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La voix de Gilles Deleuze
THEMES COURS
 ANTI-OEDIPE ET AUTRES RÉFLEXIONS - MAI/JUIN 1980 - DERNIERS COURS À VINCENNES (4 HEURES)
 SPINOZA - DÉC.1980/MARS.1981 - COURS 1 À 13 - (30 HEURES)
 LA PEINTURE ET LA QUESTION DES CONCEPTS - MARS À JUIN 1981 - COURS 14 À 21 - (18 HEURES)
 CINEMA / IMAGE-MOUVEMENT - NOV.1981/JUIN 1982 - COURS 1 À 21 - (41 HEURES)
 CINEMA : UNE CLASSIFICATION DES SIGNES ET DU TEMPS NOV.1982/JUIN.1983 - COURS 22 À 44 - (56 HEURES)
 CINEMA / VÉRITÉ ET TEMPS - LA PUISSANCE DU FAUX NOV.1983/JUIN.1984 - COURS 45 À 66 - (55 HEURES)
 CINEMA / PENSÉE - OCTOBRE 1984/JUIN 1985 - COURS 67 À 89 (64 HEURES)
 - CINEMA / PENSÉE + COURS 90 À 92
 - FOUCAULT - LES FORMATIONS HISTORIQUES - OCTOBRE 1985 / DÉCEMBRE 1985 COURS 1 À 8
 - FOUCAULT - LE POUVOIR - JANVIER 1986 / JUIN 1986 - COURS 9 À 25

64-29/05/1984 - 1

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Gilles Deleuze - vérité et temps cours 64 du 29/05/1984 - transcription : Guadalupe Deza

« Et je reviens à l’exercice pratique dans lequel nous étions. Exercice pratique, je voudrais même l’étirer, l’allonger. Je veux dire, à propos de ce que nous faisons, ce n’est pas notre thème essentiel, mais nous profitons de ce que nous faisons pour poser une question méthodologique accessoire. Qui concernerait, je voudrais même l’étendre, qui concernerait les rapports possibles - (mais ils sont à construire les rapports, ils ne préexistent pas - les rapports possibles, philosophie, sciences, littérature ou même art.

Si j’essaye de définir le plus vaguement, c’est-à-dire, au niveau de définitions vraiment nominales l’art, la philosophie et la science - je dis : la science c’est un système d’opérateurs (à charge pour moi -si c’était notre sujet- de définir les opérateurs). Je dis juste "des opérateurs", même si on ne sait pas bien ce que c’est. Des opérateurs, vous comprenez, ça a une extension beaucoup plus grande que par exemple, les cinq opérateurs mathématiques. En mathématiques, n’importe qui peut mettre un contenu sous le sens ; dans les mathématiques les plus élémentaires on met un contenu sous le sens de la notion d’opérateur. Ça ne peut devenir une définition, une détermination adéquate de la science, que si l’on est capable d’expliquer : en quoi il y a des opérateurs physiques et des opérateurs chimiques ? quelles sont les différences entre des opérateurs mathématiques, des opérateurs physiques et des opérateurs chimiques ?

Mais au point où nous en sommes, puisque ce qui nous intéressait c’était le cristal, la manière dont la cristallographie nous parle du cristal, et en fait, une notion scientifique c’est à partir d’opérateurs physico-chimiques. Je dis la philosophie - son problème, ce n’est pas réfléchir sur la science, ni faire l’histoire des sciences. Si c’est ça c’est la catastrophe... (Encore une fois les savants suffiraient très bien, ils réfléchissent très bien sur la science...)

La philosophie ne s’occupe pas de ça. La philosophie, elle, son domaine, c’est d’être une systématique des concepts. Et par systématique, ça veut dire, un art d’inventer, de découvrir, de créer des concepts. À charge pour moi alors, si c’était mon sujet, de montrer qu’un concept philosophique, en tant que figure philosophique, est quelque chose de très différent de l’opérateur en tant que figure scientifique.

La science est dénuée de tout concept, ce n’est pas son affaire. Alors, ce que j’aurais envie de dire si j’avais à parler des rapports philosophie-science : il faudrait le développer. Si j’essaie - dans les mêmes conditions extrêmement rudimentaires - de dire : qu’est-ce que l’art ? - mais pas seulement : qu’est-ce que la littérature ? - je partirais d’une définition aussi plate. Et je dirais -malgré les objections qui nous viennent immédiatement :
-  l’art c’est l’activité qui consiste à découvrir, créer, inventer des personnages. Et ce serait la notion de personnage qui me paraîtrait fondamentale. Alors, immédiatement on se dit : « oui, mais quand même, il ne faut pas exagérer... » La notion de personnage, à la rigueur, ça marche pour le plus superficiel du roman, ça marche pour le plus superficiel du théâtre. Mais enfin, on ne peut pas définir même la littérature, à plus forte raison l’art, par cette notion de personnage. Faut voir. Il faudrait vraiment faire une analyse de cette troisième figure : « le personnage ».

