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La voix de Gilles Deleuze
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56-28/02/1984 - 3

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Gilles Deleuze - vérité et temps cours 56 du 28/02/1984 - 3 transcription : Alain Guilmot

En d’autres termes, qu’est-ce que la lumière ? C’est le milieu qui occupe le cube. Autant dire que la lumière est inséparable d’un milieu. Et sans doute là il faut tout de suite ajouter toutes sortes de corrections sinon ce serait un contresens.

Il est bien connu que, chez Platon, il y une transcendance comme on dit, de quoi ? Mettons pour le moment : une transcendance de la lumière par rapport aux bornes, par rapport aux configurations. La lumière est supérieure à toute configuration. La lumière sensible, le soleil, la lumière intelligible, le Bien. Et le soleil n’est pas une forme sensible parce que toute forme sensible suppose, il est au-delà de toute forme si bien qu’il ne peut pas être fixé, regardé ; et le Bien n’est pas une idée, c’est-à-dire une forme intelligible mais il est au-delà de toute idée ; ah bon ! oui ça n’empêche pas ; est-ce que là il n’y aurait pas, dans cette transcendance et du soleil et du Bien, est-ce qu’il n’y aurait pas une espèce de profondeur ? Dans cette transcendance absolue ? Il y a bien quelque chose comme ça. Qui ne se laisse plus réduire à un plan. C’est au-delà de tous les plans. Donc s’il y avait un batos platonicien, ce serait cette transcendance ; mais enfin soyons précis alors : dans la lettre des textes de Platon, cette transcendance affecte quoi ? C’est pas une transcendance de la lumière ; non, si vous regardez les textes, c’est pas une transcendance de la lumière ; là je dis non, je dis non, euh, République, Livre VI et VII, entre autres, plus ce que nous savons ; je vais m’expliquer sur ce plus, tout ce que nous savons ; c’est pas une transcendance de la lumière, c’est une transcendance de la source lumineuse, c’est une transcendance de la source lumineuse. Vous me direz : oh bien ! oui bon ; et bien non, c’est très important parce que s’il est vrai que la source lumineuse chez Platon est dotée d’une transcendance irréductible qui implique une espèce de fond, ou qui semble émaner d’un fond, en revanche la lumière, elle, n’est pas du tout dans ce cas-là.

-  La lumière est un milieu. Et la lumière est un milieu qui rapporte la source lumineuse à l’œil. Là je m’avance car aucun texte de Platon ne le dit ; ils peuvent le suggérer. Mais Platon dépasse infiniment les textes que nous avons vus. Les commentateurs qui nous parlent de Platon, ceux qui font allusion soit à des textes perdus, soit à l’enseignement courant dans l’école, nous donnent tout le détail de la théorie platonicienne de la lumière. Ce détail nous intéresse d’autant plus qu’il est repris par Plotin qui expose toutes les thèses, toutes les thèses platoniciennes concernant la lumière en 4ème Ennéade, chapitres 4 et 5 - pour ceux qui veulent une revue scientifique poussée, sur l’ensemble de la théorie de la lumière chez les Grecs. Mais méfiez-vous, Plotin, il procède vraiment comme si, évidemment il parle à un public qui est sensé connaître tout ça ; donc il procède par allusions, on a de la peine à se débrouiller, pas facile, heureusement, il y a les notes des commentateurs ; euh tout ça est bien utile mais ce qu’on y apprend de formel c’est un point sur lequel tous les platoniciens sont d’accord, à savoir : la lumière est un milieu ; non seulement elle est inséparable d’un milieu, à savoir l’air, mais l’air n’est un milieu de la lumière que par accident.

La lumière est elle-même, c’est-à-dire dans son essence, elle est elle-même un milieu et un milieu intermédiaire entre la source et l’œil. Et pourquoi ? C’est le grand argument, c’est :
-  si la lumière n’était pas un milieu, il n’y aurait pas de sympathie universelle. Qu’est-ce que la sympathie universelle ? La sympathie universelle, c’est la conspiration de tous les corps et de tous les êtres en un seul et même monde, c’est-à-dire c’est le fait que tous les êtres entrent dans la même configuration qu’on appelle monde. Cette longue référence d’avance pour conclure uniquement : la lumière chez Platon, de même de la profondeur, le batos, est ramenée à un plan perpendiculaire à l’avant-plan, c’est-à-dire à une longueur. De même la lumière, dont la source évoque un batos, une profondeur inouïe, la lumière est ramenée à un milieu, milieu enclos, enclos dans le monde, contenu dans le cube ou dans la sphère.

