L'autonomie
de l'université est un phénomène complexe. La liberté
académique (academic freedom) est
une notion centrale dans la conception américaine de l'autonomie.
Elle signifie que les professeurs ont le droit de définir recherche
et programmes, de partager librement leur recherche avec celle des autres,
d'exprimer leurs opinions sans avoir peur d'être licenciés.
Cette conception de la liberté académique n'a de sens
que s'il s'agit d'un professeur titulaire, et si les professeurs jouent
un rôle significatif dans la direction de l'université.
Aujourd'hui, l'autonomie est menacée aux États-Unis,
mais cette menace ne vient pas principalement de l'état, comme
c'était le cas au temps de Mac Carthy, dans les années
50. Il y a bien sûr des exceptions. Le gouvernement surveille
de près les Centres d'études culturelles (Title VI Area
Studies Centers) qu'il subventionne et qui risquent d'interférer
avec les Centres d'études sur le Moyen-Orient qu'il considère
comme déséquilibrés (c'est à dire critiquant
Israël). Daniel Horowitz, ancien gauchiste devenu conservateur,
a lancé un mouvement pour que les états adoptent un soi-disant
Charte des droits universitaires, qui donneraient aux gouvernements
des états le pouvoir d'intervenir sur le contenu de l'enseignement
et sur le choix des enseignants. Jusqu'à présents, ces
tentatives ont échoué. Et finalement le 'Patriot Act'
des États-Unis qui a été adopté dans le
sillage du 11 septembre, donne au gouvernement, entre autres, le droit
de surveiller les courriers électroniques et de faire la liste
des livres que l'on emprunte dans les bibliothèques. Malgré
l'aspect inquiétant de ces décisions, la principale menace
envers l'autonomie universitaire vient d'ailleurs.
La menace vient, et c'est le cas de puis trente ans, du marché.
Elle vient du fait de corporatiser les universités, de privatiser
le savoir qu'on y crée, de marchandiser à la fois les
étudiants et le savoir, et de précariser l'emploi à
l'université.
Pour comprendre ce qui s'est passé dans l'enseignement supérieur
aux États-Unis, nous devons revenir à ce qu'il a d'exceptionnel.
Les universités privées sont les plus prestigieuses et
les plus connues, et les États-Unis ont plus d'universités
privées que les autres pays. Mais 80% des étudiants sont
inscrits dans des universités publiques. Celles-ci, cependant,
sont de plus en plus privatisées, et les différences entre
les deux systèmes s'atténuent. Le budget des universités
d'État est de plus en plus alimenté par le secteur privé.
C'est particulièrement vrai des plus connues, comme Berkeley
et Michigan, qui reçoivent de l'état seulement un quart
de leurs ressources. Les universités publiques et privées
sont obligées, de la même façon de se financer à
partir des droits d'inscription, de fondations, de l'économie,
et des dons des anciens élèves. Et ils doivent diminuer
les coûts, surtout le coût de la main d'œuvre.
L'éducation n'est pas considérée comme un droit,
dont l'état supporterait la charge financière. C'est plutôt
un privilège, que doivent payer les individus et les familles.
Les universités publiques demandent de 3 000 à 10 000
euros par an comme droits d'inscription. Les universités privées
sont beaucoup plus chères. L'université de New York où
j'enseigne exige 40 000 euros par an pour les droits d'inscription
et le logement des étudiants. Pour arriver à les payer,
les étudiants et leur famille doivent obtenir des prêts,
car il y a de moins en moins de bourses d'études. En moyenne,
lorsqu'un étudiant obtient son diplôme, ses dettes s'élèvent
à 7 500 euros.