Je suppose qu’on fasse une objection : vous voulez définir l’art par la figure du personnage, mais enfin, ce n’est pas évident pour la musique. On dirait : « oui, ce n’est pas évident pour la musique... » Mais il faut voir de plus près : Il va de soi que dans l’opéra il y a des personnages. Bon l’opéra..., ce n’est pas la musique. Ce n’est pas tout de la musique. Mais je pense, par exemple, à un petit texte de Debussy sur Wagner ; c’est un texte intéressant. Il dit : « le leitmotiv, chez Wagner , ça m’embête », dit Debussy en son nom propre. Parce que c’est exactement, musicalement, comme des écriteaux. C’est des écriteaux. C’est comme des panneaux qui marquent l’apparition sur scène d’un personnage : le leitmotiv wagnérien. C’est une manière de dire, ce n’est pas que Debussy avait tort, ça veut dire : il ne veut pas employer les procédés de Wagner. Mais, n’importe qui aimant Wagner sait bien que le leitmotiv est bien autre chose qu’un écriteau qui marquerait l’apparition et la réapparition du même personnage.

Qu’est-ce que c’est le leitmotiv ? On dirait par exemple, que c’est un thème rythmique devenu lui-même personnage. Messian, essayant définir quelque chose d’essentiel dans la musique selon lui, au niveau des valeurs rythmiques nous dit : « l’acte musical consiste en ceci (ou c’est un des aspects de l’acte musical), que les rythmes ne sont plus attachés à des personnages, c’est eux qui forment des personnages et ils constituent une figure musicale très importante, qu’il commente lui-même sous le nom de « personnages rythmiques ». C’est en ce sens qu’on pourrait être emmené à développer la figure du personnage de telle manière qu’elle ne soit plus attachée, simplement au sens ordinaire des personnages - on garde aussi ce sens ordinaire - mais qu’on puisse lui donner une extension qui conviendrait peut-être à la peinture, indépendamment de la question de savoir si elle est figurative ou pas, en peinture il faudrait parler de couleurs devenant personnages, Il y a des valeurs rythmiques de la peinture où les rythmes fonctionnent comme, eux-mêmes, des personnages. Alors, supposons que ça soit juste.

Je me trouve devant des opérateurs scientifiques - dans la culture, dans l’ensemble de la culture-, devant des opérateurs scientifiques, devant des personnages artistiques, devant des concepts philosophiques. Je dis, il n’y a pas de raison pour qu’il n’y ait pas un riche courant d’échanges, à condition de jamais le concevoir comme « applicatoire ». Il ne s’agit pas d’appliquer quelque chose d’un domaine à l’autre. Chacun sait que si l’on s’empare d’un opérateur scientifique, et qu’on l’applique à la philosophie, ça ne donne que des catastrophes. Mais c’est ainsi aussi qu’il y a des.. - comment dirait-on ? - des traductions, ou des transductions, qui peuvent aller d’un opérateur scientifique à un concept philosophique, et inversement... et inversement. Je dirais, par exemple, que le concept bergsonien de Temps ou de Durée, n’a aucune raison d’être appliqué en sciences - opération qui n’aurait aucun sens, mais peut inspirer de nouveaux opérateurs de type scientifique. Je dirais même, que des concepts philosophiques peuvent inspirer des personnages littéraires ou artistiques. Inversement, les rapports littérature-philosophie seraient dans quelles conditions ?peut-on extraire d’un personnage, ou d’un type de personnage - par exemple romanesque- un concept philosophique ? Ce serait comme ça qu’on pourrait établir alors, des espèces de rapports où les disciplines joueraient, chacune spécifiquement, sans que l’une soit une réflexion sur l’autre. Et c’est donc, si j’ajoutais aujourd’hui la littérature, c’est que je voudrais en parler un petit peu au niveau du problème où on en était. Où nous, notre tâche - elle nous n’est pas venu du ciel puisqu’elle poursuit tout ce qu’on a fait précédemment).

On en était au point d’essayer de former un concept philosophique : « image-cristal ». Concept philosophique... bon, là-dessous, s’ajoutent les histoires de cinéma et tout ça...On pensait qu’il y aurait, peut-être, des applications ou de transductions directes avec le cinéma. Mais Il fallait encore former notre concept d’image-cristal. Et là, on avait commencé à convoquer la science en se demandant dans un recherche très libre., et qui peut varier, chacun de nous pourrait avoir ses... faut faire une table du type...- C’est pour ça que je ne vous convie pas à apprendre la science puisque, pour la plupart d’entre nous c’est trop tard. Mais il n’y a pas besoin d’apprendre pour se servir. Il n’y a pas besoin, tout à fait, de comprendre pour se servir. Vous savez, si peu que les uns et les autres d’entre nous sachent de cristallographie. Ma première question c’était : qu’est qu’on va retenir de la cristallographie ? Comme - quel caractère pourrait-on extraire qui convienne avec...-« convenir avec »-, qui convienne avec un concept philosophique éventuel ? On n’en demandait pas plus. Peut-être qu’alors, on peut se retourner en même temps de l’autre coté :
-  qu’est-ce qui, dans la littérature, quel personnage, quel mode de narration, nous permettrait d’extraire, d’enrichir et, qu’est qu’on retiendrait dans la littérature, capable d’alimenter ou de multiplier les caractères de notre concept « image-cristal » ?