Si vous m’avez suivi, on touche au, on touche au but. Je peux dire : qu’est-ce qu’il y a de nouveau chez Plotin ? Il fallait tout ce détour pour, pour dire des choses très brutes. Ce qu’il y a de nouveau chez Plotin, ça va être trois choses fondamentales. Et du coup il pourra employer les mêmes mots que Platon. Rien n’empêchera que ces mots ont pris un sens absolument différent.
-  La première chose de nouvelle chez Plotin, c’est le côté Orient, ce que Worringer appelle la tendance à l’infinitisation, par opposition à la tendance grecque à la finitude. La tendance à l’infinitisation mais nous on avait, moi je préfère, on en est à un point, c’est mieux enfin, euh on est mieux que Worringer là ; qu’est-ce que c’est la tendance à l’infinitisation ? C’est pas n’importe quoi, et c’est pas sur n’importe quel plan, justement ; c’est la découverte d’un batos, c’est la découverte d’un profond irréductible à deux dimensions. Découverte d’une profondeur irréductible à la longueur et à la largeur, donc irréductible au plan, irréductible au plan. Irréductible à l’avant-plan ça va de soi, mais irréductible à tout plan, perpendiculaire ou oblique.

En d’autres termes : alors, est-ce que c’est un retour à l’Egypte ? Comment est-ce qu’en Egypte je ne retournerais pas vers l’Egypte ? ça... Comment est-ce que Plotin l’Egyptien ne ferait pas un retour à l’Egypte ? Mais comment est-ce que l’Egypte à laquelle on retourne peut être la même que celle à, à laquelle on retourne ? Non, enfin, vous comprenez. Mais non c’est pas du tout un retour, c’est quelque chose d’absolument nouveau, c’est, c’est un troisième grand moment, un autre grand moment, euh, c’est fantastique tout ça. Chez les Egyptiens il y avait bien un fond-forme sur un seul et même plan. Les Grecs font une première grande mutation : multiplication réglée des plans. Dès lors, réduction du fond à une profondeur, puisque c’est toujours le même plan, c’est l’avant-plan, mais réduction de la profondeur à un plan, plan perpendiculaire à l’avant-plan. Donc les Grecs découvrent la profondeur mais ils la découvrent en la domestiquant. Chez les Egyptiens, il y a, il y a du fond mais pas de profond, puisque le fond est sur le même plan que la forme. Chez les Grecs, il y a du profond mais c’est un profond tout trafiqué, c’est un profond déjà réduit à un plan. Simplement, à un plan autre que l’avant-plan, à un plan perpendiculaire. Donc c’est un profond réduit à une longueur.

Vous me suivez ? L’apport de Plotin et des néoplatoniciens, c’est la découverte d’une profondeur pure qui ne se laisse ramener à aucune dimension, qui est la matrice de toutes les dimensions de l’espace. En d’autres termes, ce n’est ni un fond égyptien, ni un profond domestiqué, c’est un sans-fond. La découverte du profond comme sans-fond. Ou comme plus au fond que tout fond, d’un fond qu’on n’aura jamais fini d’approfondir, d’un fond dont tout sort. Ça, c’est l’apport plotinien. Bon... Je peux même pas dire je pourrais le dire comme ça, qu’ils découvrent eux, qu’ils font l’opération inverse des Grecs, qu’ils partent de l’arrière-plan. Oui, oui, je peux dire : le fond, c’est l’arrière-plan, mais c’est mal parler, c’est plus un plan du tout, c’est au-delà de tout plan, c’est ce dont tous les plans vont sortir. Dans un ordre, peut-être, quel ordre ? Ce ne sera plus un ordre planimétrique, ce sera un ordre autrement bizarre. Est-ce que du sans-fond vient un ordre ? Ça peut pas être le même genre d’ordre. Qu’est-ce que c’est que cet ordre qui jaillit du sans-fond ? Quelle histoire ! Alors, vous sentez que la philosophie est en train de, vraiment de, de changer d’élément. Alors, il a beau parler comme Platon, il nous dira : l’Un, l’Un avec U majuscule, il nous dira l’Un est plus que l’Etre, l’un est au-delà de l’Etre. Et on dira : ben évidemment, c’est par là qu’il est platonicien car Platon l’avait dit. Et dans des pages célèbres du Parménide, Platon envisage l’hypothèse d’après laquelle l’Un est plus que l’Etre. Bien plus, en disant l’Un est plus que l’Etre, les néoplatoniciens se présentent eux-mêmes comme des commentateurs de Platon. En fait, rien à voir. Si, il y a quelque chose à voir mais tous les mots ont changé d’accent car appeler l’Un au-delà de l’Etre, c’est le sans-fond, c’est le profond irréductible à toute planitude, c’est le profond irréductible à toute dimension.