Aussi bien les universités
privées que les universités publiques reçoivent
des fonds publics. Il y a des bourses pour étudiants, et le gouvernement
finance réellement une grande partie de la recherche fondamentale
en santé et en technologie. Mais depuis trente ans, le gouvernement
fédéral a diminué considérablement le financement
de l'enseignement supérieur. Résultat : les universités
sont passées de l'état au marché, du secteur public
au privé. Le monde des affaires, en Amérique, a toujours
eu des liens avec les universités américaines, d'une manière
inconnue en Europe ou ailleurs. Mais ces liens ont cru de façon
astronomique. Les partenariats entre le business
et l'éducation sont nombreux. Aussi important : l'enseignement
supérieur est devenu un business. Les
universités ne sont pas semblables à des entreprises:
elles sont des entreprises.
Que veut-on dire en assimilant l'université
à une entreprise ? Cela signifie beaucoup de choses. D'abord,
les universités sont dirigées comme des entreprises par
des personnes qui viennent du monde de l'entreprise. Les membres du
Board of trustees, qui
détient l'autorité finale, ne viennent pas des universités
ou du monde intellectuel, ils viennent du monde des affaires –
la finance, l'immobilier, l'industrie, l'assurance, le commerce. Ils
considèrent l'université comme un business
et en jugent les activités selon les critères du marché.
Les véritables administrateurs des universités viennent,
de plus en plus, non pas du monde universitaire mais de celui des affaires
et du droit, et de ceux dont la carrière s'est faite entre le
business et le gouvernement.
Deuxième point : l'entreprise universitaire est dominée
par les frais d'inscription. Un des principaux soucis des dirigeants
des universités est d'augmenter le flux des nouveaux étudiants.
Ce qu'ils font en recrutant le maximum d'étudiants possible.
On augmente aussi les revenus en utilisant les étudiants sur
le campus comme des ouvriers mal payés, avec des emplois dans
la bibliothèque, à la cafétéria, etc : tout
ce qui était fait, auparavant, par des travailleurs syndiqués.
Enfin, les universités américaines ouvrent des campus
à l'étranger, de manière à recruter plus
d'étudiants, augmenter l'afflux budgétaire et rester compétitives.
Les universités américaines,
comme les autres entreprises, doivent se vendre bien et gagner des clients.
Elle essayent donc de développer une marque attractive. Mon université,
NYU, par exemple se définissait comme une 'une université
privée dans le service public.' Ce qui est devenu 'l'université-entreprise'.
Lorsque le corps enseignant dit que c'était trop clairement mercantile,
le slogan utilisé devint « l'université du
réseau mondial », qui combine deux termes à
la mode dans les affaires, mais dont le sens est totalement incompréhensible.
Les universités sont capables de censurer tout ce qui est censé
'ternir' leur image de marque. La Liberty University
en Virginie, université de droite, par exemple, a interdit un
club politique démocrate, en prétendant qu'il ne correspondait
pas à la mission de l'université. Comme ils font partie
du marché, les étudiants sont considérés
et traités comme des consommateurs, et on doit faire très
attention aux préférences d'un consommateur. On doit aussi
les considérer comme un produit-clé de ce que fabrique
l'université.
L'université-entreprise évalue
les chercheurs et les connaissances qu'ils produisent à partir
des critères du marché. Dans toutes les universités
privées et dans beaucoup d'universités publiques, les
salaires des professeurs dépendent de leur prestige et de leur
rentabilité et, globalement, de celle leur discipline. La Médecine
et le Droit procurent des salaires et des avantages qui sont parfois
des centaine de dollars plus élevés que ce que reçoivent
des professeurs d'Anglais ou d'Histoire. Cela crée de nouvelles
hiérarchies, avec les humanités
en bas, et les sciences en haut.
