Introduction
Ce travail présente
une analyse de l'articulation des demandes que pose le Système
Unique de Santé-SUS brésilien (système public de
l'État) à ses travailleurs, visant à une forme
d'action cohérente de ceux-ci avec les principes du Système.
Ce texte s'organise en
trois parties: premièrement, j'aborde la constitution de la Santé
Collective et surtout son importance pour le processus de la Réforme
Sanitaire dont le résultat a été la création
du SUS ; ensuite, je présente les caractéristiques
du Système Unique de Santé ; et, dans la troisième
et dernière partie, j'analyse quelques questions associées
aux possibilités et exigences présentes pour la professionnalisation
des travailleurs du domaine de la santé.
1. La Santé Collective, une
invention typiquement brésilienne
L'expression Santé
Collective, une
invention typiquement brésilienne, est née dans les années
70 dans le but de créer un paradigme d'articulation entre les
différentes institutions du domaine de la santé. Elle
inclut actuellement un ensemble complexe de savoirs et de pratiques,
comprenant des organisations qui offrent de l'assistance à la
santé de la population ainsi que des institutions d'enseignement
et de recherche et des organisations de la société civile.
Elle comprend donc des pratiques techniques, scientifiques, culturelles,
idéologiques, politiques et économiques. (Carvalho, 2002 ;
L'Abbate, 2002 e 2003 ; Nunes, 2006).
Dans les années 70 et surtout
à partir de 1975, la société brésilienne
a vécu des transformations importantes tant du point de vue socio-économique,
tant du point de vue politique. La période de forte croissance,
nommée "miracle économique", entamée
à la fin des années 60, commence à s'épuiser
à partir de 1974. Par conséquent, la répartition
du revenu devient encore plus inégale et l'on constate une dépendance
de plus en plus forte de l'économie brésilienne du marché
international. Bien que le Brésil continue sous la dictature
militaire, installée en 1964, le pays passe par un processus
de redémocratisation, résultat des mouvements sociaux
qui traversent plusieurs segments de la société et de
(re-)accommodations des secteurs politiques et militaires qui le gouvernent.
Les élections directes des Chambres législatives ont été
re-instituées à partir de 1974 et la société
brésilienne revient ainsi au fur et à mesure la démocratie.
Au début des années 80, le Parti des Travailleurs est
créé, tenu le parti de gauche le plus important du pays.
D'autres partis politiques surgissent dans un spectre idéologique
plus ample. Et en 1989, les brésiliens ont pu finalement élire
le président de la République au suffrage direct.
Mais, les effets
de la crise économique sur le secteur de la Santé sont
dramatiques. Les ressources destinées à la Santé
Publique diminuent de plus en plus et, en contrepartie, les primes des
assurances médicales privées augmentent dû à
l'application de l'argent public dans la Sécurité Sociale
pour l'achat des services du secteur privé. En conséquence,
des changements dans les deux secteurs sont entamés, ce qui provoque
depuis les années 60 une réorganisation de la politique
de la santé. Tout cela pour faire face à cette crise politico-financière,
car le secteur de l'assurance médicale a toujours été
considéré hégémonique, puisqu'il défend
les intérêts du capital.
Dans ce contexte, les professionnels
des domaines de la Santé Publique et de la Médecine Préventive
à travers quelques organisations scientifiques et/ou syndicales
cherchent à défendre le système public de santé,
au cœur de la défense des droits de citoyenneté, en mettant
l'accent sur le droit à la santé. En effet, la question
de la santé a toujours été fortement politisée
au Brésil et le soi-disant "mouvement sanitaire" a
joué un rôle très important dans la résistance
contre le régime militaire brésilien et dans la lute pour
la démocratisation du pays.
Pourquoi Santé
Collective? D'après
Cecília Donnangelo (1983:19), à partir d'un article qui
est devenu un classique du domaine, écrit sous la commande de
l'Association Brésilienne de Post-Graduation en Santé
Collective/Abrasco, la Santé
Collective
doit être comprise comme
une délimitation approximative du champ
de la santé pas à travers les définitions formelles,
mais tenant compte comme point de départ
que la position occupée par la Santé Collective dans
le contexte des pratiques sanitaires brésiliennes se manifeste
actuellement dans un ensemble de tendances à l'ampliation et
à la recomposition de son espace d'intervention ou, également,
de son champ de savoir et de pratique.