En d’autre termes, je peux reprendre exactement la même chose que tout à l’heure, les néoplatoniciens nous diront tout comme Platon : faire de la philosophie, et apparait avec eux, expression étrange, moins chez Plotin lui-même que chez ses disciples ; il a des disciples qui ont des noms très très beaux, très jolis, euh, alors je vous les épargne, euh, ça va mettons du 3eme siècle, euh, au 10eme siècle ; mais après tout, je précise cela parce que l’art byzantin, on va en parler ; pas besoin de dire que pour ce premier aspect vous n’avez qu’à faire la conversion en art, comme tout à l’heure je parlais de l’art grec par rapport à la philosophie grecque ; comme le disent les spécialistes de l’art byzantin, quelle est la première chose qui frappe dans l’art byzantin par opposition à l’art grec ? C’est que vous avez le primat de l’avant plan. Les formes, à la lettre, sortent d’un arrière-plan comme d’un sans-fond au point que vous ne pouvez même plus dire où commence la forme et où elle finit ; ce qui implique évidemment une remise en question de la forme rigide et solide. Mais par quoi ? On va le voir tout à l’heure.

Et pourquoi et comment ça se réalise ? Ça se réalise réellement dans un sans-fond, qui est le sans-fond,... alors vous me direz il y a un fond, alors vous me direz il y a un fond ; non y a pas de fond ; il y a un fond tactilement, oui mais justement vous n’êtes pas en position d’y mettre vos doigts. La coupole, la voute, l’arc, avec les disproportions, avec le type de perspectives très particulières que ça va donner, enfin ça va nous imposer un allongement sur des quasi-verticales. Voyez ? Dans une mosaïque byzantine par exemple, voyez, la coupole-là fonctionne, comme quelque chose qui n’est pas du tout une moitié de sphère, elle joue véritablement le rôle du sans-fond dont sortent toutes les formes. En d’autres termes, la division, il s’agit bien de diviser, l’opération fondamentale tant de l’art que de la philosophie, ce sera bien de diviser et de subdiviser, seulement les néoplatoniciens divisent kata batos. Qu’est-ce que ça veut dire kata batos ? Oh ils gardent pourtant ; ils sont platoniciens parce qu’ils nous disent "oh oui, il y a une division kata platos" mais c’est très curieux, très curieux : Platon distinguait explicitement kata platos et kata mekos, voir la fin du Sophiste. Les néoplatoniciens, ah ils osent, ils savent, ils savent torturer les textes, ils osent se réclamer du Sophiste mais, en fait, on s’aperçoit que, ce que certains ont dit, ce dont ils nous parlent c’est d’une division kata platos et une division kata batos. Pourquoi que tout a changé ? Parce que ça change tout. La division, ils disent "oh oui il y a une division kata euh platos, il y a une division selon la largeur." C’est quoi ? C’est par exemple la division des dieux en dieux hétérogènes. J’ai Zeus, le dieu des dieux, et qui se divise en dieux hétérogènes et dieux hétéronymes, c’est à dire qui n’ont pas le même nom que lui et qui n’ont pas le même nom les uns que les autres, et qui n’ont pas les mêmes fonctions. Euh, je sais pas quoi, euh la dessus j’oublie tous les dieux, alors euh, dieu de ceci Voilà, ça c’est la division kata platos. Les dieux se divisent, euh non, le dieu des dieux se divise en dieux qui n’ont pas le même nom et qui n’ont pas la même fonction. C’est une division anomogene. C’est une division en espèces. Mais ils disent kata batos : Zeus se définit autrement. Et qu’est-ce que c’est la division kata batos ? Kata batos, Zeus se définit : Zeus, puissance première et Zeus, puissance seconde, Zeus, puissance euh, tierce, Zeus quatrième puissance ; bon, n’essayons pas de comprendre pour le moment puisqu’on retrouvera ça ; ça devient, alors là quelque chose qui n’est pas platonicien ; qu’est-ce que c’est cette succession de puissances ? A chaque puissance, là c’est une division kata batos : elle est homogène et homonyme. Zeus ne cesse pas de s’appeler Zeus. C’est dans ses puissances. Et on pourra donner des noms à ces puissances. Il y aura la puissance titanique. Il y aura la puissance démiurgique. Il y aura la puissance aréïque, il y aura la puissance athenaïque. Là je pense à un successeur de Plotin qui en rajoute, vocabulaire splendide, mais qui fait appel évidement à des trucs de religion, à des trucs de mystère, à des... euh, enfin que les spécialistes connaissent. Mais c’est une véritable succession de puissances.