Vous voyez ? Si vous comprenez ça je vous... ça peut vous avancer enfin, dans les types de recherches qui sont les vôtres. Et alors, on en était là. Vraiment, c’est comme une espèce de... ce n’est pas un jeu, c’est une recherche..., et toi, toi et toi, qu’est que tu retiens de la cristallographie ?

Alors Jouanni [le prénom de l’étudiant], la dernière fois avait commencé une intervention qui était très bonne, et là... je crois que s’il voulait bien terminer, je reprends la question donc, compte tenu de tout ce que tu as dit la dernière fois :
-  s’il s’agissait de tirer ou d’essayer de former un concept « image-cristal » - un concept philosophique-, qu’est-ce que tu retiens de la cristallographie ? (Même comme trés séparé.) Alors, on a des opérateurs en cristallographie : lesquels on va retenir pour en extraire un caractère conceptualisable ? De telle manière que, au besoin, une société de cristallographes se marre [rires] (ça ne fait rien... aucune importance...) Quand la science rie, la philosophie prend son sérieux, et inversement, à charge de revanche . Alors... »

Intervention d’un étudiant : « pour reprendre dans l’ordre des différents opérateurs qu’on pourrait utiliser, le [inaudible] par exemple, dont on parlait la dernière fois... »

Deleuze : Moi je préférerais les tiens...

Étudiant : « Ah ! les miens ? Mais bon, justement, que reprends celui-là en particulier parce que [inaudible] qu’il est plus riche [inaudible] on parlait du cinéma puisque [inaudible]le limpide et l’opaque, et la pierre, le quartz ou un cristal ainsi [inaudible] en tout cas [inaudible] qu’on avait beaucoup parlé la dernière fois..., et je crois qu’il y a de choses très intéressantes dans le mécanisme du limpide et de l’opaque. Parce qu’il joue énormément sur une certaine construction de ça, c’est-à-dire de la particularité physique, que j’avais beaucoup entendu parler la dernière fois [inaudible] Et c’est très intéressant de voir comme les diamantaires parlent, ou même les individus -pour parler des pierres- [inaudible] de leurs caractères : la clarté, leur... sa façon d’être vivant. »

Deleuze : « Non, individu est meilleur, ce sont des individus... »

Étudiant : « Ce sont tous différents les uns des autres, ils ont tous une riche particularité, ils ont tous par fois des défauts que leur donnent une très bonne qualité de [inaudible] moins commercial donc ce statut [inaudible] »

Deleuze : « L’aspect individuation c’est bien..., alors que moi..., je la laisse tomber, tu vois ? Alors, c’est très bon..., oui c’est très bon... Toi, tu retiendrais l’aspect individuation ». »