Une telle tendance de recomposition
du champ est importante, surtout quand on pense à la dichotomie
renforcée tout au long de l'histoire au Brésil entre assurance
médicale individuelle
privée et santé publique, et dans à l'hégémonie
de la première par rapport à la deuxième. Une telle
hégémonie ne se fait pas seulement au niveau économique,
mais aussi au niveau idéologique puisque la pratique médicale,
qui a comme base les sciences naturelles, finit par assumer le caractère
d'une apparente neutralité et ahistoricité, ce qui lui
confère une certaine cristallisation de son objet et de sa pratique.
D'où la nécessité
de discuter le sens du terme "collectif" en tant qu'adjectif
de santé. A partir de l'analyse des principales transformations
de la pratique médicale et la Santé Publique qui ont eu
lieu dans les années 70, Cecília Dannangelo observe dans
son article que ces questions avaient pénétré l'école
médicale à travers les Départements de Médecine
Préventive et/ou Sociale. Une production académique bien
différente de l'antérieure est apparue, surtout dû
à l'utilisation plus intense de l'instrumental théorique-méthodologique
des Sciences Sociales, principalement du courant marxiste. Ainsi, des
études épidémiologiques sont réalisées
sur le processus santé-maladie de la population ainsi que des
études sur la politique de la santé. Les travaux effectués
mettaient en relief les investigations sur les pratiques et sur le travail
en santé.
Cet ensemble d'aspects, soit par rapport
à la réorganisation de l'assistance à la santé,
soit au changement d'orientation de la production académique,
a contribué à réfléchir sur les diverses
désignations du champ de la santé: "Police Médicale",
"Médecine Sociale", "Santé Publique",
"Médecine Préventive", "Médecine
Communautaire", "Santé Communautaire".
Ces désignations supposaient des diversités théoriques
et historiques car elles avaient été créées
dans de différents contextes et de différents pays.
Bien que leurs significations
ne se soient pas totalement épuisées et qu'elles continuent
à être citées, elles ne rendent plus compte du champ
de la santé dans toute sa multiplicité.
Bien qu'imprécis dû à
la multiplicité de ses significations, Donnangelo conclut donc
que le terme "collectif" est le plus adéquat pour designer
la diversité des aspects du champ de la santé. Et cela
car
ces variations reproduisent effectivement l'ampleur
possible d'une gamme de connotations assumées par la notion
de collectif: collectif/ensemble d'individus; collectif/interaction
entre des éléments; collectif en tant qu'un ensemble
d'effets ou conséquences de la vie sociale; collectif transformé
en social comme champ spécifique et structuré des pratiques"
(Donnangelo, 1983:27).
Du fait de cette multiplicité
de significations et à partir de l'initiative des intellectuels
des domaines de la Médecine Préventive et de la Santé
Publique, le terme Santé
Collective a commencé
à être utilisé dans les années 70 pour designer
des réunions, des événements, des cours, des départements,
des centres et des instituts de recherche et finalement l'Association
Brésilienne de Post-Graduation en Santé Collective/Abrasco.
L'Association a été fondée en 1979
dans le but
d'œuvrer comme mécanisme d'appui et d'articulation
entre les centres d'entraînement, enseignement et recherche
en santé collective afin de renforcer les liens entre les associations
membres et d'élargir le dialogue avec la communauté
technico-scientifique (...) qui puissent contribuer à surmonter
les inégalités économiques, sociales et sanitaires
existantes dans la société brésilienne.(Abrasco,
1983:103)
C'est l'Abrasco
qui a commandé à Cecília Donnangelo l'article pour
discuter le concept de Santé
Collective, comme
mentionné ci-dessus. Il se trouve donc dans ces deux événements
qui se complémentent: la création de l'Association en
septembre 1979 et la diffusion de l'article sur le concept de Santé
Collective en avril 1983, la fondation
de la Santé
Collective en tant
qu'institution (Lourau, 1975; Hess & Authier, 1994).