[Brève interruption du cours : dis-moi, je voudrais, je te les donne maintenant ? Oui parce que ça tombe bien. Recréation - [rires d’étudiants]].

[Reprise de l’enregistrement].

Lorsqu’ensuite le romantisme allemand va redécouvrir le sans-fond et ce sera aussi, et ce sera aussi en fonction d’une théorie des puissances, je pense par exemple à Schelling ; je dis pas du tout que ce soit sous l’influence de Plotin mais c’est évident que ce sont des euh [gens], en tout cas dans le cas de Schelling, qui connaissent admirablement cette philosophie néoplatonicienne. Ça prendra encore un autre sens chez eux, au 19eme siècle allemand. Le sans-fond dans le romantisme allemand va prendre des valeurs tout à fait nouvelles mais je crois que s’il y a une origine du batos, c’est à dire la profondeur non-enchainée, la profondeur insoumise, c’est à dire la profondeur non soumise à un plan perpendiculaire, c’est là, c’est là l’origine, c’est le batos selon les néoplatoniciens. Alors, il va y avoir un problème énorme puisque ils gardent, ils restent platoniciens, ils gardent la division kata platos, par exemple Zeus qui se définit en plusieurs dieux qui n’ont pas le même nom, mais Zeus se définit suivant la largeur, se divise suivant la largeur en dieux hétéronymes, mais il se divise en profondeur en puissances homonymes : Zeus un, Zeus deux, Zeus trois.

On ne pourra pas échapper à : quel est le rapport entre les deux divisions ? Pour Platon, il n’y avait pas de problème car la division kata mekos était un plan et renvoyait à un plan et la division kata platos renvoyait a un autre plan. Ces deux types de plan pouvaient très bien machiner l’un avec l’autre dans le planétarium. Mais ça va être plus délicat : comment concilier la division kata platos, qui serait sur un plan ou des plans, avec la division qui émane du sans-fond, la division des puissances ?

