EA 1571 Centre de recherches historiques :
Histoire des pouvoirs, savoirs et sociétés
Responsable : Anne-Marie Helvétius
L'EA 1571 « Centre de recherches historiques : Histoire des pouvoirs,
savoirs et sociétés » est une équipe d'accueil de l'Université Paris
8. Elle compte actuellement 26 membres titulaires dont 15 directeurs
de recherche, et 40 doctorants (dont 9 Allocataires ou AMN et une
thèse financée par une association). Les membres sont principalement
des enseignants-chercheurs du département d'Histoire de Paris 8,
spécialistes des quatre périodes de l'histoire, ainsi que des
enseignants-chercheurs d'autres départements (Langues, anthropologie,
urbanisme) dont les travaux s'inscrivent dans une perspective
historique.
Axes de recherche
Lors du dernier contrat quadriennal (2009-2012), les axes de recherche de notre unité ont été définis comme suit :
I. Histoire du politique et des pouvoirs A. Théâtre et politique dans les mondes antiques
B. Espaces des pouvoirs
C. Les bases multiples du politique
II. Histoire des savoirs A. Histoire des savoirs scientifiques et techniques
B. Histoire intellectuelle
III. Espaces, migrations, frontières A. Naissance de l'Europe
B. Colonisations et migrations
C. Échanges en Méditerranée
IV. Un nouvel axe fédérateur : usages politiques du passé, de l'Antiquité à nos jours A. Archives, histoire, pouvoirs
B. Utilisation et mise en valeur du patrimoine historique dans les politiques publiques
C. Récupérations politiques des événements, des récits et des légendes du passé
Les historiens du politique ont longtemps eu tendance à privilégier des approches institutionnelles, par tradition jacobine, sans doute, et peut-être aussi, tout simplement, parce que la majorité des archives émanaient du pouvoir, et notamment du pouvoir central. La plupart des chercheurs de l'équipe d'accueil concernés par l'histoire politique se réclament d'une approche singulièrement distincte. Dans la diversité de leurs champs d'investigation et des périodes, la plupart privilégient une approche sociale et culturelle du politique. Ils doivent à leurs recherches de prêter une attention forte au statut politique du religieux (Anne Gagey, Anne-Marie Helvétius), au pouvoir de l'image (Joël Cornette, Brigitte Le Guen, Jacques Portes, Danielle Tartakowsky) [Marie-France Auzépy, Joël Cornette (dir) : Le pouvoir de l'image. PUV.], au rapport à la littérature (Brigitte Le Guen, Michèle Riot Sarcey), aux mouvements sociaux (Danielle Tartakowsky). La construction des catégories (genre, exclusion) constitue également un point fort (Michèle Riot-Sarcey, Yannick Ripa, Anne-Marie Helvétius, Patrice Peveri). Sur cette question : en collaboration avec le centre d'histoire culturelle des Sociétés contemporaines de l'Université Versailles Saint-Quentin, un colloque sur George Sand, littérature et politique (2004) et une journée d'étude sur les Théories féministes et Michel Foucault (2005), ont été organisés.
Trois axes majeurs de recherche ont donné lieu à des travaux de recherches collectifs impliquant nombre de doctorants du département.
À l'initiative de Brigitte le Guen s'est mis en place à partir de 2005 un séminaire de Master/Doctorat sur « Le théâtre antique dans tous ses états » (en collaboration avec le Centre Louis Gernet, puis avec le centre d'études anciennes de l'ENS Ulm). Ce séminaire avait pour objectif de réexaminer, sur la longue durée et sous tous ses aspects, l'histoire du théâtre antique. À cette fin la totalité de la documentation disponible était prise en compte, fût-elle archéologique, littéraire, épigraphique ou encore papyrologique et numismatique ; et les interprétations anciennes étaient confrontées aux perspectives plus récentes ainsi qu'au renouvellement des méthodes d'analyse dans chaque champ disciplinaire (histoire, littérature, archéologie, etc.). Ce séminaire, à diverses reprises, a fait appel à des chercheurs étrangers dont, en 2006, Oliver Taplin (Magdalen College, Oxford, Angleterre) et Daniela Summa (Berlin, Allemagne) et en décembre 2008, Eric Csapo (University of Sydney, Australie). En avril 2006, une journée d'étude sur « À chacun sa tragédie. Retours sur la tragédie grecque » a été organisée dont les Actes sont parus aux Presses Universitaires de Rennes en 2007.
