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16- 28/04/81- 2

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Gilles Deleuze - La peinture et la question des concepts ; cours 16 du 28/04/81 - 2 transcription : Ali Ibrahim

Ça ne change rien, si on invoque une géométrie non euclidienne et la possibilité de faire des peintures à partir de codes non euclidiens, ça ne change rien quand à ce problème. Bon, c’est évident que lorsque un grand abstrait, lorsque je dis d’un grand abstrait finalement il tend à remplacer le diagramme par un code, il ne s’agit pas de ça, parce qu’à ce moment là, la peinture abstraite serait purement à son tour et à sa manière une nouvelle catastrophe pour la peinture. Si les abstraits sont des grands peintres, c’est en quoi ? Si les abstraits sont des grands peintres c’est parce qu’ils ont finalement une idée, ce sont des ascètes, c’est des spiritualistes - il n’y a pas de mal à ça - La vie spirituelle ! Bon, Leur âme est fondamentalement religieuse, bien ! Qu’est ce qu’ils font ? Seulement le code qu’ils ont dans l’esprit d’instaurer - ou dont ils pensent qu’il est possible pour l’avenir - si vous prenez toutes les grandes déclarations des abstraits, c’est toujours tendu vers un monde de l’avenir, ce qu’ils font, mais un monde de l’avenir dont ils annoncent les nouveaux codes - il va de soi, que c’est un code proprement pictural - mais c’est quand même un drôle de truc - alors là, le projet abstrait me paraît - si on le définit comme ceci - il surgit avec tout ce qu’il y a de paradoxal là dedans : Instaurer un code pictural ! c’est-à-dire un code qui soit propre à la peinture, Un code qui soit propre à la peinture c’est-à-dire trouver des éléments codifiables, des éléments de codification qui soient en même temps complètement picturaux. Encore une fois, la frontière est très mince - tout comme je le disais tout à l’heure. C’est vrai, Pollock, il frôle une espèce de peinture gachis où le chaos prendrait tout, mais voilà il s’en sort. Les abstraits frôlent une espèce de peinture-code où la peinture s’anéantirait également, seulement voilà, les grands abstraits savent faire et inventer déjà les éléments d’un code, qui est uniquement un code pictural, ils font du code une réalité picturale au lieu d’appliquer un code à la peinture, c’est des kantiens. Pour Kandinsky c’est évident que c’est un disciple de Kant à certain égard, ils font une analytique des éléments pour ceux qui ont lu un peu de Kant déjà, ils font une analytique des éléments. Kandinsky c’est une prodigieuse analytique des éléments. Alors, bon, il s’en faudrait de rien que, là aussi, ça rate. Bien je dirais donc, j’essaierais du moins de définir la peinture abstraite, en disant, vous voyez c’est l’autre pôle du diagramme, ils réduisent le diagramme au minimum, ils remplacent à la limite, le diagramme par un code, seulement attention, c’est un code proprement pictural, interne à la peinture. Un de ceux qui me donnerait à cet égard le plus raison, c’est ni Kandinsky, ni même Mondrian, quoique tous finalement ont bien l’idée fondamentale du code, à savoir Kandisky comme Mondrian se retrouvent sur un point, qui m’apparait très fascinant, à savoir que l’idéal du vrai code est binaire.

Simplement, qu’est-ce-que c’est la binarité ? La binarité qui est propre à la peinture, il ne s’agit pas d’un calcul binaire qui produirait des tableaux, ça peut toujours se faire à l’ordinateur, il y a des tableaux produits, un ordinateur peut-être programmé pour faire un tableau. Vous comprenez ce que je veux dire, à ce moment là, le code est extérieur à la peinture, simplement vous avez codé les données, de telle manière que l’ordinateur vous produit un portrait. Il y a un célèbre dessin, un portrait d’Einstein fait à l’ordinateur, uniquement avec les signes binaires zéro plus, ce n’est pas difficile de programmer un ordinateur en ce sens. Bon c’est évidemment pas ça que fait Kandinsky ou Mondrian. Qu’est-ce-que cette binarité ? Qu’est ce que c’est la binarité des abstraits ?
-  Le grand rapport binaire, c’est, tout le mode le sait, horizontal-vertical. La fameuse formule de Mondrian, l’horizontal et le vertical, c’est les deux éléments, c’est ça l’analytique des éléments, arriver à l’horizontal et vertical et c’est tout. Parce que avec ce code binaire vous ferez tout. Vous ferez tout, pas au sens où vous appliquez un code extérieur. Vous pourrez développer dans tous les sens le code intérieur de la peinture. Bon, alors ce serait ça, le second chemin de la peinture, vous voyez qui frôle également un danger.