Ainsi, la création de la
Santé Collective et
de son application centrée sur l'Abrasco, a certainement eu un
caractère instituant innovateur, étant donné ce
qui était déjà institué dans le domaine
de la Santé au Brésil. En effet, à partir de ce
moment instituant, l'Abrasco est devenue peu à peu « le
mouvement-institution, synthèse de ce sujet historique et épistémique
constitué par la Santé Collective »
(Minayo, 2001:17).
Ce parcours fait, la Santé
Collective, à
travers l'Abrasco qui compte actuellement 30 ans et plus de 7000 membres
associés, se trouve totalement consolidée: dans le domaine
scientifique académique,
des groupes de travail liés à de divers domaines de la
connaissance et des pratiques du champ de la santé ont été
institués sur le plan éditorial, l'Association a publié
plusieurs ouvrages - des livres et des recueils et, depuis 1995 elle
publie la revue "Ciência
& Saúde Coletiva" ;
concernant le plan politico-académique,
elle promeut des congrès dans de différentes régions
du pays qui contemplent de diverses domaines qui composent l'institution;
(Belisário, 2002); dans le domaine de la politique
scientifique, elle
participe au Forum des Coordinateurs de Post-Graduation en Santé
Publique/Santé collective de la fondation CAPES, une des plus
importantes institutions de recherche du pays, et, finalement, sur la
scène politico-institutionnelle, elle participe également
à la représentation formelle dans le Conseil National
de Santé qui exerce le contrôle social de la Politique
Nationale de Santé.
Après avoir abordé la
trajectoire de la Santé
Collective dans un article récent, Nunes (2006: 304) la définit
comme un:
Domaine multiparadigmatique, interdisciplinaire,
constitué de la présence de types distincts de matières
qui se distribuent dans un large spectre qui va des Sciences Naturelles
aux Sociales et Humaines qui favorisera
sans doute le surgissement de nouveaux types de matières naissant
aux frontières des connaissances traditionnelles ou au carrefour
des Sciences pures et appliquées.
D'autre part, si
Campos (2000a: 220) reconnaît que la Santé Collective est
un domaine scientifico-idéologique ouvert et prometteur, il s'interroge
par ailleurs quant aux défis qui se posent dans ce domaine à
l'heure actuelle, puisqu'on croyait que
L'expansion du SUS entraînerait un accroissement automatique
des pratiques de santé collective ? (...) La notion de
production sociale de la santé, centrale pour la santé
collective, serait opposée ou complémentaire à
celle de l'histoire naturelle du processus santé et maladie,
adopté par la clinique en tant que modèle explicatif ?
Malheureusement, ce n'est pas ce qu'on
observe, du moins pas
avec l'intensité attendue.
Dans
ce parcours, et sous la perspective d'une analyse socio-historique des
institutions, il est possible de distinguer deux moments dans la création
et permanence de la Santé Collective. Selon Savoye:
l'institutionnalisation
fondatrice, processus à travers
lequel l'institution prend forme en même temps qu'elle crée
des conditions à sa perpétuation. (...)
Toutefois, déjà fondée,
elle devient le siège d'une dialectique entre l'institué
(plus récent et inédit qu'il soit) et un instituant
(ceci dit, la négativité qui le conteste). Il est donc
possible de parler d'institutionnalisation
ordinaire
(ou permanente). (Savoye, 2007: 184-5, italiques et parenthèses
de l'auteur).
Cependant,
cette institutionnalisation permanente est clivée de défis,
puisque dans le contexte actuel, bien différent de celui où
elle avait été générée, de nouveaux
questionnements se posent à la Santé Collective, tels
la réinvention constante dans les formes d'articuler des contenus
et des pratiques des différentes matières qui constituent
le domaine de la santé, visant au perfectionnement continu de
la construction d'une approche qui considère les personnes comme
des sujets potentiellement capables de développer, de façon
négociée, une autonomie quant au soin de sa santé.