Étudiant : « C’est très intéressant parce que quand on parle avec quelqu’un [inaudible] En tout cas pour eux, ils ont vraiment l’impression d’avoir rencontré des riches individus à l’intérieur [inaudible] Même pour l’extérieur c’est un peu pareil. On est capable de quelque chose, ils sont très fières aussi [inaudible] et très contents, ils n’arrêtent pas de parler du reflet de tel pierre, qu’ils ont réussi a trouver comment [inaudible] la perception, comme ils vont réussir à l’utiliser, par quelle astuce, quel effet miroir quel effet de facette, ils vont réussir à magnifier ou augmenter le [inaudible] des pierres. [inaudible] En particulier quand on a commencé a parler de le couleur de la pierre. Parce que au début, je pensais que la couleur de la pierre était relativement définie, qu’évidemment le diamant [inaudible] des minéraux bleus, que le rubis avait des minéraux rouges, que l’émeraude avait des minéraux verts, et on a vu tout à fait au contraire, que les diamants sont les plus intéressants justement [inaudible] couleur bleu, [inaudible] couleur rouge, [inaudible] couleur jaune, parce qu’on peut en tirer des reflets miroirs beaucoup plus intéressants, diffracter la lumière d’une couleur c’est plus intéressant parce que si la lumière était blanche on pouvait faire traverser le [inaudible] qui était rouge ou jaune, on pouvait souvent tirer des reflets très intéressants. Et surtout pour le diamant [inaudible] pour l’opaque. Mais pour les rubis et pour les émeraudes, il y a des rubis et des émeraudes qui ont la chance d’être cristallisés à partir de deux couleurs différents. C’est-à-dire qu’un rubis peut-être à la fois rouge et, à la fois rouge-orangé, c’est ça que leur donne un pouvoir d’éclat plus particulier ; il va changer de couleur pour la lumière qu’il reflète. [inaudible] Et pour certaines qualités d’émeraudes, on arrive à avoir des émeraudes qui peuvent, carrément, de deux qualités différentes à la fois vert et bleu.on peut avoir un échantillonnage des couleurs qui est très intéressant parce qu’en taillant la pierre en (comment dire ?), en « cristallin » on arrive a obtenir des changements de ton carrément vert clair et bleu trés foncé. Alors, ils ont une pierre qui chez eux les intéresse particulièrement, c’est l’alexandrine qui est une sorte d’émeraude et qui a une particularité [inaudible] de trois couleurs, et qui peut passer, au soleil, d’une couleur vert et brune à, dans une lumière artificielle, un couleur rouge rubis. Et là, on a vraiment quelque chose de très rare, de très difficile à trouver, et quelque chose d’exceptionnelle. Donc, ce qui les intéressent, en particulier, ce sont les effets de lumière qu’on peut obtenir à partir des différents pierres, dans les changements de couleurs (en tout cas pour le rubis et aussi pour les émeraudes), c’est cette capacité d’utiliser d’abord cette double constitution, triple constitution du cristal qui lui donne, quand on le regarde, des différents couleurs [inaudible] quand la lumière arrive [inaudible] on peut avoir un mélange d’un blanc avec un peu de jaune, avec un blanc et vert, [inaudible] donc on arrive à un mélange des couleurs qui est très intéressant parce que l’individu a deux yeux, donc il ne voit jamais la pierre d’un seul angle, donc se multiplient [inaudible] les effets qu’on peut obtenir de la pierre. [inaudible] Mais lui, il s’intéresse essentiellement à [inaudible] de la pierre, absolument aucune imperfection de la pierre qui pourrait la rendre légèrement [inaudible] Mais par contre, le deuxième qualité [inaudible] de saphir également, dont il concerne des pierres, s’il possède quelque type d’imperfection c’est-à-dire que à l’intérieur de sa structure [inaudible] c’est métallique. [inaudible] Parce que grâce à cette petite particularité de la pierre on arrive à [inaudible] déplacer sur le plan. Chacun des plans différents de structuration qu’on peut avoir à l’oeil nu se décolle et se déplace par le surface de la pierre, elle passe de plan en plan, elle provoque l’effet [étoile filante Il y a deux effets, [inaudible] ce que j’appelle le « polychronisme » (c’est-à-dire que la pierre essaye de plusieurs [inaudible] des couleurs différents) et parfois [inaudible] ou alors, de légère altérations métalliques ils donnent l’impression quand on la regarde différemment, [inaudible] comme l’oeil du chat. [inaudible] C’est là dedans qu’on reconnait cette [inaudible], qu’on reconnait l’induvidu, parce que à chaque fois au nom des accidents de cristallisation [inaudible] tout à fait original. Alors pour le diamant, je veux revenir sur le problème de l’opaque, parce que justement dans les pierres qui sont très peu limpides ou très épaisses, où la matière [inaudible] est peu translucide et transparent, cette pierre [inaudible] très fine, [inaudible] tout le même essayer d’obtenir légèreté et transparence à partir d’elle. [inaudible] aussi peu l’impréssion de que la lumière peut la traverser. [inaudible] des pierres qui sont effectivement translucides comme le diamant, on essaye a tout prix de le tailler de façon que [inaudible] profonde, de manière à obtenir un noir, en tout cas, une épaisseur qui puisse devenir opaque. Alors on arrive à [inaudible] des pierres très opaques à les tailler en creux[inaudible] sur le côté elle est plus épaisse, donc on obtient un effet assez intéressant pour la lumière, [inaudible] légèrement translucide au milieu alors qu’elle est totalement opaque sur l’autre côté, et pour le diamant c’est tellement l’inverse, c’est-à-dire qu’on le taille généralement en forme de [inaudible] c’est-à-dire, comme une flèche, donc on regarderait la pointe de la flèche pour sa base maximum de profondeuron obtient un légère effet opaque, qui est multiplié par le fait que [inaudible] côtés de la flèche, or l’effet miroir renvoie toute la lumière vers [inaudible] »

Deleuze : « C’est intéressant, ça vaut la définition possible d’un espace « cristallin ». »

Etudiant : « [inaudible] si vous voulez, on regarde la partie extérieure et on voit la pointe, [inaudible] opacité dans le centre, et des effets miroir dans les côtés. [inaudible] très important [inaudible] la taille de la pièce, [inaudible] une surface légèrement, une toute petite partie qu’on peut [inaudible] par un carré, [inaudible] on retaille très légèrement évidemment, un coin, un tout petit cône, minuscule, qu’on voit quand même à l’oeil de façon à reconcentrer [inaudible] C’est intéressant de voir cet enjeu entre l’opaque et puis le limpide, où la pierre qui est la plus limpide et la plus transparente peut être travaillée dans un espèce d’opacité, [inaudible] essayer de le rendre plus profond, [inaudible] »

