Travailler la
question de la professionnalisation dans les formations artistiques,
et particulièrement la musique, est un révélateur
intéressant des composantes récurrentes de certaines nouvelles
vues institutionnelles sur l'université.
Le cas de la musique
peut apparaître comme emblématique dans la mesure où
il permet de mettre en évidence certaines contradictions d'une
pensée qui se donne toutes les apparences d'un acte de raison,
affirmation d'un strict bon sens « pragmatique » :
« étudier doit permettre d'obtenir un emploi » :
effet de réel semble t-il incontournable. Toute critique ou réflexion
approfondie à son encontre agit comme un pur conservatisme ou
irresponsabilité.
La musique interroge
de manière particulièrement cruciale tout cela. On peut
en approcher une analyse en activant avec précision trois termes :
« métier », « profession »,
«emploi». Il ne s'agit seulement pas de faire jouer pour
lui même un nuancier de langage mais de s'en servir pour mette
en évidence une question complexe que ne peut formuler un simple
relation quantitative et mécaniste entre un moment d'étude
et de formation dont l'assomption serait l'entrée dans un métier,
justifiant et validant à posteriori ce temps d'étude.
Notre point de
départ concernant ces trois termes serait de les faire fonctionner
comme un dispositif les articulant dans ce cheminement formel :
L'étude permet d'acquérir un métier qui se développe
dans une ou plusieurs professions et s'actualise enfin dans un emploi.
Ce schéma « parfait » apparaît comme
l'idéal type qui semble guider une certaine pensée technocratique
actuelle. Tout ce qui s'éloigne trop de ce processus peut sembler
suspect, voire disqualifiant.
Le paradoxe de
la musique (et sans doute des arts en général) est qu'elle
articule ce jeu de vocabulaire de manière singulière,
empêchant à le faire fonctionner cet idéal type .
C'est la compréhension
même d'un parcours d'étude, d'une relation à une
discipline qui met en question à travers le sujet de la professionnalisation.
Au mois de décembre
2008, le département de musique a organisé une journée
d'étude où étaient examinés certains aspects
de la professionnalisation. Les différents observateurs ou spécialistes
de la musique, sociologue, représentant de l'ANPE spectacle,
conseillé en formation, confrontés à des parcours
artistiques et des étudiants ont mis en évidence un paysage
paradoxal, où le réel de la musique apparaissait comme
éclaté selon qu'un regard intérieur ou extérieur
était utilisé pour le considérer. Avoir du métier,
être professionnel, occuper un emploi : trois expressions
qui, concernant la musique, recouvrent trois situations réelles,
non directement corrélées. Comment articuler cela quand
on se préoccupe de formation musicale ?
La musique, comme
discipline, ensemble de connaissance, et dispositif de pensée
implique une formation à ces composantes mêmes. La pratique
instrumentale, les techniques de compositions, la compétence
didactique ...
Les résultantes
des études musicales se déclinent et s'apprécient
de manière différemment selon les individus à l'échelle
d'un parcours de vie. Cette dimension « humaniste »
ne peut être négligée. La pratique musicale, tout
au long de la vie, est un enjeu qui n'apparaît pas comme celui
de la professionnalisation. Ainsi, à considérer le parcours
d'étude comme le seul passage vers un emploi risque de faire
oublier d'autres essences qui composent les individus et les poussent
vers une discipline telle que l'université la considère.