2.
Le Système Unique de Santé - SUS: quelques caractéristiques
La constitution Brésilienne
de 1988 a créé
le concept de Sécurité Sociale, appuyée sur trois
piliers: Santé, Prévoyance et Assistance Sociale. Concernant
la santé, le Système Unique de Santé a été
institué et des bases légales créées pour
que la santé soit assurée comme un droit de citoyenneté
et de devoir de l'État (Brésil, 1988). De grande importance,
la Constitution de 1988 a établit l'apparat politico-institutionnel
absolument nécessaire pour la restauration de l'État démocratique
de droit au Brésil. Résultat d'un fort mouvement social
et politico-partidaire, la création du SUS s'est constituée
comme le paroxysme du processus de Reforme Sanitaire, entamé
à peu près il y avait vingt ans. À travers ce processus
de reforme, des travailleurs et des gestionnaires du domaine de la Santé
Publique, des intellectuels des Départements de Médecine
Préventive et de la Santé Publique des universités,
des groupes organisés de la population civile et des partis de
gauche se sont unis et articulés afin de revendiquer et luter
pour la conformation d'un système de santé où des
inégalités sociales de la société brésilienne
ne se reproduisent plus, comme c'était le cas jusqu'alors.
Le SUS constitue un système
complexe qui articule les actions de promotion et d'éducation
en santé et celles destinées à la guérison
et à la réhabilitation. L'accès de l'usager aux
unités de santé est régit par les principes de
l'universalité,
de l'intégralité, de l'équité et du droit
à l'information. Les directrices de la décentralisation,
de la régionalisation, de l'hiérarchisation et de la participation
de la communauté qui, à travers les Conseils de Santé,
doivent exercer un contrôle sur le Système. La décentralisation
se met en place à partir du rapport entre les niveaux fédéral
(Ministère de la Santé), de l'État (Secrétariat
d'État de Santé) et municipal (Secrétariats Municipaux
de Santé). Ces deniers sont chargés du contrôle
effectif du Système. Les ressources financières, dont
ces trois instances sont responsables, sont normatisées par un
amendement constitutionnel voté par le Parlement (Vasconcelos
& Pasche, 2006).
Actuellement, 21 années après
la création du SUS, le
Système existe et fonctionne dans 95% de 5.300 villes brésiliennes
environ et s'appuie sur un socle politico-institutionnel extrêmement
détaillé qui règle ses nombreuses activités
et fonctions (Andrade & Barreto, 2007). Cependant, ceux qui se penchent
sur l'étude de ce système constatent l'inexistence d'une
volonté politique suffisamment puissante et conséquente
pour faire accomplir les dotations budgétaires au Système
SUS, dont les proportions ont été instituées par
la Constitution de 1988. Autrement dit, cela signifie que le financement
fédéral selon la variation nominale du Produit Interne
Brut n'est pas mis à jour, si l'on prend en compte l'augmentation
de la population, ce qui fait que le pourcentage du PIB destiné
à la santé n'est que de 3,5%. C'est pourquoi le financement
public annuel per capita
pour la santé au Brésil est inférieur à
celui des pays comme l'Uruguay, l'Argentine, le Chili et le Costa Rica
et environ 15 fois inférieur à la moyenne du Canada, des
pays européens, de l'Australie et d'autres (Santos, 2009: 14-5).
Néanmoins, le
SUS constitue le plus grand projet public d'inclusion social car
(...) en moins de 20 ans, 110 millions de personnes
ont été accueillies par des agents communautaires de
santé en 95% des villes et 87 millions ont été
accueillis par 27 mille équipes de santé de famille.
En 2007, 2,7 milliards de soins ambulatoires ; 610 millions de
consultations ; 10,8 millions d'hospitalisations, 212 millions
de soins dentaires; 403 millions d'examens en laboratoire; 2,1 millions
d'accouchements; 13,4 millions d'ultrasonographies, de tomographies,
résonances magnétiques; 55 millions de sessions de physiothérapies;
23 millions d'actions de surveillance sanitaire, 150 millions de vaccins;
12 mil transplantations; 3,1 millions de chirurgies; 215 mil chirurgies
cardiaques; 9 millions de sessions de radiochimiothérapie;
9,7 millions de sessions d'hémodialyse et le contrôle
le plus avancé du SIDA dans le tiers monde (Santos, 2009: 17-8).
