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Journée d’études

Les catégories de travail productif & travail reproductif. En hommage à Bruno Lautier

5 juin - Nogent-sur-Marne


Date de mise en ligne : [04-06-2013]



Mots-clés : marché du travail | travail


Journée IEDES / UMR Développement & Sociétés (Paris 1 Panthéon-Sorbonne / IRD)

Campus du Jardin Tropical, Bât. Principal –Amphithéatre 1er étage. 45bis av de la Belle Gabrielle – 94130 Nogent-sur-Marne /
Mercredi 5 juin 9h30-18h

Présentation :

Les catégories analytiques de travail productif / reproductif sont nées dans un double contexte : contexte intellectuel, avec l’interrogation marxiste sur les contours du travail productif versus le travail improductif ; et contexte social et économique, avec l’institution du salariat, de la division et l’assignation des rôles sexués au sein de la famille et la croissance de l’urbanisation.
Ces catégories ont été avant tout mobilisées dans une perspective critique : critique de la hiérarchisation des rôles qu’engendre cette séparation en assimilant le rôle des femmes et le travail de care à du non productif, de l’archaïque, de l’émotionnel ; critique de l’extorsion de travail fémininnonreconnupermisparleurdominationau travers de structures familiales, matrimoniales, et plus largement sociales et culturelles, etc.
Ces catégories, cependant, ont aussi fait l’objet de critiques, notamment au regard de leur pertinence dans des contextes différents de ceux qui les ont engendrées, étudiés en particulier par les anthropologues. Ont ainsi été questionnées leur universalité, et donc leur historicité, leur niveau d’abstraction et leur capacité à analyser et expliquer d’autres contextes sociaux que ceux du capitalisme occidental et des institutions nées du fordisme. Ou leur propension à enfermer la lecture des rapports sociaux de sexe et la relation entre espaces dans la dualité qu’elles construisent (e.g. public vs. privé, capitaliste vs.domestique, travail vs. famille, etc.), voire à légitimer l’organisation de cette division du travail selon cette bi-partition formelle. Ou encore leur faible efficacité, une fois ces catégories mises à l’épreuve de leur opérationnalisation et de leur intégration dans des politiques publiques.
Il apparaît que la critique des catégories de travail productif / reproductif peut grossièrement se décliner en quatre postures, inscrites tantôt au plan structurel et macro, tantôt au plan plus micro, des subjectivités, des vécus et de l’intimité, entre lesquelles se sont construits dialogues et débats :
=> Une contestation de la division en tant que construction intellectuelle historicisée et contextualisée, que discours performatif, qui instaure et institue une vision hiérarchisée des formes d’activités, espaces, statuts (le reproductif étant le plus souvent assimilé au féminin et au non productif), elle-même issue d’une domination des hommes sur les femmes. Ce courant critique – émanant essentiellement des mouvances féministes matérialistes – insiste sur la nécessité de recentrer l’analyse sur les rapports sociaux, non seulement de sexe mais en articulation, intersection, ou en co-extensivité avec les rapports sociaux de classe et d’ « ethnicité » (voire d’autres encore). En effet, ainsi que le montrent notamment Christine Delphy et Danielle Kergoat, le travail est central pour penser les rapports sociaux de sexe, de classe et de race ; ces derniers sont consubstantiels, ils se reproduisent et se coproduisent mutuellement. C’est autour du travail, en tant que base matérielle, que se nouent les formes de domination et que peuvent émerger les subjectivités en résistance. La catégorie de travail, telle que théorisée par Marx, est ainsi élargie aux activités reproductives et de service, qui doivent être dénaturalisées.