Dès le mois de septembre 2007, Brigitte Le Guen a constitué un groupe informel de recherche sur le théâtre antique, dont les membres étaient aussi bien des chercheurs confirmés que de jeunes doctorants ou des étudiants de master (de Paris 8 et d'autres universités). C'est au sein de ce groupe qu'a été préparé le colloque international « L'Argent dans les concours du monde grec » qui s'est tenu à Saint-Denis et Paris les 5 et 6 décembre 2008. Les actes, publiés sous la direction de B. Le Guen, sont parus en 2011 aux Presses Universitaires de Vincennes dans la nouvelle collection « Théâtres du monde ». Ce groupe de recherche a été reconnu par le CNRS en janvier 2009 et jouit donc désormais d'une existence officielle sous le nom de GDR 3279 THEATHRE (Théâtre antique : textes, histoire, réception).
Depuis 2009, le GDR organise alternativement des séminaires sur la traduction et le commentaire (philologique, littéraire et historique) des fragments comiques hellénistiques et sur le traité de Lucien, Sur la Danse. Il participe également, à Lyon, à des travaux sur l'Onomasticon de Pollux (notre source essentielle sur les masques et les machines de théâtre). À ces séminaires s'en ajoutent d'autres, en fonction des opportunités et des desiderata des membres du GDR. Ainsi en février 2010, Catherine Saliou a présenté sa traduction commentée du livre V du De architectura de Vitruve (en partie consacré au théâtre et paru aux Belles lettres, en 2009).
En mars 2010, une journée d'étude, « L'attirail dramatique dans les spectacles de l'Antiquité », a été organisée à Nantes, sous la direction conjointe de Brigitte Le Guen et de Silvia Milanezi (Université de Nantes). Les actes devraient paraître prochainement dans la collection « Théâtres du monde ».
Les 9 et 10 décembre 2010, un colloque international « Aux marges du théâtre. De la rue à la scène dans l'Antiquité » s'est tenu au Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis. Marie-Hélène Garelli (Université de Toulouse 2) et Brigitte Le Guen en étaient les organisatrices. La publication des Actes est en préparation.
Le GDR a pour objectif à moyen terme la rédaction d'une nouvelle Histoire du théâtre antique des origines à la fin de l'Empire. Brigitte Le Guen travaille actuellement à la rédaction d'une Histoire du théâtre grec et de ses acteurs après la mort d'Alexandre le Grand, où les aspects politiques, culturels, sociaux et religieux de l'activité dramatique seront envisagés.
Joël Cornette et ses doctorants sont impliqués dans un séminaire intitulé « Pouvoir central, pouvoir local. L'État royal, perturbateur d'identité ? ». Le thème proposé sous-entend, dans une grande mesure, l'analyse des relations entre le « central » et le « local », le local étant ici identifié à une culture vive, entre résistance et volonté d'assimilation, notamment de la part des élites. Pouvoir central, pouvoir local, c'est donc, si l'on veut, l'histoire d'une conquête parfois imposée par la force, mais aussi l'histoire d'une série de complexes transactions et arrangements, car il ne faut pas analyser la destruction d'identité comme un travail de prédation, tout simplement parce que l'État ne dispose pas de moyens suffisants pour pouvoir imposer seul le principe et la réalité de la souveraineté. On ne peut plus schématiser la relation entre le pouvoir central et le pouvoir local en l'analysant comme un simple rapport de domination et de sujétion. Les "résistances" et les "obstacles" doivent être considérés comme des structures politiques, institutionnelles et mentales vives qui proviennent de l'intérieur du pays. Dans ce cadre, la conquête de l'État central ne peut être qu'irrégulière et incomplète. Conquête irrégulière, cela signifie que partout s'est posé le problème de la nécessité d'un savant dosage et d'un ajustement permanent entre le pouvoir central et le pouvoir local. Le pouvoir royal, techniquement trop faible, doit donc utiliser d'autres outils que ceux de la force pour s'imposer : à lui, notamment, de savoir jouer sur les réseaux locaux du pouvoir, des parentèles, des officiers et des nobles « seconds » pour s'y insérer, en douceur. Une comparaison est menée avec d'autres modèles d'États dont la monarchie hispanique.