Pour que vous ayez un goût, en art, de l’équivalent, on nous dit que c’est l’art byzantin qui découvre... quoi ? Qui découvre deux grandes gammes : la gamme lumineuse et la gamme diatonique. Ou, si vous préférez, la gamme chromatique, la gamme dite chromatique, et la gamme diatonique.
-  La gamme chromatique, c’est quoi ? C’est la série des puissances qui vont du saturé au raréfié. C’est à dire une même couleur à des valeurs saturées, moins saturées, etc. jusqu’au raréfiés. C’est à dire : du dense au rare. Vous y reconnaissez tout de suite dans la gamme chromatique, si peu connue mais on reprendra le problème un peu plus, dans la gamme chromatique, vous reconnaissez complètement une division kata batos, une division en profondeur. Et l’art byzantin c’est quoi ? C’est la manière dont une couleur saturée résonne avec une couleur raréfiée, avec... non : avec la même couleur raréfiée. Mais j’ai déjà trop dit avec tout ça. En fait, pour le moment, c’est quoi ? C’est des degrés de lumière, des puissances de lumière qui vont du dense au rare, du saturé au raréfié, division kata batos.
-  La gamme diatonique, c’est quoi ? C’est la division des couleurs. Avec quatre grandes couleurs byzantines : l’or, le jaune, le bleu, ... non qu’est-ce que je dis : l’or, pardon : l’or, le bleu, le vert, le rouge. Ces quatre couleurs fondamentales sont donc l’objet d’une division diatonique. Voyez : d’un ton à un autre, d’une teinte à une autre teinte, d’une couleur à une autre couleur. Je dirais : à la lettre, c’est une division cette fois-ci kata platos.

Bon, dans quel rapport la gamme diatonique, division en largeur, sera-t-elle avec la gamme chromatique, division en profondeur ? Vous sentez tout de suite que, chez les néoplatoniciens, il faudra que - ça va être le renversement de Platon - il faudra que la division en largeur se subordonne et se soumette à la profondeur comme puissance du sans-fond. Mort à Platon. Je veux dire : la profondeur se déchaîne. La profondeur se déchaîne, se récupère. Elle ne se laissera plus ramener à une dimension, c’est à dire à un espace en largeur. Elle ne se laissera plus ramener a une longueur, c’est à dire un plan perpendiculaire à la longueur. C’est au contraire l’avant-plan, le platos, qui sera happé par le sans-fond, si bien que l’Un de Plotin sera évidemment tout à fait autre que l’Un de Platon puisque c’est le sans-fond lui-même. Autant dire que la lumière se libère. Si la profondeur se libère, la lumière se libère. Et en effet, la lumière c’est l’émanation directe du sans-fond. C’est intéressant parce que c’est évident que, pour Plotin, le sans-fond c’est le lumineux par excellence. En d’autres termes, la lumière n’est plus un milieu et tout le Traite que je viens de citer de Plotin, c’est une rupture fondamentale avec Platon et l’école platonicienne, à savoir :
-  En quoi la lumière non seulement n’est plus un milieu mais n’a pas besoin de milieu ? - Et pourquoi que la lumière n’a pas besoin de milieu ? Ça là, c’est tout simple. La réponse de Plotin elle est lumineuse forcement. Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment voulez-vous que la lumière ait besoin de milieu ? Elle en a besoin par accident, en tant qu’elle frappe les corps. Et c’est ce qu’a cru Platon, qu’elle frappait les corps. Mais elle ne frappe pas les corps. La lumière n’a pas besoin de milieu pour une raison très simple, c’est qu’elle frappe les âmes et que l’âme n’a pas de localisation. Donc aucune besoin de lum... aucun besoin de milieu pour la lumière. Rapport direct de la lumière et de l’âme, indépendamment de tout milieu.

Pourquoi ? Parce que sans doute, si la lumière est la première puissance du sans-fond, l’âme elle-même est une puissance dérivée du sans-fond. Donc, aucun besoin de milieu. Le sans-fond, c’est la lumière. Voyez que pour les romantiques allemands, ce sera pas ça. Il y a quelque chose d’étonnant chez les... euh les... finalement ce qu’on ne voit pas c’est la grande idée des grecs, ce qu’on ne voit pas, c’est la lumière. Ce qu’on ne voit pas c’est pas l’obscur. Et chez les romantiques allemands, ç’est beaucoup plus compliqué, le sans-fond, lui il devient tout noir, enfin il tend à noircir. Mais chez Plotin pas du tout, ce qui est sans-fond c’est la lumière. Euh bon, voilà, ça c’est le premier aspect, voyez ? Cette découverte du batos, d’une profondeur libérée.