=> Une critique de la faible efficacité de ces catégories à rendre compte des relations et les imbrications, hybridations, porosités et entremêlements entre les sphères (réelles et conceptuelles) ainsi découpées et qualifiées de productives et reproductives et à reconnaître la valeur des activités et productions qui s’y réalisent. Ainsi de la marchandisation d’une partie du travail féminin, quoique sans salariat (auto-emploi, travail familial), des activités de petite production marchande, ou informelles, réalisées dans l’espace domestique (home-based) ou dans le cadre d’associations (économie sociale et solidaire), des cadeaux, du rôle des affects et émotions dans divers types d’activité économique et le maintien de la division sexuelle des tâches, etc. Ce courant critique – pour une bonne part enraciné dans l’approche polanyienne – s’attache à mettre au jour ces espaces hybrides et imbriqués en déplaçant l’analyse vers les formes institutionnelles d’intégration qui se combinent entre elles : le marché, la réciprocité, la redistribution et l’administration domestique. Encastrée dans le social et l’économique, la catégorie de « householding » peut ainsi s’épaissir et incorporer des dimensions d’échange et de réciprocité.

=> Une critique de l’incapacité des deux catégories de travail productif/reproductif à prendre en compte tout un pan des activités sociales essentiellement réalisées par des femmes, mais pas uniquement, à savoir les activités de gestion communautaire, d’entretien des relations sociales, et donc la dimension collective de la production et de la reproduction. Ce courant critique, qu’on peut considérer aussi comme d’inspiration polanyienne, met l’accent sur la sphère de la réciprocité. Il promeut un cadre de référence tripartite de la division sexuelle du travail – la reconnaissance et l’analyse du « triple rôle » (Moser) – et plus largement l’analyse des différentes formes prises par la division sexuelle des tâches et des relations (responsabilité, contrôle, coopération, interdépendances, etc.) entre hommes et femmes dans l’organisation de la production et de la reproduction (Kabeer). Il s’enracine dans les mouvances « genre et développement », et trouve un terrain de prédilection dans le cadre d’actions de développement qui, en sollicitant les femmes ans les trois sphères (productive, reproductive et communautaire) contribuent à surcharger les femmes de travail non ou peu reconnu socialement et économiquement.

=> Une critique féministe du cadre polanyien, essentiellement développée par Nancy Fraser, qui revendique une relation entre la critique de la marchandisation et celle de la domination. Elle met en lumière les formes de domination inhérentes à la partition entre sphère productive et reproductive. La construction de la « force de travail » comme marchandise fictive et du travail reproductif comme une non marchandise, condition de possibilités du marché, n’a pu se réaliser qu’au prix de formes de domination de l’une sur l’autre, la seconde étant essentiellement féminine (mais aussi le domaine des esclaves et autres subalternes). La protection offerte aux travailleurs du reproductif (femmes, domestiques...) par le maintien de leur travail hors de la marchandisation permet ainsi non seulement la reproduction sociale, mais celle de la hiérarchie et de la domination : il s’agit d’une « protection oppressive ». En revendiquant leur sortie de l’enfermement domestique et la marchandisation d’une partie de leur travail, les mouvements d’émancipation (notamment féministes) remettent en cause cet équilibre, et conduisent à la marchandisation, sur une échelle transnationale, d’une partie du care par le recours à d’autres personnes dominées pour assurer les tâches reproductives. La marchandisation de la sphère reproductive menace les conditions de possibilités du marché.

La journée d’études que nous organisons le 5 juin 2013 a pour objectif d’engager un état des lieux de la pensée critique de ces catégories et de leurs usages, des différentes approches qui portent ces critiques, des niveaux d’analyse auxquels elles se situent, et des modalités de construction du débat critique. Articulée autour de tables rondes, elle laissera un large espace au débat. Afin de permettre l’organisation de la journée, un abstract sera demandé aux intervenant-e-s pour le 15 avril 2013.

Cette journée devait être organisée en mettant à l’honneur les travaux de Bruno Lautier, Professeur de sociologie à l’IEDES, et en particulier sa thèse d’Etat en Sciences Economiques, soutenue à l’Université Paris IX Dauphine en 1974 sous le titre : La reproduction de la force de travail. Jusqu’à très récemment, les travaux de Bruno Lautier ont exploré la question du travail domestique, de la reproduction de la force de travail, de la division sexuelle et internationale de cette reproduction. Bruno Lautier nous a quittés le 4 février 2013. Nous dédions cette journée à ses travaux, sa mémoire et la générosité féconde de son intelligence.

Infos :

http://recherche-iedes.univ-paris1.fr/actualites/colloques-et-seminaires/article/les-categories-de-travail

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