Les travaux de Boris Bove sur le Paris de la fin du Moyen Âge et ses contributions à un programme financé par l'ANR qui a pour but de fabriquer un Système d'Information Géographique sur le Paris ancien participe de cette même réflexion sur la territorialisation du politique et ses échelles. Les recherches de Patrice Peveri sur les marges sociales dans le Paris de l'époque moderne et de Danielle Tartakowsky sur les espaces politiques dans le Paris d'aujourd'hui font apparaître des symbioses à définir dans le cadre du prochain quadriennal.
Des recherches en cours menées par Anne-Marie Helvétius et Rollins Guild sur la dimension politique des espaces religieux, menées notamment à partir d'études de cas exemplaires d'édifices fondés par et pour des rois (Saint-Denis, Saint-Maurice d'Agaune) ou des familles aristocratiques (les monastères mérovingiens, Ottmarsheim au XIe siècle) s'inscrivent également dans cet axe. Les relations entretenues avec le service archéologique, la basilique et le Musée de Saint-Denis participent de cette dynamique, déjà à l'oeuvre depuis longtemps dans la formation des étudiants de master et doctorat (visites commentées de la basilique, conférences à Paris 8 par les archéologues, stages d'étudiants etc.). Depuis 2009, les historiens médiévistes et modernistes consacrent leur séminaire commun de master et doctorat à l'histoire et à l'archéologie de Saint-Denis (B. Bove, J. Cornette, C. Verna, A.-M. Helvétius), avec la participation d'intervenants extérieurs (P. Périn, M. Wyss, O. Guyotjeannin, etc.). Une journée d'études sur ce même thème a été organisée en juin 2010 au Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis.
Enfin, les travaux de Catherine Saliou sur Antioche comme lieu de pouvoir dans l'Antiquité s'inscrivent naturellement dans les recherches sur les espaces de pouvoir : depuis sa fondation, Antioche s'imposa comme la capitale de l'empire séleucide, puis demeura à l'époque romaine la capitale de la province romaine de Syrie et la plus importante des cités du Levant. Jusqu'à la fondation de Constantinople, elle occupait dans la hiérarchie des villes de l'empire la troisième place, après Rome et Alexandrie. À plusieurs reprises résidence impériale, la ville était en outre un siège patriarcal. Catherine Saliou participe donc aux travaux collectifs transpériodiques sur les espaces de pouvoir. Elle prépare l'élaboration d'une synthèse sur la topographie d'Antioche dans l'Antiquité, sous la forme d'un dictionnaire topographique illustré, dont le modèle sera le Lexicon Topographicum Vrbis Romae, réalisé sous la direction d'E. M. Steinby. Il s'agit d'un travail d'équipe impliquant la participation de spécialistes de différentes disciplines (historiens et philologues, mais aussi architectes et topographes). Outre des chercheurs confirmés, il implique des doctorants et des étudiants en master.
