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Nouvelles technologies et pathologies sociales
Les changements de l'enseignement, dans la transformation de la connaissance et du savoir mettent en débat le rôle traditionnel de l'université et rendent nécessaire une réflexion attentive pour pouvoir individualiser les problèmes et leur donner une réponse appropriée.1 Le processus de modernisation du système universitaire mis en route par le processus de Bologne de 1999 s'est donné « l'objectif de créer une Europe de l'éducation, puis de la promouvoir sur une échelle mondiale pour en augmenter la compétitivité internationale2 », mais en réalité elle a introduit un processus « d'entrepreneurisation de l'université ». L'économie néo-libérale qui a aussi dominé sur le plan culturel a toujours davantage incité à regarder l'université comme une entreprise commerciale sacrifiant la connaissance à la logique du profit. Ce qui a signifié le début d'un processus de précarisation présentée comme nécessaire et comme une flexibilité fonctionnelle. Pour faire face aux dégâts produits par la "fureur économiste" il est encore plus nécessaire aujourd'hui de reconsidérer le rôle de l'université, en retrouvant ses valeurs premières, en tant que source du savoir et de la connaissance d'avant-garde, en faisant progresser la recherche et transmettre le savoir tout en tenant compte des changements introduits par les nouvelles technologies. Surtout dans ce moment où l’on assiste à une grave retombée de la crise économique dans le système universitaire, il est nécessaire de repenser l’université3. Il ne faut plus penser qu’en Italie « le fond de financement ordinaire de l’université, soit 72 facultés publiques et 5 privées mais habilités, subira cette année une petite coupure : 65 millions d’euros en moins. Mais le coup de masse arrivera en 2010 : une coupure de presque 10%.4 » Et comme l’a souligné le recteur de l’université de l’Aquila : La transformation en loi (n. 133/08) du décret-loi 112/08 a mis une grave hypothèque sur le système universitaire, en limitant à 20% le renouvellement du personnel pour les années 2009-2011 et à 50% pour l’année 2012 ; avec les réductions du financement qui se trouve réduit de 25% d’ici à 2012 ; avec la possibilité de transformer les établissements en des fondations privées ; avec la diminution des salaires des personnels. C’est avec difficulté que l’université, dans la mesure où elle est un système public, étendu sur tout le territoire national, réussira à survivre en étant chargée d’une telle hypothèque. Les cercles les plus faibles du système la ressentiront immédiatement : l’amputation financière entraînera l’augmentation des droits d’inscription des étudiants, et la réduction du renouvellement des personnels empêchera un grand nombre de jeunes gens méritants d’accéder à la carrière universitaire5. Un autre problème, dans le contexte Italien, concerne l’introduction de critères d’évaluation du mérite et l’internationalisation des cursus6. En acceptant l’invitation à participer à ce colloque, je me suis trouvé stimulé par le bouillonnement actuel de protestations dans l’université italienne, et aussi dans la faculté d’Urbino, à la suite des réductions budgétaires envisagées par le ministère de l’instruction publique, pour la recherche scientifique, en accord avec le ministère de l’économie. Urbino est une ville de la Renaissance, rendue fameuse par son palais ducal, parce qu’elle a donné naissance à Raphaël Sanzio. Elle est le siège d’une université depuis 1506, avec le statut d’ « université libre » devenue université d’état depuis 20067. L’économie d’Urbino tourne autour de l’université qui se distingue par l’accueil et les services offerts aux étudiants8. Là aussi, les étudiants se sont mobilisés, préoccupés par les coupes budgétaires envisagées et ont demandé une plus grande participation dans les choix de gestion politico-administrative. Si dans le monde de la globalisation le savoir, mis en réseau, transforme la connaissance, l’université aussi, dans une société hypertechnologisée, doit s’affirmer comme la « culture de l’artificiel », toujours plus délocalisée9. Les transformations générées par les nouvelles technologies