Mais, seconde conséquence. Seconde conséquence et j’en aurais bien fini et partir de là-dessus la prochaine fois. Vous sentez ? Ça ne peut plus être la même conception de la forme. [La] forme platonicienne est finie. Il aura beau utiliser les mêmes termes, les idées, les formes [...] [interruption de l’enregistrement]

[...] est sans aucun intérêt si vous ne définissez pas en quoi, si vous ne définissez pas en quoi c’est des formes géométrico-physiques ; c’est forcément des formes géométrico-physiques puisque, encore une fois, elles s’organisent d’après des rapports planimétriques. C’est parce que c’est une configuration de points privilégiés qui ne peuvent être déterminés que sur des plans, les rapports entre les plans étant assignables. Donc, c’est pour ça que, c’est parce que la forme platonicienne est configuration de plans, non pardon, est configuration de positions et de points qui renvoient à des plans dont les rapports sont assignables entre eux, lesquels plans ont des rapports assignables, que la configuration est rigide, elle est géométrique, elle est solide. Vous voyez ? Presque, aujourd’hui, il n’y a que ça qu’il fallait comprendre, c’est pas difficile [rires d’étudiants]. Qu’est-ce qu’il invente ? Euh, qu’est-ce qu’il invente, euh... Plotin ? Quelque chose d’étonnant. On n’a pas fini d’épuiser des découvertes comme ça. C’est que rien du tout, les formes ne sont pas solides. Elles ne sont pas géométrico-physiques. Qu’est-ce qu’elles sont ? Elles sont purement optiques.

En d’autres termes, ce sont des formes de lumière. La lumière n’est plus un milieu intérieur à la forme comme chez Platon. C’est la lumière qui crée les formes. Les formes sont lumineuses et non pas rigides ou géométriques. Les figures sont figures de lumière et pas figures de géométrie. Si vous voulez une formule qui résume entre autres l’art byzantin, vous direz dans ce domaine que les figures y sont des figures de lumière et pas des figures géométriques. Adieu le cube. Fini le cube. Et les figures de lumière, elles sortent du sans-fond. C’est la lumière qui est bien suffisante à créer les formes. Ce qui veut dire quoi ? Il n’y a aucun besoin de la mettre sur une forme rigide ou même de la faire réfléchir sur une forme rigide. Ah il n’y a pas besoin ? Pas besoin, non : elle suffit à créer les formes.

Sautons pour parler d’un peintre alors qui doit beaucoup à l’art byzantin et dont on avait parlé une autre année : Delaunay. Qu’est-ce qu’il fait Delaunay ? Quelle différence, alors quelle différence entre le cubisme et Delaunay ? Je dois à l’un d’entre vous de le savoir, de le savoir mieux. Delaunay, il a, il a une remarque splendide dans un de ses carnets. Il dit : "Cézanne avait cassé le compotier". Ça veut dire : Cézanne a cassé la forme rigide, il a cassé la forme géométrique. "Il a cassé le compotier." Et il dit : "le tort des cubistes", c’est une page où Delaunay essaye d’expliquer sa grande différence avec le cubisme ; il dit : "le tort des cubistes, c’est qu’ils vont essayer de le recoller" [rires d’étudiants]. C’est très fort, c’est très très beau, et en effet c’est ce qu’ont fait les cubistes à la lettre. Simplement, ils l’ont recollé dans le désordre ; ils l’ont recolle comme cela, ils ont recollé les morceaux, ils ont recollé le compotier de Cézanne. C’est par là qu’il les accuse de faire un retour au classicisme. Il dit : ils n’ont pas compris que, si Cézanne l’avait cassé, c’était pas pour qu’on le recolle [rires d’étudiants]. Que ce qu’il fallait trouver, lorsque Cézanne avait cassé la forme rigide, il ne fallait pas reconstituer - cubisme - a la vieille manière du solide-rigide. Ce n’est pas par hasard que le cubisme s’appelle cubisme. A la lettre, il faut y voir, moi j’y vois un hommage à l’art grec, à l’art classique, tandis que Delaunay, lui, il est plotinien, il est byzantin. Il fallait s’apercevoir que les formes sont créées par la lumière. Et pas par la réflexion de la lumière sur un objet rigide. Ça, la réflexion de la lumière sur un objet rigide, c’est rien. C’est toujours la lumière subordonnée à l’objet rigide. Non, c’est la lumière qui est créatrice de formes. Il y a des formes lumineuses et les formes lumineuses sont premières. Les formes rigides, c’est des dérivés des formes lumineuses, c’est des formes lumineuses cristallisées, c’est des formes lumineuses, euh solidifiées, quoi.