Cet axe dirigé par Danielle Tartakowsky poursuit le travail engagé depuis plusieurs années sur l'histoire sociale et culturelle du politique qui implique de nombreux doctorants de l'équipe et en particuliers 4 AMN ou allocataires de recherche. Il a prolongé ses travaux sur les acteurs non institutionnels ou les formes non conventionnelles du politique dans la relation qu'ils entretiennent avec les institutions et poursuivi de fructueux contacts avec l'UMR 8533 « Institutions et dynamiques historiques économique ». Ces travaux se sont menés dans le cadre d'un séminaire qui s'est essayé à inviter de nombreux collègues, docteurs et doctorants en histoire mais a, aussi bien, régulièrement fait appel à des politistes, sociologues et psycho-sociologues pour doter les doctorants des instruments réflexifs qui peuvent leur permettre de se situer dans le champ des sciences sociales à partir des spécificités méthodologiques qui sont les leurs. Que deux récents docteurs de l'équipe (Axelle Brodiez, Emmanuel Bellanger) aient vu leurs excellentes thèses qualifiées par le CNU en histoire comme en sciences politiques et, s'agissant du second, en urbanisme incite à poursuivre dans cette voie. Ce séminaire doit à l'apport de l'UMR d'avoir d'élargi sa réflexion et ses travaux à l'histoire sociale et économique du politique. Il s'agit de mener la réflexion commune sur ce qui recompose le politique.
Les nombreux travaux engagés sur le monde associatif et syndical ont permis aux doctorants de s'impliquer, avec le soutien financier et scientifique de l'équipe, dans plusieurs démarches collectives :
- la journée sur « Les objecteurs de conscience entre associations et pouvoirs publics. Au service de qui ? », janvier 2005 (Régis Forgeot), en collaboration avec le CHS XXe siècle. Cette journée s'est prolongée par la préparation d'un ouvrage à dimension internationale que l'équipe contribuera à éditer.
-le colloque « Les châteaux du social », novembre 2005, à l'initiative des chercheurs en sciences de l'éducation de l'université Paris 8 associés à d'autres, qui a impliqué deux chercheurs de l'équipe et 3 doctorants, docteurs ou étudiants de master.
- participation de deux docteurs ou doctorants (Sylvie Charlier, Aurélien Poidevin) à Audiens, groupe de protection sociale de l'audiovisuel, de la communication, de la presse et du spectacle (Paris I, Paris 8, Paris 10).
- collaboration à une exposition et à la rédaction d'un album consacré à la Résistance des personnels de l'Opéra dans le cadre d'un partenariat avec la ville de Paris, la DRAC Île-de-France et le Comité d'entreprise du Théâtre national de l'Opéra de Paris et à une exposition à la Bibliothèque-musée de l'Opéra de Paris consacrée à Jean Rouché (Aurélien Poidevin).
En 2005, un colloque a été organisé en association avec l'UMR sur le syndicalisme légal sous Vichy (1940-1945), (Danielle Tartakowsky, Michel Margairaz). Ce colloque a associé 7 docteurs, doctorants ou étudiants en master des deux équipe.
En 2008, un colloque a été organisé dans le cadre du programme défini par la BDIC avec un certain nombre d'universités de Paris et de régions en vue du 40e anniversaire de 1968. Ce colloque intitulé « 1968 : libération et libéralisation », organisé par Danielle Tartakowsky et Michel Margairaz (UMR 8533 IDHE), a réuni des travaux portant à la fois sur des projets ou des mesures - peu antérieures à 1968 - de libéralisation ou de dérégulation économique, sociale ou financière dans le domaine des politiques publiques et sur des tentatives de libération individuelle ou collective de la part de certains des acteurs sociaux. Notre propos consistait à souligner la concomitance dans les pratiques et les discours qui les accompagnent entre des formes de libéralisation souhaitées par les dirigeants politiques et administratifs et des aspirations libératrices émanant de groupes au sein de la société française. Double mouvement, certes contrarié par les grèves de mai-juin 1968 et certains de ses prolongements politiques de moyenne durée mais dont il s'agissait néanmoins de mesurer les traces postérieures et la dynamique sur la plus longue durée. Neuf doctorants ou jeunes docteurs des deux équipes y étaient impliqués. Ces deux ouvrages ont été publiés aux Presses universitaires de Rennes. [Michel Margairaz, Danielle Tartakowsky (dir) : le syndicalisme dans la France occupée, PUR, 2008.