rendront nécessaire une conversion du savoir, pour réussir à dominer les schémas standardisés encadrés par l’optique de l’offre de formation10. Dans ce domaine, nous avons nous avons mis en route, et nous soutenons, un travail de recherche interdisciplinaire qui allie l’écologie et la sociologie. Nous avons identifié dans l’écologie du social un lien conjonctif en état de rassembler compétence et connaissance multidisciplinaires, capables d’explorer la complexité qu’entraînent les défis technologiques, à partir d’une réflexion qui met l’attention sur le caractère de projet de tout ce qui sera défini comme « le grand œuvre », tout en analysant leurs retombées sur le territoire11. Un intérêt particulier s’adresse aux nouvelles « pathologies du social » qui sont suscitées par une exposition excessive aux nouvelles technologies et qui émergent dans le contexte urbain12. Nous restons convaincus que l’université est un bien commun qui produit de la connaissance et développe de la recherche, et il est indispensable qu’elle se qualifie comme une « communauté en action » ouverte aux demandes de la société, espace et lieu où doivent pouvoir s’exprimer et se concrétiser l’expérience de l’enseignement, librement, sans être assujetti au conditionnements du marché et de la spéculation. 1sur les transformations de l’apprentissage : R. Simone, La terza fase, Laterza, Rome 2000. Sur la transformation organisationnelle dans l’université : A. Tursi, E Periti, (dir.), Lavoro, cambiamento organizzativo e contrattazione collettiva nelle università, il Mulino, Bologne 2008. 2httpp/www.unibo.it/portale; pour une analyse de la façon dont ce modèle a été reçu en Italie : M. Giacquinta-A.Guerraggio, Ipotesi sull'università, Codice, Turin 2006. Un témoignage critique de l’université italienne se trouve dans : N. Gardini, I baroni come e perché sono fuggito dall'Università italiana, Feltrinelli, Milan 2009. 3AA. VV. , Università globale. Il nuovo mercato del sapere, Manifestolibri, Rome 2008; G. Roggero, La produzione del sapere vivo. Crisi dell'Università e trasformazione del lavoro tra le due sponde dell'Atlantico, Ombre Corte, Verone 2009. 4M. Reggio, Università nel mirino e per il 2010 è prevista la stangata, in “la Repubblica”, 24/2/2009. Sur les prévisions du gouvernement en rapport avec l’université et la rerecherche : G. Parisi, Università, un'alternativa è possibile, in “il Manifesto”, 26/11/2009, p. 12. 5F. di Orio, Università la riduzione del finanziamento, in “Corriere della sera”, 15/10/ 2008, p.43. Pour une analyse de la loi 133 : P. Bevilacqua, Articolo per articolo, così la legge 133 avvia la spoliazione dell'Università, in “il Manifesto” 29/10/2008 p. 4. 6M. Regini, Università: i corsi di laurea, in “Corriere della Sera”, 26/2/2009 p. 43.Sur la question du mérite : G. Tognon, Una dote per il merito. Idee per la ricerca e l'università italiane, il Mulino, Bologna 2006. 7De 1948 à 2001 elle a eu sans interruption à sa direction le Magnifico rettore professeur Carlo Bo. Pour une histoire de l’université d’Urbino : S. Pivato (dir), L'Università di Urbino 1506-2006, 2 vol., Università degli Studi di Urbino “Carlo BO”, Urbino 2006; F. Vetrano (dir), Il Gabinetto di Fisica dell'Università di Urbino: la sua storia, il suo Museo, Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, Rome 1996. 8S. Pretelli, Urbino nel segno della cultura, in “Storie locali” 1999-2000, 4-5, pp. 11-40. 9sur les thèmes de l’artificiel v. M. Negrotti, La terza realtà. Introduzione alla teoria dell'artificiale, Dedalo Bari 1997. 10Comment le réseau a transformé le savoir, v. : Y. Benker, La ricchezza della rete. La produzione sociale trasforma il mercato e aumenta la libertà, Università Bocconi, Milan 2007. G. O Longo, Il nuovo golem. Come il computer cambia la nostra cultura, Laterza, Bari 2003. 11A. Farina, M. Russo (dir), I nuovi paradigmi dello sviluppo. Scienze sociali e scienze ecologiche a confronto, Goliardica Editrice, Trieste 2009. 12S. Zambrini, L'erosione del neutro, Edizioni Goliardiche, Trieste 2006; Id., La nuova sordità, Edizioni Goliardiche, Trieste 2009. |
Massimo Stephano Russo Ricercatore di Sociologia generale |
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