Sociologie des religions et du monde enseignant

Sous la direction de Charles Soulié, maître de conférences au département de sociologie, des étudiants de licence ont construit et fait passer environ 1300 questionnaires portant sur les pratiques religieuses de leurs camarades. Cette recherche s’est poursuivi, dans le cadre d’un cours sur la méthodologie de l’entretien sociologique, par la réalisation d’une trentaine d’entretiens avec d’autres étudiants.
Les premiers résultats de cette enquête (et expérience pédagogique) seront présentés le 8 juin 2005 entre 18h et 20h au Centre d’Histoire de Sciences Po (56 rue Jacob, 75006) dans le cadre d’un séminaire du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants. Charles Soulié sera accompagné de deux étudiantes de licence ayant participé à l’enquête, N. Khan et G. Khaldi.
Par ailleurs, Charles Soulie?, Sylvia Faure et Mathias Millet viennent de rendre public un rapport intitulé Enquête exploratoire sur le travail des enseignants-chercheurs. Vers un bouleversement de la “table des valeurs académiques” ?, disponible au format PDF.
Le quotidien L’Humanité en a rendu compte ainsi :

Journal l’Humanité, Rubrique Société, Article paru dans l’édition du 3 juin 2005.
Universitaires chrono-phagocytés
Administration accaparante ou financements difficiles transforment le métier d’enseignant-chercheur. Première victime : la recherche.

Les enseignants-chercheurs sont en pleine mutation. Ils vivent un « bouleversement de leur table de valeurs académiques », d’après une étude (1) menée par Sylvie Faure, Charles Soulié et Matthias Millet, tous trois sociologues. Ces universitaires ont interrogé 507 de leurs collègues sur leurs conditions de travail, révélant un certain malaise : leur activité de recherche se rabougrit au profit de la très encombrante administration, accompagnant une dégradation de leur situation. La faute à « la massification des publics étudiants, la complexification des procédures de financement de la recherche, comme des réformes successives de l’enseignement supérieur et de la recherche », écrivent les auteurs de l’étude.
Motivée par le rapport Belloc, qui prône l’émergence au sein des universités d’enseignants à temps complet d’un côté et de chercheurs de l’autre (voir l’Humanité du 14 janvier 2004), cette étude sociologique vise à détailler « les contraintes pesant sur les universitaires ». Ses auteurs, mobilisés contre le rapport Belloc, se sont adressés prioritairement à « leur réseau » de connaissances, biaisant légèrement leurs résultats. « Nous avons toutefois fait l’effort de comparer la population de répondants à la population mère, corrige Charles Soulié, de l’université Paris-VIII. Nous avons ainsi constaté une différence de situations entre les disciplines et la façon dont nos collègues sont submergés par le travail administratif ».
D’une discipline à l’autre, chacun n’a en effet pas le même rapport à son travail. En lettres et, dans une moin- dre mesure, en sciences humaines, les universitaires évoluent généralement en individuels, en « artisans », tandis que les physiciens et les biologistes travaillent plus souvent en équipes, avec des fonds importants. Toutefois, dans tous les cas, les financements publics se font de plus en plus rares. Quelque 60 % des universitaires déclarent financer eux-mêmes leurs recherches. « Beaucoup d’universitaires disparaissent dans la recherche de contrats, ce qui imprime une démarche d’entreprise à leur travail. Les sujets sont alors plus appliqués à des problématiques ciblées », décrit Charles Soulié.
De fait, le métier d’enseignant-chercheur bute sur une difficulté majeure : le temps de la recherche, long, se conjugue mal avec « la temporalité en flux tendu de certaines activités administratives, comme la routinisation afférente aux activités pédagogiques ». La réforme des universités, dite LMD (licence-mastère-doctorat), en rajoute une couche en accentuant la « professionnalisation » des formations. Les universités se rassemblent alors en pôles d’excellence, au détriment des établissements modestes. « Quelle sera la part de l’évaluation pédagogique et administrative interne à l’université et l’évaluation scientifique externe ? » s’interroge Charles Soulié. « Le travail d’enseignants-chercheurs se transforme de plus en plus en celui de managers », regrette-t-il.
Vincent Defait
(1) http://www.afs-socio.fr/