Michel Margairaz, Danielle Tartakowsky (dir) 1968. Entre libération et libéralisation. La grande bifurcation, PUR, 2010]
Certains membres de l'équipe (Catherine Verna, Nicolas Weill-Parot, Maarten Bullynck) se sont regroupés autour de l'histoire des sciences et des techniques en s'interrogeant notamment sur le rôle de l'histoire des savoirs scientifiques et des savoirs techniques dans la genèse de l'Europe moderne. Les théories scientifiques et les pratiques techniques sont envisagées du point de vue de leur transmission, de leur mutation et de leur circulation dans le champ intellectuel et social d'une conscience européenne en formation, au-delà des clivages périodiques et géographiques.
Ces travaux engagés au dernier quadriennal dans le cadre du séminaire d'histoire médiévale et moderne de conserve avec certains membres de l'UMR 8533 « Institutions et dynamiques historiques de l'économie » ont donné lieu à une publication collective [L. Moulinier, L. Sallmann, C. Verna, N. Weill-Parot (dir), La juste mesure. Saint-Denis, PUV, 2005.]. Ils ont fait l'objet de deux colloques :
- le colloque L'acier en Europe avant Bessemer, organisé au CNAM par Catherine Verna (décembre 2005). Ce colloque international a réuni des historiens, archéologues et paléo-métallurgistes de l'Europe entière ayant travaillé sur l'acier des époques antérieures au procédé Bessemer, de l'Antiquité au premier XIXe siècle, dans une perspective résolument comparatiste, à l'échelle européenne. [L'acier en Europe avant Bessemer, Ph. Dillmann, L. Hilaire-Perez, C. Verna éd., Toulouse, 2010.]
- le colloque Autour de Picatrix. Image et Magie coorganisé par Jean-Patrice Boudet, Anna Caiozzo et Nicolas Weill-Parot (mai 2007) en association avec l'EA 4116 de l'EPHE.
Les collègues impliquées dans cet axe développent une approche qui privilégie la construction des concepts et la fabrique de l'histoire par les sujets souvent distincts des acteurs de l'histoire ; ce qui lui permet d'accéder aux enjeux fondamentaux à travers les traces contradictoires laissées par les contemporains. L'axe d'histoire intellectuelle place au coeur de son enquête la question de l'historicité. Ce terme n'est pas ici entendu comme la simple inscription d'un fait dans un contexte historique supposé l'éclairer, ni comme ce que F. Hartog a désigné par l'expression « régimes d'historicité », qui décrit les rapports de l'historien aux temps, mais comme la construction du sens dans le mouvement même de l'histoire. L'objectif est de redécouvrir, en quelque sorte en amont d'un moment étudié, les discontinuités synchroniques, les impensés, les conflits et donc les enjeux de sens, qui ont été ensuite recouverts et oubliés par la mise en forme du récit historique linéaire. Le terme « discontinuité », on le voit, désigne non pas la rupture chronologique, mais ce qui introduit une faille, un décalage, un décrochement dans l'aperception des faits par les contemporains, ou plutôt par ceux qui, en raison de leur place dans la société, cherchent à donner un sens à ce qui advient. La recherche consiste à dénouer en quelque sorte le discours de légitimation pour comprendre comment et contre quoi il s'est constitué, en fonction de quels effets de sens, de quels enjeux de pouvoir.
Les composantes de l'axe histoire intellectuelle se sont engagées dans une réflexion transpériodique sur le concept de République. À distance de l'histoire des idées, au-delà de l'histoire politique, les enseignants-chercheurs de l'équipe ont voulu mettre à l'épreuve des différentes temporalités, l'idée républicaine et ses pratiques ; ils ont interrogé aussi bien la production du concept que sa mise en oeuvre. La préparation d'un ouvrage collectif sur le concept de République, de l'Antiquité à nos jours (République romaine, République moderne, République contemporaine, du XIXe au XXe siècle), leur a permis de collaborer étroitement avec des collègues européens, Emanuele Conte (Italie), Igor Mineo (Université de Palerme), Thomas Maissen (Université de Heildeberg). Six journées d'études ont été organisées ; ont participé, outre Michèle Riot-Sarcey et ses collègues sur la République de 1848, Claudia Moatti sur la République Romaine, Emmanuel Conte sur les sociétés communales des XIe-XIIIe siècles en Italie, Thomas Maissen sur la République des Provinces-Unies, Jean-Louis Fournel (Université Paris 8) et Igor Mineo sur les Républiques Italiennes, Pierre Serna (Université de Paris I) sur la Première République.