L'université-entreprise quantifie
tout. Elle cherche à déterminer ce qui procure de l'argent
et ce qui fait perdre de l'argent. Elle cherche à améliorer
la rentabilité, et pas seulement en vendant bien sa marque de
fabrique, en augmentant les frais d'inscription et en cherchant des
donateurs. Mais comment les universités peuvent se financer avec
la recherche ? De plusieurs façons. L'amendement Bayh-Dole, adopté
par le congrès en 1980, donne aux universités le droit
de breveter et de commercialiser les résultats d'une recherche
qui est financée par le gouvernement fédéral. En
d'autres termes, la recherche sur fonds publics peut être privatisée
et transformée en marchandise. C'est ce qui a été
fait abondamment en sciences et en médecine. Dans ce cas, il
y a aussi un partenariat université-business dans des domaines
comme pharmacie, informatique, nanotechnologie. L'université
de Californie à Berkeley, et le son associé, le
Lawrence Livermore National Laboratory
ont entrepris une 'alliance stratégique d'entreprise'
avec British Petroleum de dix ans,
500 millions de dollars. BP a mis en place un laboratoire commercial,
qui est associé avec le laboratoire de recherche, et ce laboratoire
commercial est exempté de la supervision normale de l'université.
Ce qui donne à BP un droit de veto sur des décisions centrales,
d'ordre universitaire. Finalement, aussi bien les départements
de l'université que les individus sont invités à
chercher comment financer l'entreprise. A NYU, c'est ce que l'on présente
comme un lien entre le public et le privé, comme un échange
de connaissances. En réalité, cela ne se produit que dans
des zones où la production de connaissances conduit à
breveter ce que le marché peut acheter ou louer, et à
partir de quoi il peut tirer profit. Les grandes entreprises n'ont aucun
intérêt à financer l'histoire, la critique littéraire
ou le travail social.
Le financement de la recherche par le privé limite ainsi sévèrement
l'autonomie, de plusieurs manières. Elle soutient certains projets
de recherche et en marginalise d'autres. Certaines disciplines sont
favorisées et d'autres ignorées, et même dans les
catégories favorisées par « l'investissement »
, les professeurs et les champs d'études sont traités
de manière différente. C'est ainsi que le financement
privé accroît le prestige de certaines disciplines et diminue
celui des autres.
Deuxièmement, le financement privé détruit la
notion de 'bien public' dans le domaine intellectuel, qui est bâtie
sur le principe que la connaissance est publique et doit être
partagée. Le financement privé encourage la croyance en
une propriété privée du savoir. Et l'état
américain soutient cette idée. Même lorsque l'état
finance abondamment la recherche fondamentale, il permet que les résultats
de cette recherche deviennent la propriété privée
de l'université et de ses chercheurs.
Le financement privé altère le sens de la liberté
académique. A Berkeley, certains professeurs ont eu l'impression
que l'alliance entre Berkeley et British Petroleum ne réglementait
pas assez le contrôle de l'entreprise sur la recherche et entravait
excessivement ceux qui pourrait connaître les tenants et aboutissements
de la recherche effectuée. Le sénat de l'Université
de Berkerley, cependant, rejeta tout effort pour contrôler plus
rigoureusement la “strategic corporate alliance”. Une majorité
des enseignants dit que toute restriction enfreindrait la liberté
académique des professeurs. La liberté académique
était considérée comme un droit personnel de s'engager
dans une recherche, dans un sens restreint, et non comme le droit collectif
de l'ensemble des universitaires de contrôler les paramètres
selon lesquels devrait être conduite la recherche.
Mais le financement privé ne fournit pas des ressources financières
substantielles à la plupart des universités. Un petit
nombre d'universités en récoltent les bénéfices,
particulièrement grâce à des médicaments,
comme le vaccin contre l'hépatite B, mais pour la plupart des
universités le partenariat business-university coûte de
l'argent.
L'autonomie de l'université est menacée non seulement
parce que l'université-entreprise dépend du le montant
des frais d'inscription, des dons privés et de la recherche sur
fonds privés. Une autre menace sur l'autonomie vient de la manière
dont l'université-entreprise organise le travail d'enseignement.
En trente ans, les universités ont radicalement transformé
le corps enseignant, autrement dit : qui enseigne, sous quelles conditions.
Certains établissements parlent de d'efficacité, de comptabilité,
d'autres de flexibilité, d'autres encore de gestion centrée
sur la responsabilité. Quel que soit le terme à la mode,
les résultats sont les mêmes :
- une partie croissante de ceux qui enseignent dans les universités
américaines sont des adjoints à temps partiel ou des
contractuels à temps plein. Aucune sûreté d'emploi
dans l'un et l'autre cas.