Deleuze : « Oui, c’est très clair. »

Etudiant : « [inaudible] l’élémentaire, parce que en tout cas par fois ils ont des diamants de mauvaise qualité, ils ont des rubis [inaudible], plusieurs diamants de qualité différentes] Alors ce que je ne savait pas c’est que [inaudible] on peut mettre [inaudible] des cristaux les uns dedans les autres. c’est-à dire qu’on peut avoir un diamant qui a une partie [inaudible] Alors, en ce cas là on couperait le diamant à une certaine hauteur et on placerait entre les deux endroits [inaudible] un autre diamant qui serait scellé dans l’attache métallique mais qui se scellerait pas par la garniture de la pierre et qui permettrait comme ça donc, avec deux diamants, d’en faire qu’un seul. [inaudible] Ou même on peut mélanger, en ce cas là, des émeraudes avec des diamants, [inaudible] est remplacé par une pierre de couleur ou un diamant de mauvaise qualité alors que celui-ci n’avait pas tellement de [inaudible] »

Deleuze : « ça m’intéresse beaucoup, c’est parfait.. Si je retiens l’essentiel de ce que tu viens de dire : toi, tu retiendrais deux axes : tu retiendrais un axe « lumière/couleur », et tu retiendrais un axe « espace ». C’est bien parce que moi, je ne les retiens pas ceux-là, parce que j’y pensais pas... alors ça pourrait s’ajouter à... et quand tu définissais l’espace particulier, quand on l’a appelé « espace cristallin », et je me disais quant à notre souci accidentel concernant le cinéma - ça me paraissait la description exacte - je ne dis pas de n’importe quel espace, mais de certains espaces d’Orson Welles. Où il y a opacité central et dans le fond. De même, pour ceux qui ont vu un film de Orson Welles où il joue beaucoup de couleur cristalline, c’est « Une histoire immortelle ». Je veux dire, il ne s’agit pas d’appliquer, vous comprenez ? mais bien d’extraire deux caractères... bon, voilà.

Alors moi, je voudrais enchaîner avec lui [en référence à l’étudiant qui vient de faire une contribution], je ne sais pas si, bien sûr..., lui il retient deux axes, il vient de dégager deux axes. Moi..., je vous disais, j’en retenais trois... je retenais trois axes. Et lui... ça empêche pas sans doute... Il faudra en ajouter, les deux siens. Alors, vous vous rappelez de notre point de départ ? Indépendamment de ces axes, le point de départ auquel on était arrivé c’était ceci : une image-cristal c’est une image biface. Ou ce qu’on appelait en reprenant un terme de Bachelard, mais on lui donne un autre sens, une « image mutuelle ». En effet chez Bachelard « image mutuelle », ça veut dire une image qui participe à plusieurs éléments. L’image-cristal selon lui participe toujours à, au moins, deux éléments : terre-air, terre-feu, terre-je ne sais plus quoi ; elle est mutuelle ou biface.

Nous, on disait : une image mutuelle, c’est la « coalescence » d’une image actuelle et de "son" image virtuelle. Et, nous nous étions appuyés sur Bergson, pour saisir cette coalescence. Mais, on s’était dit que ça correspondait tout à fait au phénomène de la « paramnésie », c’est-à-dire, la coexistence d’une image actuelle, d’une image même présente et de son passé coexistant. La coexistence du présent et de son passé : ce que Bergson présente comme le « souvenir du présent ». Coalescence du présent et de son souvenir ; coalescence du passé avec le présent qu’il a été. Une fois dit que c’est en même temps, selon Bergson, que le passé ne vient pas après le présent, mais est strictement contemporain du présent qu’il a été.
-  Ça nous donnait notre point de départ : coalescence d’une image actuelle et de son image virtuelle.

Mais ça c’était une base. Pour qu’il y ait image-cristal, on disait, il ne suffit pas cette coalescence.
-  Il faut que cette coalescence détermine un échange : à savoir que l’image virtuelle devienne actuelle et que l’image actuelle devienne virtuelle. En d’autres termes, le cristal est un circuit [interruption ; Deleuze reprend comme suit] ...se produit.