Depuis 2007, d'importants travaux en cours sur l'histoire du Genre ont amené M. Riot-Sarcey à s'associer aux travaux de l'UMR 7183 « Genre, travail et mobilité ». M. Riot-Sarcey dirige dans ce cadre une fédération de recherche sur le Genre. Elle a publié en 2010 un ouvrage collectif intitulé La différence des sexes. Le genre en histoire.
Un premier ensemble de travaux, menés autour de Anne-Marie Helvétius, s'est attaché à la question primordiale de la naissance de l'Europe. Cet axe a donné lieu à une journée d'études sur La transformation du monde romain. Bilan et perspectives. Cette journée s'est attachée à dresser le bilan, du point de vue français, des retombées scientifiques du programme de recherche financé de 1993-1999 par la Fondation européenne de la Science (ESF) sur The Transformation of the Roman World, auquel A.-M. Helvétius a participé. Ce programme avait pour but de croiser les regards d'historiens, d'historiens de l'art, d'archéologues et de philologues représentant les traditions historiographiques des différents pays européens, sur le processus complexe et multiforme de la transformation du monde romain en Occident, du IVe au IXe siècle. À l'heure de la construction européenne, cette période de l'histoire ancienne et médiévale constitue en effet l'un des aspects centraux du développement de l'Europe et du Proche-Orient. Le bilan critique organisé Anne-Marie Helvétius et Giusto Traina a réuni les trois organisateurs du programme (Javier Arce, Evangelos Chrysos et Ian Wood) et trois chercheurs confirmés qui ont joué le rôle d'observateurs extérieurs (Jean-Michel Carrié, Cécile Morrisson et Giusto Traina). Des conférences sur le thème « Romains ou barbares ? » sont depuis lors présentées par A.-M. Helvétius dans le cadre de la manifestation Savante Banlieue organisée par Plaine Commune.
Cette réflexion sur la frontière comme construction et sur l'Europe dans la relation qu'elle entretient avec ses confins septentrionaux et méridionaux constitue également la substance des travaux, séminaires et directions de recherche de Benjamin Lellouch et de Jean-Pierre Duteil, qui sont respectivement spécialistes de la Turquie à l'époque moderne et des Jésuites en Chine. L'arrivée de Julia Bray et de Didier Gazagnadou dans l'équipe permettent de l'engager plus avant.
Le colloque de Daniel Lefeuvre sur « L'Europe face à son passé colonial » s'est prolongé par l'organisation de deux journées d'études, sous la responsabilité d'Olivier Dard et de Daniel Lefeuvre, qui se sont tenues à l'Université Paris 8 en 2007-2008, sur le thème : « La France est-elle une société post-coloniale ? ». Pour répondre à cette question et tester la valeur heuristique de la post-colonialité, les journées se sont attachées à mesurer le poids du passé colonial et de ses éventuels prolongements contemporains dans des domaines aussi variés que : la politique de la ville, le maintien de l'ordre, la justice, l'enseignement, les positionnements politiques, l'administration de l'islam, les fondements historiques du racisme et des discriminations, etc.
Plusieurs éléments incitent à renforcer la dynamique mise en place autour de ces collègues et de leurs doctorants :
le recoupement entre ces recherches et celles des collègues civilisationnistes de Paris 8 travaillant en particulier sur les migrations (ainsi, Isabelle Santi), mais aussi des collègues de littérature (autour de la notion de francophonie) et au-delà. Cette convergence se manifeste, du reste, par la participation au séminaire de Master d'assez nombreux étudiants venant des départements de langues.
l'intérêt du dialogue avec des collègues anglophones pour rendre plus accessibles les échanges entre spécialistes qui existent déjà et pour contribuer au débat sur l'histoire des colonisations et des migrations.