Mais ce qui est premier, c’est la forme de lumière. Si ce qui est premier c’est la forme de lumière, c’est que la lumière a un mouvement. Eh bien oui : la lumière a un mouvement qui est tout à fait distinct du mouvement de l’objet qui se déplace sous la lumière. Et Platon ne connaissait que le mouvement des objets qui se déplaçaient sous la lumière. C’est pour cela qu’il nous parle tout le temps des reflets. Mais non, ce n’est pas cela. De même que Delaunay s’opposait tout à l’heure au cubisme qui recomposait des structures solides, des formes rigides, il s’oppose au futurisme ; pourquoi ? Parce que le futurisme considère les effets de la lumière sur un objet en mouvement. Ben de la même manière il ne fallait pas recomposer les formes rigides car, parce que la lumière est elle-même créatrice de formes, formes de pure lumière, de même la lumière a un mouvement qui lui est propre et qui n’a rien à voir avec le mouvement d’un mobile sous la lumière. D’où, ni futurisme, ni cubisme mais ce que fait Delaunay pourrait être appelé un néo-byzantinisme : mouvement de la lumière et formes lumineuses émanant d’un sans-fond, émanant d’un kata batos. Un batos, ce batos trouvera une espèce de figuration chez Delaunay sois la forme fameuse de la spirale. Bon, alors, on a l’air d’en être très loin mais comprenez, depuis le début on est en train de, de, d’essayer de dire : qu’est-ce que veut dire par rapport au temps une révolution plotinienne ?

Une révolution plotinienne par rapport au temps veut dire exactement ceci : oui, le temps est l’image indirecte d’un mouvement, oui, d’accord, oui, le temps est l’image indirecte d’un mouvement mais c’est le seul point d’accord, car ce mouvement n’est pas le mouvement du monde, c’est le mouvement de l’âme. Ce n’est pas le mouvement de l’objet sous la lumière, c’est le mouvement de la lumière elle-même. L’âme, le monde des configurations géométrico-physiques, donc figure géométrique et solide, l’âme, elle, est figure de lumière. Le temps est une dépendance de l’âme. C’est un langage, c’est un monde, c’est une philosophie qui n’a strictement rien à voir avec celle qui nous parlait du temps comme nombre du mouvement du monde.

Il s’agit maintenant d’un autre mouvement, d’une autre conception de la forme. Et qu’est-ce que sera ce mouvement de l’âme ? Le temps, c’est l’expression du mouvement de l’âme, c’est à dire, c’est le rythme des figures de lumière. Comment est-ce qu’on pourra définir ce mouvement de l’âme qui donne lieu au temps et, bien plus, qui constitue le temps ? C’est le mouvement de l’âme qui fait naitre le temps ; je peux dire à la fois, voyez, ça continue à maintenir, c’est ça qui est bizarre, ça continue à maintenir la subordination du temps au mouvement. Seulement c’est un mouvement tellement nouveau, d’un type tellement nouveau. Qu’est-ce que c’est ? Le mouvement de la lumière en elle-même et plus le mouvement de l’objet sur lequel la lumière se réfléchit, le mouvement des formes lumineuses en elles-mêmes et non pas le mouvement des formes rigides, des formes solides, le mouvement des figures de lumière et pas le mouvement des figures de géométrie, tout a changé, c’est un autre temps, il reste subordonné au mouvement, c’est un mouvement tout à fait nouveau, radicalement nouveau. Et entre ces deux types de philosophie, il y a autant de différence qu’entre l’art grec et l’art byzantin. Donc qu’est-ce que ce que ce nouveau mouvement et quel temps, quel type de temps en sort ?

C’est ce que nous ferons la prochaine fois [rires d’étudiants].

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La voix de Gilles Deleuze en ligne
L’association Siècle Deleuzien


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