On parle de la coalescence d’une image actuelle et de son image virtuelle, c’est-à-dire son image en miroir, et le circuit s’établit comme de lui-même. L’image virtuelle devient actuelle et l’image actuelle devient virtuelle. Dans quelle mesure l’image virtuelle - c’est-à-dire, l’image en miroir - va devenir actuelle ; et va devenir d’autant plus actuelle, que le miroir va multiplier ses facettes ? Soit deux miroirs face à face, soit des miroirs [vénitiens, soit multiplicité de miroirs. Alors, on pourrait reprendre ce qu’il vient de dire, ce que Jouanni vient de dire, sur la taille. Plus le miroir multiplie ses facettes, plus l’image virtuelle devient actuelle : c’est-à-dire, capture l’image actuelle. Au point que l’image actuelle devient virtuelle. Sous quelle forme ? Le personnage réel n’est plus distinct de ses images en miroir. Non seulement il n’est plus distinct de ces images en miroir, il est passé dans les images en miroir, mais il est repoussé par les images en miroir et le personnage actuel passe hors champ et il devient virtuel.

Et je disais : une fois dit qu’il me semble que Orson Welles est un des plus grands créateurs au niveau cinématographique d’images-cristal, vous reprenez la fin célèbre de la « Dame de Shanghai », la multiplication des miroirs a fait que les deux personnages, l’homme et la femme, ne se distinguent plus de leurs images multipliées, chacun tire dans les miroirs jusqu’à ce que les miroirs s’étant brisés, les personnages retrouvent leur actualité, s’aperçoivent qu’ils étaient de tout temps côte à côte, et peuvent enfin se tirer l’un dans l’autre. Donc ils ne récupèrent l’actualité qu’en se tuant. Il y a donc un circuit là : image actuelle/ image virtuelle. Vous voyez ?
-  L’image virtuelle devient d’autant plus actuelle, qu’elle absorbe et capture le personnage,
-  l’image actuelle devient d’autant plus virtuelle, que le personnage est repoussé hors champ (pour moi, momentanément). Il ne reconquerra son actualité qu’en brisant le miroir.

Je vois bien le circuit. C’est ce circuit que j’appelle « image-cristal », avec exemple privilégié, là, la fin célèbre de « La dame de Shanghai ».

C’est donc, mon premier axe. Mais on sent bien que ça ne suffit pas pour fonder un concept d’image-miroir. Ce serait trop mince (c’est déjà quelque chose), mais c’est trop mince, et puis heureusement on peut plus s’arrêter déjà. Car je dis une chose simple, l’échange va être relancé d’après un second axe... l’échange va être relancé d’après un deuxième axe. À savoir, si je résume je dirais : l’image virtuelle devenue actuelle se présente comme limpide. En même temps que l’image actuelle devenue virtuelle passe dans l’opacité. Ça reste abstrait pour le moment, mais c’est l’abstrait le plus compréhensible. Voyez, ça marche... c’est bien un deuxième axe. Et en même temps ça relance l’échange. Pourquoi ça relance l’échange ? Je reprends : puisque on peut comprendre... « Comprendre » c’est comprendre l’abstrait. En suite le concret c’est autre chose, faut le sentir. L’image virtuelle devenue actuelle se fait limpide. En même temps que l’image actuelle devenue virtuelle passe dans l’opaque. Mais, peut-être que sous certains facteurs le limpide est appelé à devenir opaque, et l’opaque à devenir limpide. J’aurais donc, un second circuit : circuit du limpide et de l’opaque qui formerait le deuxième axe de l’image-cristal et qui poursuivrait la détermination de l’image-cristal comme image mutuelle, c’est-à-dire, comme image à l’intérieur de laquelle un échange se fait.
-  Car c’est essentiellement ça : une image mutuelle c’est une image qui est inséparable d’un échange.