N'oublions pas
que du total actuel de la population brésilienne de 183,9 millions
d'habitants, 70% environ, soit 128,7 millions, dépendent exclusivement
du SUS pour leurs soins en santé. Étant donné qu'il
s'agit d'un système universel, même ceux qui paient une
assurance médicale privée ont le droit d'utiliser son
réseau de services.
Pour le
système unique, le secteur privé des services de santé
est un complément du secteur public et, si nécessaire,
des contrats et des accords peuvent être signés pour l'achat
de services de soins hospitaliers et des services très spécialisés.
Toutefois, ce rapport entre le secteur public et le privé est
très tendu et l'État a souvent des difficultés
dans la régulation des contrats.
Visant à incrémenter
les actions du SUS au niveau des Soins de Base, le Ministère
de la Santé a mis en place, au début des années
1990, les Programmes des Agents Communautaires de Santé-PACS
et de la Santé de la Famille qui sont compris comme
Une stratégie de
réorientation du modèle assistantiel rendue possible
par la mise en œuvre d'équipes multiprofessionnelles en unité
de base de santé. Ces équipes sont responsables du suivi
d'un nombre défini de familles situées sur une surface
géographique délimitée. Les équipes travaillent
sur des actions de promotion de la santé, prévention
et récupération, réhabilitation de maladies et
aggravements plus fréquents et sur le maintient de la santé
de cette communauté.
La Stratégie
de Santé de la Famille-SSF connaît un accroissement continu:
les 19 mille équipes de Santé de la Famille créées
en 2003 passent au nombre de 27.324 en 2007 dans 5125 villes brésiliennes
recouvrant ainsi environ 87,7 millions de personnes, soit 46,6 de la
totalité de la population brésilienne. Il faut remarquer
que ce modèle de soin de base représente actuellement
une référence internationale et la SSF est un modèle
à d'autres pays.
En somme, on peut affirmer que le
SUS a été instituant par rapport à l'organisation
précédente dans le domaine de santé au Brésil
comme la SSF est instituante par rapport au SUS. L'emploi du terme instituante
signifie que tels systèmes ont apporté des propositions
et des modes de fonctionnement aussi novateurs que dialectiquement opposés
aux formes traditionnelles d'accueil de la santé au Brésil,
en vigueur jusqu'aux années 1980, quand on privilégiait
le secteur privé à but lucratif et se partageait de façon
bien rigide les actions de soin préventives. Et dans sa dynamique
institué/instituant (Lourau, 2004),
le Système Unique de Santé continue à bâtir
de nouvelles formes d'institutionnalisation, toujours incomplètes,
constituant son «éternel
devenir» où
beaucoup de professionnels, y compris moi-même, y sont profondément
impliqués.
Le Brésil
jouissant actuellement d'une certaine stabilité économique
(malgré la crise mondiale du capitalisme), ayant une distribution
de rente plus juste et une amélioration importante des indicateurs
de santé de la population et, encore, du fait qu'il se trouve
sous le deuxième mandat d'un président ex-syndicaliste
et fondateur du plus grand parti de gauche du pays, on s'attendait à
ce que les ressources au SUS soient mieux structurées et assurées,
ce qui n'est malheureusement pas le cas. (Santos, 2009). Nous vivons
donc ce paradoxe, ou plutôt, à l'intérieur de cette
contradiction, ceci dit: nous disposons d'un système de santé
extrêmement organisé et institutionnalisé du point
de vue institutionnel, nous avons assez progressé aux formes
d'accueil de la population mais nous sommes toujours confrontés
à un manque de ressources matériels et de financement
pour faire en sorte que le système devienne vraiment universel,
résolutif et de qualité.
