Une expérience interculturelle


 

 

Le 4 juin 1996 à 14:50, le président du jury de la thèse, que j’ai écrite pour accéder au diplôme de Docteur en Histoire à Paris 8, a commencé son intervention en reconnaissant la qualité de la soutenance de mon investigation que j’avais faite, de même que le bon usage que je faisais de la langue française.
« M. Marcos González fait alors un excellent exposé sur la problématique de son travail dans lequel apparaissent des préoccupations théoriques et des observations sur la notion de conscience nationale, de territoire, de langue, de culture, sur la conscience d´appartenance à une même communauté et la volonté de vivre ensemble, ainsi que sur l´imaginaire collectif et les représentations; (...) Le jury en est agréablement surpris (...) à la hauteur de sa présentation”. (Rapport de la soutenance de thèse de nouveau régime de M. Marcos González Pérez à l'Université de Paris VIII)
Cependant après ce bref commencement de son discours, ont suivi les critiques les plus dures sur le contenu de la thèse, qui a été finalement approuvée. Ce que personne n’imaginait c’était la grande joie que je ressentais, après être arrivé à présenter une soutenance en français d’une façon convenable.
Le chemin parcouru pour arriver à ce but comprenait un cours de français de trois mois suivi à la Sorbonne, la pratique de la langue à travers des cours particuliers, les heures passées devant la télévision, les longues séances d’écoute de programmes radio, même la pratique liée à la vie quotidienne à Paris dans les cours de cinéma et d’histoire que j’ai suivis dans les universités et surtout la chance d’avoir frappé à la porte de la salle de classe où Annie Couedel donnait des orientations pour apprendre la langue française en utilisant la Pédagogie de projets.
C’étaient plusieurs semaines d’apprentissage que j’ai aussi combinées avec séances dans d’autres cours, ce qui m’a permis avoir la confiance nécessaire pour soutenir, sans beaucoup de fautes de grammaire, un des objectifs d’un chercheur de formation universitaire : le diplôme de Docteur, en ce cas en Histoire.
Ces expériences d’apprentissage ont motivé, une fois je suis retourné en Colombie vers la moitié de 1996, la mise en scène de projets liés à la pédagogie de projets, lesquels peuvent être détaillés de la manière suivante:
A.- La création d’un Master en Recherche multidisciplinaire en Sciences Humaines, en prenant comme méthodologie d’apprentissage l’organisation de groupes d’étudiants à travers la pédagogie de projets dont les éléments essentiels seront définis ainsi :
1.-On travaille par groupes dans un rapport d’auteurs-acteurs.
2.- Les projets sont collectifs et constituent la manifestation d’initiatives inédites liées à la réalité sociale. “Tout apprentissage doit être en étroit rapport avec la situation concrète vécue par l’étudiant” (Paulo Freire). Il ne s’agit pas de placer chez les étudiants une connaissance déjà construite, la relation doit être dialogique et enracinée dans les contextes culturels.
3.- Le sujet fait partie de la réalité sociale vécue par les acteurs et il est déterminé à travers la modalité d’atelier où les portées philosophiques, pédagogiques et méthodologiques du dispositif sont explicitées.
4.- Le rapport entre Savoir-Faire est mis en pratique.
5.- La communication est un point central de la stratégie conceptuelle et méthodologique.
6.- La connaissance est apprise pour intervenir en dispositifs sociaux que l’on prétend modifier ou au moins contrôler.
7.- On travaille par petits groupes (groupes-projets) autonomes du groupe central.
8.- Dans le groupe central on travaille en séances plénières dont le point central est la synthèse qui surgit des groupes-projets. (Évaluation, critique, autocorrection, débat, prise de conscience sociale).
9.- On considère comme règles de “morale sociale” au minimum: le respect, l’écoute de l’autre, la coopération, la ponctualité, l’assiduité, la responsabilité individuelle et collective. Au centre de ce dispositif on trouve l’individu, son appartenance sociale et sa possibilité d’intervention.
10.- La critique et la prise de conscience sociale sont à l’intérieur du projet, parce qu’aux valeurs dominantes de certains dispositifs sociaux s’opposent d’autres valeurs.
11. Le projet est conçu comme un modèle organisateur qui vise à structurer les rapports avec le monde extérieur, c’est à dire en dehors de l’école.
12. Il n’y a pas de contenu préconstruit, ni classification et hiérarchisation de connaissances de la part de l’enseignant, pour cette raison il n’y a pas de transmission. On respecte la médiation à travers le projet.
13. L’enseignant est garant du bon fonctionnement du dispositif, il accompagne la réalisation des projets au lieu de les diriger.
La pédagogie de projets se base sur la conception de l’éducation comme une voie d’émancipation des individus sociaux “qui transforment le monde au même temps qu’ils se transforment”1.
B.- La création d’une Corporation d’Études Interculturels Appliquées –INTERCULTURA - comme une organisation à travers laquelle on a pu construire un réseau de recherche et d’études sur le sujet : Fêtes, Nation et Culture, et organiser ainsi des événements universitaires et des espaces de consultation dont les principales bases ont été l’interdisciplinarité, l’interculturalité et la pédagogie de projets.
C’est dans ce cadre que nous nous trouvons ici dans cette rencontre internationale sur ce genre d’expériences.
Bogotá- Paris- Mai 2009.


      

MARCOS GONZÁLEZ PÉREZ.

INTERCULTURA. Colombia


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1On fait une synthèse des paramètres exposés par COUEDELL, Annie et BLONDEAU, Nicole, “Una Pedagogía Critica en la Universidad. Pedagogía de Acción y de Transformación Social” (Documento impreso), p. 4