- Dans la plupart des colleges
et universités, 50 à 70% des enseignements sont donnés
par ces auxiliaires.
- Seulement un tiers des enseignants dans les universités
américaines sont titulaires ou en voie de l'être, et
cette proportion décroit rapidement. Seulement ¼ des
nouveaux enseignants recrutés sont titulaires ou engagés
dans une carrière de futur titulaire.
- La rémunération des enseignants-adjoints est très
faible – 1800 à 3000 euros par cours. Un adjoint doit
faire cinq à sept cours, simplement pour survivre.
- Les adjoints ont une charge de travail excessive, et des conditions
misérables. Il n'ont souvent ni bureau, ni ordinateur, ni téléphone.
- Les adjoint n'ont aucun avantage ou allocation : ce qui signifie,
aux États-Unis : ni assurance-maladie, ni retraite.
Qu'est-ce que cela peut faire que l'on utilise de plus en plus le travail
précaire ? Cela concerne la vie de ceux qui font ce travail.
Ce sont des étudiants diplômés, mais ils sont aussi
des post-doctorants qui ne peuvent avoir un emploi, à plein temps,
qui les conduirait à être titularisés. La majorité
d'entre eux sont des femmes. L'utilisation envahissante de professeurs-adjoints
et d'emplois sans titularisation nuit à la qualité de
l'enseignement du premier cycle. Les enseignants précaires qui
enseignent dans plusieurs institutions ont peu de temps pour un cours
particulier ou un étudiant isolé. Et finalement, cela
a des conséquences majeures pour l'autonomie. La modification
de la main d'œuvre, l'usage croissant d'un travail 'flexible',
bon marché, précaire entame le rôle de gouvernance
des professeurs, et accroît le pouvoir de l'administration. L'utilisation
d'un travail précaire entame la liberté académique
: des enseignants qui n'ont aucune garantie de leur emploi ne sont pas
en position de prendre des positions sujettes à controverse,
ou même de donner à leurs cours la forme qu'ils souhaitent.
Il y en a beaucoup d'autres disponibles pour remplir leur tâche,
et rares sont les professeurs titulaires qui viennent les défendre.
Les travailleurs dans les universités ne sont que des sortes
de travailleurs temporaires, sous-payés, et habituellement non
syndicalisés sur lesquels comptent les universités-entreprises
américaines. Les étudiants en premier cycle sont employés
en moyenne trente heures par semaine et ce travail s'accomplit souvent
sur le campus. Les universités-entreprises sous-traitent le nettoyage,
la restauration, et la librairie du campus. La encore, le travail sous-traité
est généralement à temps partiel, sans syndicalisation,
et sous-payé. En résumé, l'université-entreprise
traite mal tout genre d'employé.
Les problèmes caractéristiques
des universités américaines ne sont malheureusement pas
seulement les problèmes du modèle américain de
l'université-entreprise, avec son insistance sur la compétition,
la marchandisation, la transformation du savoir en simple produit, et
l'implication croissante du business.
Le capitalisme académique américain n'est pas qu'un problème
américain, pour deux raisons. La première concerne la
mondialisation de l'enseignement supérieur américain.
Les universités américaines ont mis en place des milliers
de programmes d'études à l'étranger. Plus important,
elles ont établi des campus annexes, spécialement dans
les pays du Sud. NYU, par exemple, ouvre un college
de quatre ans d'études à Abou Dhabi, et NYU n'est que
l'une des dizaines d'universités qui lancent des programmes dans
les Émirats Arabes Unis. Ces campus exportent le modèle
américain d'entreprise privée et souvent le font dans
des lieux qui menacent encore plus l'autonomie de l'université.
On peut se demander dans quelle mesure la liberté académique
se maintiendra à Abou Dhabi, par exemple, dans quelle mesure
il y aura un accès sans restriction à internet, et quels
y seront les droits des gays
et des étudiants ou enseignants ayant un passeport israélien.