Or, l’abstrait à mon avis, parmi les grands abstraits, l’abstrait qui est allé sans doute le plus loin dans le sens de l’invention d’un code pictural c’est un - j’y pense, parce qu’il a eu une exposition, une petite exposition il n’y a pas longtemps, de lui à Paris - c’est Herbin, pour ceux qui connaissent ce peintre abstrait, je crois que c’est un des seuls abstraits qui soit vraiment dans son essence, qui soit vraiment un coloriste. C’est surement, il me semble, le plus grand coloriste ou un des plus grands (il épelle : H.e.r.b.i.n), je vous en montre un, pour juste réjouir votre œil, c’est facile à voir de loin. Herbin, il exposait dans une petite galerie, dans une petite galerie mais c’est fini,.. bah oui je cherche. Une petite galerie de rive gauche je vois la rue, mais je ne vois plus le nom. Non Mais je vous promets comme j’ai le catalogue, ce catalogue c’est un autre, plus ancien, et à Paris dans les musées, il y en a des Herbin, mais à mon avis.. il n’y en a pas de très bons, ça a du être racheté. Peut être, peut être à Beaubourg, il y a des Herbin, quoi ? Si, si rue de Seine, c’était rue de Seine, je vous le dirais la prochaine fois, parce que je regarderai sur le catalogue.

Bien. Et puis le troisième chemin. Là j’ai, comme vaguement, deux catégories actuelles. Et ces deux catégories de peinture abstraite, expressionnisme, elles me viennent, elles viennent d’où, pourquoi ? tout ça.. Pourquoi elles sont modernes ? Je crois que ça répond, à un problème en effet très moderne, qui travaille beaucoup les peintres. Mais moins ils y pensent, mieux c’est. C’est pourquoi de la peinture aujourd’hui ? Pourquoi de la peinture aujourd’hui. Notamment dans la peinture.. en effet, que les gens meurent mais au fond. Il y a beaucoup de gens qui se disent « oh bien oui, vous savez les thèmes, l’écriture est dépassée, la peinture est peut être dépassée » tout ça. Il y a des peintres qui vivent très très fort ces choses là. Or ceux dont je parle, qui sont vraiment des peintres modernes, je crois, ont vécu - c’est évident pour les abstraits. Ils prétendaient apporter à l’intérieur de la peinture, parce que, pourquoi la peinture aujourd’hui, ça peut entraîner, à ce moment là on en parle plus, un renoncement à la peinture. Un renoncement à la peinture, au profit de nouvelles formes d’art ou de pseudo nouvelles formes d’art. Bien, mais sinon, dans les réponses importantes qui nous sont venues aujourd’hui, des grands peintres actuels, sur "pourquoi la peinture ? pourquoi la peinture aujourd’hui ?" comprenez à quel point les réponses là deviennent très concrètes, par exemple quand c’est une réponse du type Mondrian, en effet, la peinture murale, qui rompt avec la peinture de chevalet, ça veut dire quelque chose. Ça implique une toute nouvelle - apparemment en tous cas - une toute nouvelle conception du tableau. À savoir, que le tableau cesse, en effet, même d’avoir l’air de représenter quelque chose, pourquoi ? parce que sa tâche est tout à fait autre. La tâche du tableau devient celle-ci : opérer une division de sa propre surface. D’où les carrés, voyez en quoi c’est un code pictural, c’est pas l’application d’un code géométrique. La tache du tableau mural, du tableau qui est tombé du chevalet, qui est sorti du chevalet. Le tableau cesse d’être une fenêtre. Il faut qu’il opère lui même une division de sa propre surface pourquoi ? En rapport, je dirais presque en isomorphisme avec la division architecturale. Avec la division des murs et avec les divisions dans chaque mur, sur chaque mur. À ce moment là, le tableau n’