Or, je retiens de la cristallographie, moi, exactement comme Jouanni en a retenu certains caractères, un caractère que je vous présente sous la forme la plus rudimentaire qui soit. Vous l’écoutez... il n’y a rien à comprendre. Je prends comme exemple un corps alors comme le soufre, un corps cristallisable. Le soufre peut cristalliser, nous dit-on en cristallographie - pas besoin d’avoir fait des études pour retenir ça - Le soufre peut cristalliser sous plusieurs formes dont deux formes principales : une forme dite, (ça se comprend tout seul, de soi même, même si vous n’avez pas le sens des mots, vous regarderez dans votre dictionnaire, tout ça...) il peut cristalliser sous une forme dite « octaédrique », ( voyez un « octaèdre », tout le monde sait ce que c’est ou regardez-le dans le Larousse...) Ou bien sous une forme dite « prismatique ». Pourquoi je me lance là-dedans ? Voilà, dans les conditions normales (je me suis dit les conditions normales... qu’est-ce que ça veut dire « les conditions normales » ?) Dans les conditions normales, le soufre octaédrique... (qui a cristallisé sous forme octaédrique), le soufre octaédrique est dit « stable ». Et qu’est-ce que ça veut dire « stable » ? ça veut dire une chose très simple, c’est que la formation ainsi préparée reste limpide. Dans ces mêmes conditions le soufre prismatique est « métastable » par rapport à l’octaédrique. Qu’est-ce que veut dire « métastable » ici ? (peut importe tout ça... dictionnaire... mais du niveau du Larousse [rires] Ça veut dire, qu’une préparation ainsi préparée, au bout d’un certain temps s’opacifie. Pourquoi elle s’opacifie ? Parce que sur son réseau se constituent de petits octaèdres qui la rendent opaque, de minuscules octaèdres qui la rendent opaque. Je peux donc dire : mes deux formes cristallines, mutuelles, octaédriques et prismatiques, se distribuent l’une comme limpide (restant limpide), l’autre comme devenant opaque - dans les conditions normales (tiens ! dans les conditions normales..., ça va m’engager, évidemment..., ça va m’engager pour l’avenir...) c’est des conditions de « milieu ». Tiens voilà, j’ai introduit une notion de « milieu », et qui vient par surprise. Il faudra la justifier. Et notamment dans des conditions de température du milieu. À savoir, ce que je viens de décrire, entre les deux formes cristallines du soufre, l’une limpide et l’autre opaque, vaut pour les températures dites « ordinaires ». C’est-à-dire pour être très savant, jusqu’autour de 95 degrés. Au dessus, qu’est-ce qui se passe ? Il se passe la merveille suivante : ça se renverse. C’est le soufre prismatique qui est en équilibre stable, et qui est et reste limpide ; c’est le soufre octaédrique qui devient opaque. Constatez que j’ai mon circuit abstrait. Je n’ai plus un circuit actuel/virtuel (où l’actuel devient virtuel et le virtuel devient actuel). J’ai un circuit limpide/opaque, où suivant les conditions, le limpide devient opaque et l’opaquedevient limpide. En quoi ce second circuit s’enchaîne t-il avec le premier ? Nous faisons confiance à l’abstraction du concept ? Oui... ça s’enchaîne tout seul...

Je recommence ma formule de départ : quand l’actuel... non !..., quand le virtuel devient actuel, conformément au premier axe, il y a « limpidité ». Quand le virtuel devient actuel il passe dans l’opacité [il semble qu’il se soit emmêlé, il répète le passage du virtuel à l’actuel]. Seulement voilà..., tout comme tout à l’heure l’actuel et le virtuel s’échangeaient, le limpide et l’opaque s’échangent. (Il serait temps de rendre ça concret - Mais avant de le rendre concret un dernier effort : j’ai introduit l’idée de « milieu ». Je n’ai pas le droit de l’introduire, pourquoi j’ai introduit l’idée de « milieu » ? Puisque je l’ai introduit en invoquant les conditions de température. Heureusement pour tout sauver,] on s’aperçoit que la notion de milieu participe à un troisième axe : un troisième axe « cristallin ».

Et qu’à la limite il n’y a pas de cristal. Il y a des images-cristal, oui mais il n’y a pas de cristal. Pourquoi ? Parce que le cristal c’est un rapport. C’est pour ça que c’est une image mutuelle. Alors, vous me direz : « oui, c’est un rapport entre l’actuel et le virtuel ». Et je vous dirais : « oui, mais pas seulement ». Et vous me direz : « bon, c’est un rapport entre le limpide et l’opaque »... oui, mais pas seulement. En tant que rapport même, il est autre chose. En tant que rapport, il est essentiellement autre chose : c’est notre troisième axe. Il n’y a pas de cristal, il n’y a que des germes et du milieu. Et le cristal est une pure limite entre un germe dit « cristallin » et un milieu dit « cristallisable ».

Est-ce qu’on peut dire, alors, que germe-milieu constitue, évidemment, notre troisième axe ? Est-ce qu’on peut dire qu’il y a circuit là aussi ? Oui, il y a circuit. Pour une raison très simple c’est que c’est la simple continuation à travers les trois axes : c’est l’actuel et le virtuel, qui ne cessent de s’échanger sous des formes différentes. Pourquoi ? C’est que je peux aussi bien dire, quant à ce dernier couple, non plus
-  actuel-virtuel, non plus
-  limpide-opaque,
-  mais germe-milieu.

Je peux dire et je dois dire deux choses à la fois :
-  le germe est l’élément virtuel qui fait cristalliser un milieu actuellement amorphe. Qu’est-ce que veut dire amorphe ? Vous voyez comme c’est gai, on voyage dans l’abstraction, mais, c’est une abstraction très vivante, Il n’y a pas besoin de mettre quoi que ce soit de concret encore là dessous - il faut faire confiance, le concret, il suivra. Qu’est-ce que veut dire amorphe ? On le sait..., on l’a vu la dernière fois. « Amorphe » : c’est ce qui ne présente aucune direction privilégiée. On se rappelle que le cristal était défini, de la manière la plus générale, par la présentation d’une direction privilégiée. « Amorphe » : ce qui ne présente pas comme tel, de direction privilégiée. Je dis, dans l’opération de cristallisation le germe est un élément virtuel qui fait cristalliser un milieu "actuellement" amorphe. À peine j’ai dit ça, je dis non pas le contraire, je dis l’autre moitié du circuit. A savoir, ce qui revient à dire qu’il faut bien, là aussi, une condition pour que le milieu actuellement amorphe cristallise, il faut qu’il ait quoi ? il faut qu’il ait une structure cristallisable. Et la cristallographie définit très bien cette potentialité de la structure cristallisable. Je dirais donc, le germe..., tout à l’heure je disais : « le germe est l’élément actuel qui fait cristalliser une matière actuellement, ou un milieu actuellement amorphe » ; je dis maintenant : « le germe est l’élément actuel qui fait cristalliser un milieu virtuellement cristallisable ». Au niveau du germe et du milieu, l’actuel et le virtuel se sont échangés sous un (ou sur) un troisième circuit. J’émets trois circuits.

