L'Université et ses territoires


Le territoire administratif qui délimite l'aire de financement et l'aire de recrutement. L'aire de financement pour identifier les niveaux politiques responsables, en tout ou en partie, du financement de ses ressources humaines et matérielles. Aire de recrutement pour identifier la zone géographique d'où viennent prioritairement ses étudiants. Ce territoire administratif présente plusieurs cas de figure. Il est plutôt un cadre théorique dont les universités tentent de s'échapper pour aller chercher des ressources financières auprès d'organisations publiques ou privées nationales ou internationales. Il en va de même pour le recrutement des étudiants dans les cas de financement par nombre d'étudiants inscrits ou en fonction de la réputation institutionnelle alimentée par les meilleurs d'entre eux.

Le territoire des acquis : si la connaissance va du connu vers l'inconnu, des liens établis, construits entre ce que l'on sait et ce que l'on veut apprendre, la transmission des connaissances doit tenir compte de ces acquis. La délimitation des territoires administratifs favorisant, théoriquement, une certaine homogénéité des clientèles et donc des acquis disponibles, la stratégie pédagogique des enseignements s'en trouverait facilité.

Le territoire des acquisitions : les programmes de formation sont délimités par des objectifs d'acquisition de connaissances (pragmatiques ou critiques). Ces objectifs sont fixés par des négociations, plus ou moins formalisées, entre le territoire administratif et l'Université. Il y a les demandes des milieux professionnels, mais aussi celles des milieux économiques et politiques. Qui détermine ce territoire ? Le milieu académique souhaite conserver ce droit. Mais la pression des demandes étudiantes et des fournisseurs de contrats ou subventions de recherche provoque des distorsions dans la détermination de ce territoire selon des règles que le milieu académique voudrait voir inspiré uniquement par l'état du discours scientifique.

Quels sont les effets de l'éclatement du territoire administratif sur les territoires des acquis et des acquisitions ? Série de négociations entre les acteurs ? Entre les acquis de chacun et les acquisitions souhaitées par chacun ? Ces négociations se font-elles avant le début de la formation, par des médiateurs (commission ou comité pédagogique) chargés d'évaluer ces éléments par des enquêtes ou des hypothèses concernant les clientèles ? Pendant la formation, par des questions et réponses portant sur les connaissances ou sur les applications ?

Y aurait-il un territoire de négociation délimitant les modes utilisés par les acteurs pour arriver à un équilibre ou à des équilibres successifs entre les territoires des acquis et des acquisitions dont les frontières sont constamment remises en question par la mobilité des clientèles étudiantes et la délocalisation des échanges pédagogiques ? Ce territoire de négociation serait-il à la base d'une nouvelle identité territoriale pour les universités ?

Application au cas d'un cours-miroir donné à l'Université de Montréal et à l'Université Libre de Bruxelles avec un contenu semblable (fixé dans un manuel et une série de PowerPoints) et des travaux de session réalisés par des équipes-jumelles composées d'étudiants des deux groupes et utilisant une place publique virtuelle avec simulation et forum de discussion.

 

Intervention d'André-A. Lafrance

Symposium 10