Quelques remarques sur l’autonomie
dans les universités mexicaines

 

La notion d’autonomie universitaire au Mexique peut s’analyser a partir du rapport entre l’Université en tant que partie de l’État et l’État lui-même.

C’est précisément dans l´indépendance des universités publiques face a l’État et le gouvernement aussi bien que dans sa capacité d’auto-gouvernance et de gestion qu’ il est possible de trouver le point central du débat concernant l’autonomie et de la façon dont elle se matérialise dans la vie institutionnelle .

Le concept d’autonomie le plus répandu et accepté est celui proposé par l’Union des Universités de l’Amérique Latine ( UDUAL,1954 :99) qui apporte la définition suivante : l’autonomie de l’université est le droit de cette corporation d’établir son propre régime interne et de se réguler exclusivement à partir de celui-ci ; c’est le pouvoir de s’organiser et de se gérer elle-même. L’autonomie est inhérente à son existence et n’est pas une grâce qui lui est conférée par une instance quelconque, par conséquent, elle doit être assurée comme une des garanties constitutionnelles.

La lutte pour l’autonomie des universités publiques au Mexique a été une action continue tout au long du XX° siècle, non seulement pour l’obtenir mais aussi pour la faire respecter par les organismes publics et privés

L’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) est l’institution qui a marqué l’orientation du concept mais aussi l’intérêt de voir son autonomie acceptée et respectée. En 1966, le Conseil Universitaire a déterminé les domaines intégrant l’autonomie universitaire: autonomie académique, administrative et législative. C’est-à-dire, il s’agit de concevoir l’autonomie comme la liberté d’enseigner, de faire de la recherche et de diffuser la culture.

L’autonomie académique ne peut exister totalement que si l’université a le droit de s’organiser elle-même, de fonctionner et d’utiliser ses ressources financières de la manière qu’elle considère comme la plus pertinente, c’est-à-dire, si elle possède l’autonomie administrative et de gestion mais aussi si elle jouit d’une autonomie législative, lui permettant d’établir ses propres lois, règles et procédures.

Le concept d’autonomie s’exprime de façon concrète dans les termes suivants:

1.- L’autonomie implique le droit, pour les autorités institutionnelles, de choisir et de changer en conformité avec les normes internes

2.- Élaborer des règlements concernant l’incorporation, la promotion et la retraite du personnel académique et administratif et aussi déterminer leurs salaires et autres conditions du travail

3.- Élaborer en toute liberté les programmes d’études des disciplines et filières professionnelles et décider de l’orientation et du développement de la recherche

4.- Les ressources financières mises a sa disposition par l’État se distribuent et s’exercent sur la base des décisions des autorités internes, tout en considérant les orientations et politiques universitaires concernant l’enseignement, la recherche et l’extension universitaire

5.- Octroyer les titres et diplômes prévus dans sa législation interne.

L ’autonomie a été conférée aux autres universités publiques du pays par le moyen des décrets de leurs parlements locaux permettant l’existence de 49 universités autonomes. En 1980; l’autonomie universitaire est incorporée à la Constitution du Mexique .

A l’heure actuelle, malgré l’importance accordée à l’autonomie de la part des institutions universitaires publiques, celles-ci affrontent une lutte nouvelle pour la conserver. Cette lutte concerne la défense des universités face à l’agressivité des nouvelles politiques publiques aussi bien que des demandes du contexte économique et technologique.

Ces nouvelles demandes s’expriment au nom des idées du néolibéralisme, de la société de connaissance et de la globalisation, devenues des orientations fondamentales de l’État a partir des années 80. Mais il paraît nécessaire de distinguer les transformations du champ de la connaissance des autres orientations à caractère néolibéral.

La Déclaration Mondiale sur l’Enseignement Supérieur au XXI° Siècle, proposée par l’UNESCO (http://www.unesco.org/educacion/educprog/wche/havdesc.htm) signale que face à la vitesse et à l’étendue des transformations actuelles, la société accorde la plus grande importance a la connaissance, et de ce fait l’enseignement supérieur et la recherche font partie du développement culturel, socioéconomique et écologique des individus, des communautés et des nations. .Par conséquent, l’enseignement supérieur doit entreprendre un processus de rénovation interne assez radical pour apporter des solutions a la crise des sociétés contemporaines, et pour devenir des institutions compétentes dans la production de la connaissance

Par cette raison il n’y aurait pas .d'objections à l’intention d’accroître la qualité de l'enseignement, de la recherche et de la diffusion, au développement de l'interdisciplinarité et de la transdisciplinarité dans l’enseignement et la recherche, à l’accroissement de la flexibilité des programmes, au développement de l’éducation permanente ni, parmi d'autres transformations, à l’extension des réseaux internationaux.

Mais la situation est tout à fait différente si le changement demandé aux universités consiste à accepter comme orientation globale de la part de l'État la subordination des institutions aux décisions de celui-ci, prises sans le concours des universitaires et en dehors de l'Université et d’orienter le processus éducatif exclusivement aux fins du marché, en introduisant la logique du marché dans le soutien de certaines disciplines techniques au détriment de la science fondamentale et des études sociales et littéraires. Ces situations réduisent sans aucun doute l’autonomie préconisée par la Constitution elle-même.

Le coût de plus en plus élevé des inscriptions et des autres services aux étudiants; les nouvelles conditions de travail pour les professeurs; la subordination de la recherche aux besoins de l'entreprise et en général une conception élitiste paraissent impliquer que l'université est une institution réservée seulement à quelques privilégiés et obligée – par le moyen des budgets – d’accomplir les politiques du gouvernement..

Guillermo Villaseñor, dans son livre La fonction sociale de l'éducation supérieure au Mexique (UAM, UNAM, CESU, Mexico, 2003) écrit : nous sommes maintenant face à l’État dans un rôle d’évaluateur, ce qui a une incidence importante et définitive sur la vie interne des Institutions d’enseignement supérieur, malgré le fait que le modèle théorique de l'État établisse que celui-ci devrait exercer un contrôle à distance. L'autonomie n’est plus reconnaissable" (p.222).

Tout cela implique l'acceptation de la place que les agences internationales ont donné à notre pays et aux pays "émergents" et sa traduction dans des politiques d'État qui ne font qu'approfondir la situation de subordination que le pays maintient dans la division internationale du travail.

Le problème pour l’autonomie, à l’heure actuelle, se pose dans les termes suivants : que doivent faire les universitaires face a cette situation?. L’autonomie, existe-elle vraiment?

Les Universités publiques constituent la réserve la plus importante du savoir dans la société. Leur raison d'être est de produire et d’apporter des connaissances pour que le pays atteigne un développement soutenable. Dans un pays comme le Mexique où il existe une forte crise économique et sociale qui a chassé du territoire 11.3 millions de personnes vers les États-Unis et 32.1 millions de personnes de l'économie formelle, dans un pays où la pauvreté affecte à la moitié de la population et où l'éducation de base, moyenne et supérieure devrait être prioritaire, il est nécessaire que l'État ouvre l'éducation à tous les secteurs car celle-ci constitue une des bases du développement

L'autonomie universitaire devrait être protégée en tant qu’elle représente une forme essentielle de défense de la liberté de pensée; du pluralisme et de l'activité créatrice;avec un objectif fondamental : contribuer à ce que le pays dépasse la crise et atteigne des niveaux plus justes et égalitaires de développement.

      

Ofelia Angeles Gutierrez
CIEES Comité Interinstitucional para la Evaluación de la Educación Superior, México
Mexique

SYMPOSIUM 4 : AUTONOMIE