).

Argumentaire :

Si le sexe est et a toujours été systématiquement pointé du doigt, s’il charrie un lot de discours féconds, il est également et peut-être paradoxalement caché, dénigré voire hypocritement oublié. Or il s’agit là d’un organe essentiel à toute vie. Sa nécessité mais aussi les mystères qui l’entourent lui donnent un caractère mystérieux empli de force et de fragilité, de plaisirs multiples et de douleurs. Le rôle symbolique des organes sexuels est particulièrement bien révélé par les tabous qui les entourent. Le tabou de la nudité exige le voilage des parties dites sexuelles (avec la feuille de vigne d’Adam et Eve par exemple). La désignation des zones sexuelles ou érotiques, à cacher ou à montrer selon les circonstances, a évolué selon les périodes historiques et les espaces. La grossesse de la Vierge Marie est célébrée dès le XIIIème siècle. Elle reste l’objet de fêtes populaires jusqu’au XVIème siècle en Europe du Nord avant d’être contestée et réprimée dans le cadre de la Contre Réforme catholique. Cette réforme des représentations mariales est un signe de l’imposition progressive d’une vision dichotomique de la sexualité féminine dans laquelle le sexuel est clairement distingué du maternel. A ce nouvel interdit succéda une nouvelle valorisation, politique cette fois, du corps féminin et de ses fonctions sexuelles. Le contrat social proposé par Rousseau en 1762 préconise la représentation publique de l’allaitement pour symboliser la « seconde nature » fondant ainsi l’intérêt commun de la nation, ce qui continue d’avoir un impact sur la gestion de sociale de la maternité.

L’attribution de caractères et de fonctions sexuelles à certains organes ou zones corporelles n’est donc jamais anodine. L’esprit a-t-il un sexe ? La question posée par François Poullain de La Barre au XVIIème siècle ressurgit aujourd’hui à propos du cerveau. Il est décrit actuellement par la biologie et la neuroscience comme l’un des agents principaux de la sexualisation du corps notamment par sa régulation des productions hormonales.

L’histoire s’est penchée depuis une vingtaine d’années sur la sexualité et son contrôle social. La perspective de genre a permis d’éclairer les dynamiques de production de normes (prescriptions médicales et juridiques) et de représentations (mentalités, littérature, arts plastiques ou cinéma). Mais le corps sexué en lui-même reste peu interrogé. Or, les organes sexuels apparaissent comme des « lieux » d’étude stratégiques. L’historiographie montre en effet qu’ils sont à la fois des enjeux et des armes dans de nombreuses politiques de contrôle social qui mobilisent et, partant, transforment les modèles et les représentations de la sexualité et du genre. Les organes sexuels sont des lieux de négociation entre une multiplicité d’acteurs et d’actrices. Se placer sur ce « terrain » permet de faire le lien entre les normes et les représentations d’une part (corps objet de discours), et entre les mentalités et les comportements d’autre part (corps vécu par les acteurs et actrices). Il s’agit de comprendre comment les normes sociales passent par le corps pour réguler les comportements et, à l’inverse, comment le corps est mobilisé et impliqué dans les résistances opposées aux multiples injonctions et exploitations dont il est l’objet. S’attarder sur les organes sexuels permet ainsi d’accéder à l’expérience qu’en firent les acteurs et actrices et aux subjectivités que ces corps incarnent.

Le rôle attribué aux organes sexuels dans les modèles psychologiques est tributaire de l’histoire de la compréhension des relations entre le corps et l’esprit, de la conception du féminin et du masculin et d’une distribution spécifique des rôles sociaux selon le genre. En effet, les organes sexuels servent fréquemment de référent organique à la détermination des phases de développement de la subjectivité et pour fonder l’attribution de droits aux personnes : distinction entre embryon et fœtus, distinction entre « transsexualité » et « intersexualité », la puberté comme fondement organique de l’adolescence, rapports entre psychanalyse et biologie, etc.

Différents organes ont reçu le pouvoir d’incarner la sexualité et le genre des individus au cours de l’histoire : seins, utérus, ovaires, clitoris, pénis ou testicules par exemple. De même, certains individus incarneraient mieux que d’autres la sexualité dans les sociétés à un moment donné (les femmes, les homosexuels, les personnes dites « de couleur »). Leur « différence » les sexualiserait bien plus que tout autre individu, ici le modèle de l’hétérosexuel blanc. Il s’agit donc de s’interroger sur les rapports entre, d’une part, les modèles de sexuation et de fonctionnement de la sexualité et, d’autre part, la régulation sociale des rapports humains. L’asymétrie existante entre les différentes personnes chargé-e-s d’incarner la sexualité pose question. Le statut de neutralité attribué au masculin explique-t-il l’absence de débats à propos de l’incarnation de la masculinité chez les hommes ? Ou bien est-ce une reproduction acritique de l’historiographie qui n’a pas encore remis en question le rôle attribué au pénis ? L’historiographie étudie encore majoritairement la sexualité à travers le corps des femmes. Dès lors, quels sont les enjeux et les combats au sujet des organes sexuels des hommes ?

Ces quelques exemples montrent l’imbrication des différentes fonctions, symboliques, sociales et reproductives attribuées aux organes sexuels. C’est pourquoi les représentations, les usages ainsi que les interventions sur les organes sexuels ont toujours des « effets collatéraux ». L’étude des organes sexuels, des modèles de sexuation et de sexualisation de l’humain permettent donc aux chercheurs de diverses disciplines d’interroger de multiples aspects des sociétés passées et d’en faire l’histoire au sens large, en incluant les dimensions politiques, sociales et culturelles.

Trois axes seront privilégiés :

. Les représentations et leur circulation

Du texte médical au cinéma en passant par les pièces anatomique et les dessins reproduits dans les ouvrages de conseils aux femmes enceintes, quels modèles de la sexuation et de la sexualité ces représentations soutiennent-elles ? Comment ces représentations sont-elles utilisées, dans quels contextes et dans quel but ? A côté des représentations concrètes, les représentations abstraites, théoriques, seront aussi être traitées à partir de l’histoire des modèles de sexuation et de sexualisation de l’être humain.

. Les régulations sociales et les résistances

Les régulations des usages des organes sexuels et les résistances qui s’y opposent. A l’inverse, l’usage des organes sexuels et des modèles de sexuation et de sexualisation de l’humain à des fins de régulation sociale. Les catégories, les identités et les rôles sociaux institués ou promus par ces régulations ou ces résistances. La régulation et les résistances via l’intervention ou l’expertise médicale, le droit (administratif et judiciaire), pédagogies et systèmes scolaires, le sport, etc.

. Heuristique

Comment étudier les organes sexuels et faire le lien entre la production des normes, les pratiques corporelles et les représentations ? La diversité des sources potentielles est à l’image de l’importance que possèdent la sexualité et les organes sexuels dans la société. Dès lors, quelle stratégie heuristique adopter afin de comprendre l’imbrication des différentes dimensions à étudier (symbolique, sociale et reproductive) ?

Programme :

http://sages.ulb.ac.be/uploads/Montrez-ce-sexe-Programme.pdf

Contact :

sages@ulb.ac.be

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