Cet axe, qui intègre les travaux de Claudia Moatti sur la mobilité et les échanges dans le monde romain, s'inscrit dans le cadre plus général du « Pôle Méditerranée » coordonné par Claudia Moatti pour toute l'Université Paris 8 et dont on trouvera la présentation générale sur le site HYPERLINK "http://www.univ-paris8.fr/pole-mediterranee" http://www.univ-paris8.fr/pole-mediterranee. Plusieurs autres membres de l'équipe sont associés à ces travaux (notamment B. Le Guen, C. Saliou, C. Verna, B. Lellouch).
Inspiré du titre de l'ouvrage collectif co-dirigé par D. Tartakowsky et publié en 2006, l'intitulé de ce nouvel axe se décline en trois volets transpériodiques.
À la suite de contacts sollicités aux Archives Nationales par Denise Ogilvie et Christian Oppetit, il est apparu opportun d'envisager un programme de recherche commun entre les Archives Nationales et notre équipe de recherche sur ce thème. Ce programme s'inscrit dans le cadre plus général d'un partenariat envisagé entre l'Université Paris 8 et les Archives Nationales, dont le site de Pierrefitte, en cours de construction, est voisin de notre université. Plusieurs membres de notre équipe sont d'ailleurs associés au projet Pierrefitte en tant que membres du Conseil scientifique du projet (D. Tartakowsky, D. Lefeuvre, A.-M. Helvétius). Ce programme de recherches porte sur l'histoire en longue durée de la construction par des pouvoirs à des échelles multiples et à des périodes différentes (depuis les archives de Rome, les archives médiévales et d'Ancien Régime des pouvoirs religieux, civils ou militaires, jusqu'aux archives des ministères de la France contemporaine) de véritables corpus de savoirs administratifs à des fins de légitimation de pouvoirs.
Sur la suggestion des conservateurs cités, ce programme pourrait en particulier s'appuyer sur les volumes de la bibliothèque administrative des Archives Nationales, dont la localisation n'est pas prévue sur le site de Pierrefitte. Il associera des chercheurs d'autres équipes de Paris 8 (en particulier des juristes, des politistes, des littéraires...).
L'importance accordée à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine dans les politiques publiques varie au cours des temps selon un certain nombre de paramètres qu'il convient d'analyser. Par « patrimoine », on entend ici aussi bien le patrimoine monumental traditionnel - du théâtre antique au château de Versailles en passant par la basilique de Saint-Denis - que le patrimoine industriel, en intégrant également les collections d'objets (realia).
De nos jours, l'argument majeur invoqué pour justifier la préservation du patrimoine est le plus souvent d'ordre pragmatique : l'exploitation touristique de ce patrimoine est source de revenus. On néglige ainsi les motivations politiques qui, de tout temps, ont été au coeur de la mise en valeur du patrimoine. Si Charlemagne fit venir de Rome, à grands frais, des colonnes antiques pour orner son palais d'Aix, c'est évidemment pour des raisons politiques. De nos jours, à l'heure où la notion d'identité nationale est en débat en France, les collectivités territoriales de Grande-Bretagne n'hésitent pas à affirmer que leur patrimoine contribue à forger l'identité nationale de leurs habitants.
Une réflexion sur les aspects théoriques et pratiques de cette question est menée au sein de l'équipe, spécialement par les membres impliqués dans l'histoire des techniques et dans l'archéologie, en associant des chercheurs du CNAM mais aussi ceux de l'Unité d'archéologie de la ville de Saint-Denis et des conservateurs de musées. Les liens qui se sont créés dans ce cadre ont permis à certains collègues de s'impliquer dans deux expositions visant à la mise en valeur du patrimoine : d'une part, l'exposition « Henri IV à Saint-Denis » actuellement visible à la basilique de Saint-Denis (J. Cornette) et d'autre part l'exposition « Paris manifs », organisée par le comité d'Histoire de la Ville de Paris au couvent des Cordeliers (D. Tartakowsky).
Comme l'a illustré la dernière campagne présidentielle française, les hommes et les femmes politiques de tous bords ont aujourd'hui tendance à orner leurs discours de références historiques de tout genre, à bon ou à mauvais escient. Certains membres de notre équipe ont été amenés à décrypter ces références, dans le cadre de conférences ou de publications de vulgarisation. En outre, au-delà de l'actualité immédiate, ce processus d'utilisation du passé à des fins politiques depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours est au coeur des recherches de plusieurs d'entre nous : il est aujourd'hui approfondi dans le cadre d'une réflexion collective.