3. La construction de la professionnalisation
du travailleur de la santé dans le système public sous
le biais de la santé collective:
l'expérience de Campinas - SP
La question initiale est la suivante:
comment comprendre et caractériser le professionnel qui travaille
au SUS, partageant des
principes de la Santé Collective ? Y a-t-il une formation
spécifique dans ce domaine ? Comment se construit-il son
processus de professionnalisation ? Comment ce processus est-il
constitué?
Actuellement, les contenus de la Santé
Collective sont compris dans les cours de graduation, de résidanat
et de spécialisation dans de divers types de formations des professionnels
de santé. La santé collective se trouve également
consolidée dans des cours de post-graduation (master en recherche
et doctorat), dans plusieurs régions du pays (Nunes, 2006). Nous
croyons cependant qu'il est assez absent des cours techniques à
la formation des professions auxiliaires tels les responsables d'accueil
en infirmerie, ceux-ci disposant eux aussi des équipes des services
de santé.
En
fait, lorsqu'elle est exercée dans la pratique quotidienne des
services, une telle professionnalisation a des exigences qui dépassent
significativement la formation universitaire et/ou technique des agents
de travail. Ainsi, elle devra être complémentée
par d'autres types d'apport liés à des questions qui surgissent
tout au long de différents processus de travail, dans la perspective
des activités dirigées vers l'accueil de la santé
de la population, car
La Santé Collective
se soucie des profils des nouvelles générations de professionnels
car sa question ne porte pas sur la quantité de diplômes
remis mais sur la capacité d'impact des professions de santé
sur la qualité de vie des populations. Un Professionnel de
la Santé ne peut avoir en vue sa projection technique ou scientifique
que dans le rapport d'assistance à l'autrui et ses besoins
(c'est ce qui signifie faire la pratique clinique) et dans un rapport
éthique avec la vie (appartenir au socius
où une pratique est tenue comme une profession). Carvalho &
Ceccim (2006: 153) (italique et parenthèses des auteurs).
Donc,
lorsque Campos analyse la Santé Collective non seulement à
partir d' « un a
priori théorique,
mais aussi d'un engagement concret avec la production de santé,
puisqu'une telle production de santé est fonction et finalité
essentielle sans laquelle on n'est pas autorisé à parler
de travail en santé » cet auteur conclut qu'il faut
associer les concepts de noyau
et de champ:
Noyau en tant
qu'un ensemble de connaissances et en tant que la conformation d'un
certain standard concret d'engagement avec la production de valeurs
d'usage. Le noyau délimiterait l'identité d'un domaine
du savoir et de pratique professionnelle ; et le champ,
un espace de limites imprécises où chaque matière
et profession chercheraient chez d'autres domaines de l'appui à
l'accomplissement de leurs tâches théoriques et pratiques
(Campos, 2000a: 220). C'est moi qui souligne.
Ceci dit, la professionnalisation
du travailleur en santé serait, dans ce modèle, toujours
constituée de façon à associer et à intégrer
des actions, ayant comme présupposé que la santé-maladie
doit être comprise comme un processus dans lequel le biologique
et le social se trouvent profondément articulés, que la
dimension sociale, dans un sens plus ample, comprend des conditions
matérielles de vie, le niveau d'instruction, l'accès aux
biens culturels et symboliques à travers lesquels chaque individu
interprète et réinterprète ce qui se passe dans
sa vie et avec son corps, où se manifestent les troubles de santé
et les maladies. Traiter avec des personnes atteintes par des maladies
signifie traiter avec la souffrance, voire la mort.