Alors, il faudrait y ajouter un circuit des couleurs ? Pourquoi pas ? Tout ça, on a l’impression que ça ne veut rien dire. ça ne veut peut-être rien dire, mais on tient notre concept :

J’appellerais « concept d’image-cristal » la détermination d’une image possédant trois axes d’après lesquels :
-  l’actuel devient virtuel et inversement,
-  le limpide devient opaque et inversement (deux échanges), et
-  s’opère également l’échange du germe et du milieu. Et c’est les trois développements de notre définition de départ : « coalescence de l’actuel et du virtuel ».

Alors, ça va devenir lumineux évidement si on cherche le concret. Le concret on l’a vu pour le premier axe, il ne fait pas de difficulté, lui... il était très clair et s’il n’est pas clair je recommence...donc, comme vous voulez pas que je recommence...[rires]. Deuxième axe, qu’est-ce qui se passe ? Je dis, d’après mon premier axe l’image virtuelle devenait actuelle, dans quel cas ça se produit - On oublie alors, toute l’histoire de la cristallographie. On l’oublie..., on pense à des choses tout à fait quotidiennes hélas pas encore.

On va à essayer de faire un détour. On va, quand même, rendre un dernier hommage à la science. Le savant, je dis bien, il ne s’agit plus de la science, il s’agit du personnage du savant. Le savant nous offre de lui-même une image limpide. Car le savant nous dit : « qu’est-ce que je fais sinon de la science pure ? je n’ai rien à cacher, je suis un homme de sciences ». Il faudra Nietzsche pour découvrir que, sous la limpidité du savant, d’étranges opacités se cachent (opacités avec lesquelles nous sommes devenus très familiers). Le savant produit, de lui-même une image limpide, même quand il ne s’occupe pas de cristallographie. Mais c’est le savant lumineux de la science officielle. Et l’on sait que à côté, cette image limpide ne se dresse pas sans que n’affleure une autre image : le savant limpide de la science officielle est comme en couple avec un savant plus obscur quiI a comme renoncé à la lumière de la science officielle ou de la science pure. Qui se cantonne au besoin dans des besognes très humbles, dans l’obscurité d’un petit laboratoire. Et qui, au besoin, ne croit pas tellement à la science pure. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? une image limpide et une image opaque de la science. Le savant lumineux de la science pure, le savant obscur de la petite science cachée.

Il y a un cinéaste assez curieux, un polonais très curieux qui s’appelle Zanussi. Il prétend, et c’est avéré , avoir une formation scientifique et le fait est que dans la plupart de ses films il met en scène deux savants qui deviennent personnages. Et il y a toujours un savant qui est promis à un brillant avenir, et qui s’occupe de la science pure, et qui fréquente les colloques internationaux. [rires] - qui sont des lieux de lumière. Et il a un ancien camarade d’école qui était aussi brillant que lui, mais qui a renoncé à toute carrière lumineuse, qui travaille à d’obscures petites tâches , généralement de météorologie.

Et Zanussi fait partie de cette tradition "Dreyer" - Je veux dire, où tantôt la science, tantôt la religion dans le cas Dreyer, tantôt la foi, tantôt la philosophie, passent et font l’objet des dialogues les plus ordinaires, à la lettre les plus triviaux, les plus quotidiens, ce fut cette incroyable réussite de Dreyer. Zanusssi l’a au niveau des discours scientifiques, il met ses deux savants qui parlent l’un avec l’autre. Il s’explique, et plus il s’explique et plus le limpide devient opaque. Et plus l’opaque se nimbe d’une très étrange lumière. Lumière qui n’est pas si claire car est-ce la lumière de la science ? Ou est-ce la lumière de quelque chose d’autre qui serait plus proche de la foi ? Et dans une belle image mutuelle (un beau cas d’image mutuelle) Zanusssi met en rapport un blanc qui représente le cerveau lumineusement dessiné et éclairé sur un tableau : le cerveau scientifique. »

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La voix de Gilles Deleuze en ligne
L’association Siècle Deleuzien


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