NYU
s'exporte pour gagner de l'argent, pour développer l'entreprise
pour gagner du
prestige et rester compétitif. Un campus à Abou Dhabi
correspond au discours de NYU : la nouvelle université leader
du 21° siècle, une « université du réseau
mondial ». Mais NYU n'est pas la seule à le faire.
L'université-entreprise est prise au piège par la logique
d'une économie capitaliste néolibérale. La croissance
doit se poursuivre. On doit recruter de nouveaux étudiants qui
payent leur droit d'entrée. On doit rechercher des investissements.
Il faut faire bon accueil aux états, aux marchés qui offrent
de s'investir dans la marque. La Sorbonne, qui est aussi à Abou
Dhabi, répond sans doute à des obligations du même
ordre. Si l'on ne rejette pas ce modèle mercantile de l'enseignement
supérieur, les universités continueront à se comporter
de cette façon.
Le problème du capitalisme
universitaire américain n'est pas seulement l'expansion à
l'étranger des universités américaines. Ailleurs,
on imite le modèle américain. Trois facteurs alimentent
cette admiration malvenue pour les universités américaines.
En Europe, on trouve 1) une mondialisation néolibérale,
2) une compétition entre les universités pour les étudiants,
les ressources financières, et une meilleure position dans le
classement tristement célèbre des universités publié
par l'université Jiao Tong de Sanghaï. Et 3) le processus
de Bologne et « l'américanisation » de
l'enseignement supérieur européen. Le processus de création
d'universités qui vivent ou meurent dans une culture d'audit,
comme on dit, est plus avancé en Angleterre – un héritage
durable de Thatcher. Mais l'Allemagne va dans cette direction, ou essaie
de le faire. De la gauche à la droite, dans l'éventail
politique allemand, on trouve de l'admiration pour les universités
américaines. Mais l'image des universités américaines
est basée sur celle, très atypique, des
riches universités d'élite,
surtout Harvard et Stanford. On croirait que les universités
américaines ont toutes leur autonomie vis à vis de l'état,
comme aussi bien qu'elles ont de l'argent, des salaires selon le mérite,
des étudiants. Cette fascination du modèle américain
ignore l'influence du capitalisme, et la manière dont la commercialisation
et l'investissement privé modèle et déforme la
recherche et l'enseignement. Elle ignore le travail précaire,
le coût de l'enseignement à l'université, et les
dettes qui en résultent pour les étudiants. Elle ignore
la perte de l'autonomie.
Quelle que soit l'admiration générale
en Allemagne pour le modèle entrepreneurial américain
de l'enseignement supérieur, c'est l'état allemand qui
est à la tête des efforts de 'réforme', comme l'adoption
du modèle Bachelor/master, la création d'un corps de professeurs
'junior' à l'américaine, et l'Initiative pour
l'Excellence qui vise la création
d'un petit nombre d'universités d'élite et d'une petite
douzaine de pôles d'excellence avec de nouveaux programmes de
diplôme. Ces efforts que mène l'état en faveur des
sciences, de la technologie et de la médecine, beaucoup plus
que les humanités et les sciences sociales, ont fait d'elles
la norme de la recherche, que les autres disciplines sont invitées
à imiter. L'état favorise celles qui peuvent s'associer
au business et crée
ainsi des hiérarchies marquées entre les universités
et les disciplines. Cependant, la privatisation a fait beaucoup moins
de progrès, malgré le refus de l'état (et non à
cause de ce refus) de tenter de mettre en place des droits de scolarité,
d'accepter des donations privées. Et l'université privée
de Brème a presque fait faillite avant d'être sauvée
par un Suisse, le magnat du café Klaus Jacobs.
Jusqu'où ira l'américanisation de l'enseignement supérieur
– c'est à dire corporatisation, privatisation et marchandisation
– en Allemagne et ailleurs en Europe, cela reste à déterminer.
Nous devons tous chercher à savoir jusqu'où elle a progressé,
et comment nous pourrions travailler, collectivement, à la stopper.