De telles prémisses
peuvent être retrouvées, majoritairement, dans le Modèle
Santé de la Famille Paidéia, introduit par la politique
municipale de santé de la ville de Campinas (São Paulo),
à partir de 2001, sous la gestion de Gastão Vagner de
Souza Campos,
mentionné ci-dessus, pour qui ce modèle
Cherche à faire clinique, santé
publique et gestion en quête de ce
type de synthèse, respecter le savoir technique et le populaire,
mais prendre en compte l'intérêt et le désir des
groupements, associer des logiques distinctes, mettre les objectifs
en question sans, par ailleurs, jamais paralyser l'action sociale
en défense de la vie. (Campos, 2003: 46)
Il s'agit de la notion de clinique
amplifiée ou de la clinique du sujet qui, selon Campos ne fonctionne
pas de la même façon que la clinique traditionnelle de
la médecine, en général autoritaire, aliénée
et fragmentée mais, au contraire, elle
prend en considération la subjectivité et la sociabilité,
intégrant les savoirs et les pratiques des diverses professions
de la santé et reconnaissant toujours le rôle actif du
patient. (2003a: 51-67)
Néanmoins, ce nouveau mode
d'agir du Professionnel
de la Santé suppose une autre logique à l'organisation
des services de santé. Donc, dans le Modèle de Santé
Paidéia mis en pratique dans la ville de Campinas, il a fallu
la mise en œuvre des plusieurs dispositifs qui offrent du soutien aux
transformations exigées par le nouveau modèle: des capacitations
et actualisations comprenant les principales techniques et procédés
nécessaires à une assistance à la santé
de qualité; l'institutionnalisation, dans les trois instances
du système (local, du district et central), des instances de
co-gestion ayant représentation des plusieurs catégories
de professionnels, visant à assurer une gestion démocratique
du système et du modèle qui était proposé.
Attribution de la clientèle, dont la base est son domaine territorial,
certaines équipes de référence procurant un lien
plus fort entre le patient et le professionnel et l'unités de
santé de son quartier ou région
et, finalement, la constitution, à un niveau intermédiaire,
d'équipes interdisciplinaires, dont la fonction est d'appuyer
les coordinateurs des unités et les équipes de référence.
En
outre, l'offre de l'analyse/supervision de la part de professionnels
externes au Secrétariat de Santé, comme celle qui a eu
lieu en 2001 et 2002 par un groupe de six professionnels issus des domaines
de l'Analyse Institutionnelle, de la Psychanalyse et de la Gestion,
dont j'ai fait moi-même partie (Moura, et al 2002 et 2003).
Le but était de créer un espace de réflexion et
d'analyse pour les professionnels de santé travaillant au niveau
intermédiaire du système, nommées ‘appuyeurs',
afin qu'ils puissent, à partir de l'expérience, potentialiser
leur soutien aux équipes des unités de base de santé,
cherchant à articuler les instances de gestion et de l'analyse,
dans une perspective didactico-pédagogique, selon la proposition
de Campos (2000). Ce dispositif a permis que les professionnels éclaircissent
les multiples liens d'appartenance qui les traversaient et, surtout,
les processus d'implications et de surimplications qui y sont insérés.
(Lourau, 2004a).
Le Modèle Santé de la
Famille Paidéia est toujours en vigueur
dans la ville de Campinas, même s'il est coordonné avec
moins d'engagements et d'allocations de ressources de la part de l'administration
municipale qui gouverne la ville depuis le début de 2005 et dont
le mandat a été renouvelé de quatre ans, de 2009
à 2012.
Pour conclure, il faut
souligner que même si le processus de professionnalisation a fortifié
les professionnels du secteur public de la santé, comme abordé
dans ce texte, ceux-ci font toujours face à d'authentiques défis
dans leurs quotidiens, comme, par exemple, le manque de ressources,
puisque les ressources matérielles adéquates et suffisantes
ne leur sont pas toujours attribuées. D'ailleurs, les salaires
ne sont pas toujours satisfaisants, malgré les avantages financiers
que l'on donne aux professionnels travaillant dans des banlieues, surtout
aux médecins; une clientèle assez diversifiée qui
comprend des familles de classe moyenne à la population économiquement
et culturellement défavorisée, bien qu'il y ait eu des
progrès, dans les dernières années ; et, finalement,
le fait que dans des quartiers pauvres des grandes et moyennes villes,
il n'est pas rare d'accueillir des gens liées au trafic de drogues
et à la prostitution, ce qui entraîne par conséquent
le contact avec des problèmes associés à la violence
et à l'exclusion.
Mot Clés:
Santé Publique; Système Publique de Santé; Professionnel
de la Santé.
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