Cette thématique rencontre d'ailleurs un succès croissant en France et à l'étranger, comme en témoignent l'intitulé de colloques récents tels que « L'autorité du passé », « Idéologies et pratiques du remploi », « Politiques du passé », et les nombreux travaux sur les réécritures (des Vies de saints, des légendes de fondation...), l'adaptation des mythes antiques ou la construction de nouveaux mythes, etc. Les programmes de recherche historique promus par les instances européennes dans le but affirmé de contribuer à « construire une histoire commune de l'Europe » en offrent également une éloquente illustration.
À partir des études de cas déjà publiées par les uns et les autres, l'équipe souhaite analyser plus finement la portée véritable de ces récupérations du passé, leurs modalités de mise en oeuvre, le rôle que joue la référence historique dans la construction ou le renforcement du pouvoir politique, les raisons du succès ou de l'échec de cette stratégie. Outre son intérêt scientifique, ce programme contribue aussi à la formation des étudiants de master et doctorat au métier d'historien, puisqu'il leur permet de réfléchir, dans le cadre de séminaires, au rôle de l'historien dans la cité aujourd'hui, qui a le choix entre aider les acteurs de la politique à mettre en oeuvre cette récupération du passé, adopter une position critique, ou refuser de prendre part au débat.
Cette thématique a donné lieu à une journée d'études de l'EA organisée en 2007 sur le thème « L'actualité de l'histoire ». Elle fera l'objet en février 2011 d'une Journée des doctorants de l'équipe intitulée : « Mémoires en conflit : critiques du passé, actions collectives et redéfinition des groupes ». L'approche proposée dans le cadre de cette journée envisage le passé dans sa dimension conflictuelle. Il ne s'agira pas ici d'étudier les usages du passé visant à créer du consensus politique et / ou identitaire ni de l'unité, mais des appropriations critiques visant à restituer les clivages et la multiplicité des sens. Par exemple, la référence aux souveraines de l'Ancien régime est utilisée par des militantes de la Révolution française pour critiquer l'exclusion des femmes des affaires politiques par le décret Amar (octobre 1793). Des « séditieux » dans les sociétés antiques aux punks anarchistes des années 1980, les acteurs étudiés pourront être issus de collectifs divers, s'inscrivant dans des cadres institutionnels ou non. Dans cette perspective, les interventions pourront se consacrer aux différents niveaux d'appréhension du passé collectif selon qu'il s'agisse d'un passé proche - vécu par les acteurs - ou d'un passé éloigné. Seront pris en compte aussi bien les discours que les pratiques concrètes mis en oeuvre dans ce processus.
Une attention particulière pourrait être portée aux inscriptions matérielles du conflit dans l'espace urbain. On pense par exemple à la sentence que les partisans des Gracques inscrivirent sous la dédicace du temple de la Concorde, lorsque celui-ci fut restauré en 121 av. J.-C. par les assassins de Caius Gracchus, pour symboliser la réconciliation entre les membres de la Cité : « La Discorde bâtit ce temple à la Concorde » (Plutarque, Caius Gracchus, 17, 8-9). L'objet de cette journée sera donc de comprendre selon quelles logiques, quels enjeux, des acteurs sociaux remettent en cause - volontairement ou non - des identités collectives en opérant un retour critique sur le passé commun.
Dans quelle mesure la volonté de faire éclater le discours unifiant de la mémoire et de l'histoire officielle permet-elle de transformer l'action collective ? Comment se définissent les mémoires en rivalité dans un contexte subversif ? Enfin, quelles sont les implications concrètes de ces retournements mémoriels au sein du groupe? Au prisme de ces divers questionnements, le dialogue entre les périodes permettra de confronter les outils épistémologiques, de considérer les temporalités propres à ces usages du passé, et de saisir les possibles effets de résonances.